Y a-t-il un deal international sur l’intervention au Mali ?

Les entretiens à Paris en début de semaine du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon avec les autorités françaises dont le président François Hollande et l’interview accordée presque concomitamment à ces entretiens au journal Le Monde par le secrétaire d’Etat adjoint américain Philip Gordon, dans laquelle il a affirmé que «les Etats-Unis soutiendront la France si ce pays décide qu’il est nécessaire d’intervenir militairement au Mali», obligent à créditer le président français d’avoir énoncé une vérité basée sur des certitudes en déclarant à La Valette en marge du sommet des cinq + cinq que la résolution que parrainera la France autorisant l’intervention militaire étrangère au Mali sera prochainement adoptée.

Il est clair qu’Hollande a fait montre de confiance et s’est laissé aller à tacler avec arrogance l’Algérie qui s’oppose à l’intervention militaire, parce qu’il a eu les assurances internationales indispensables pour l’aboutissement de l’initiative française, et qu’il faut décoder sous un nouvel angle son propos sur les Etats qui sont réticents à l’intervention mais ne pourront l’empêcher car ne siégeant pas au Conseil de sécurité. Façon de dire que le travail de sape mené par ces Etats ne sera d’aucune influence sur la décision du prochain Conseil de sécurité consacré à la crise malienne, Paris étant semble-t-il certain d’obtenir cette fois le feu vert onusien, ce qui n’est pas impossible au vu du cynisme dont font montre les Etats dans leurs relations et leurs approches des problèmes internationaux.

Il n’est pas du tout exclu que la diplomatie française a eu recours à la politique du «donnant donnant» avec les membres du Conseil de sécurité susceptibles de faire avorter le vote d’une résolution favorable à son projet d’intervention au Mali. Sous la forme de promesses d’ordre économique et financier pour les Etats en difficulté en ces domaines, du soutien de la France pour d’autres à leur position ou revendication sur des questions où leur intérêt national est en jeu. Malgré cela, Hollande n’aurait pas manifesté de l’assurance s’il n’était pas certain que la Russie et la Chine ne vont pas user de leur droit de veto contre la résolution française.

N’y a-t-il pas lieu alors d’envisager qu’un deal s’est concocté entre ces trois grandes puissances ? Et pourquoi pas celui entraînant la France à renoncer à plaider pour l’intervention internationale en Syrie en contrepartie du feu vert qu’elle obtiendra pour l’opération de même nature au Mali. Un deal qui aurait obtenu l’accord tacite de Washington, peu disposé en faveur de l’intervention en Syrie et favorable à ce que la France agisse au Sahel pour préserver l’influence et les intérêts occidentaux dans la région. Une façon, répétons-le, cynique pour les grandes puissances de se reconnaître mutuellement le droit à des «zones d’influence» et de se contraindre à des concessions qui en admettent la «légitimité».

Le vote de Moscou et Pékin sur la «résolution malienne» sera très éclairant sur ce que nous ne faisons que supputer en cet écrit. Comment ces deux capitales justifieront autrement leur vote éventuellement favorable à l’intervention au Mali alors qu’elles soutiennent par ailleurs que ce genre d’initiative venant des puissances occidentales cache des intentions liberticides et attentatoires à la souveraineté des Etats et peuples qui en sont le théâtre et l’enjeu.

Par Kharroubi Habib

Source: lequotidien

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