Un vétéran de l’armée U.S. à l’agonie dénonce la guerre « illégale » en Irak

bush_dick_cheneyLe vétéran de la guerre d’Irak Tomas Young, actuellement en soins palliatifs dans sa ville de Kansas City, au Missouri, a écrit une « dernière lettre » dévastatrice publiée sur Truthdig.com à l’attention de l’ex-président George W.Bush et du vice-président Dick Cheney.

Young, à qui était consacré le documentaire de 2007 Body of War [chronique en anglais] explique qu’il écrit sa lettre « au dixième anniversaire de la guerre d’Irak au nom de mes camarades vétérans de la guerre d’Irak. J’écris cette lettre au nom des 4488 soldats et marines qui sont mort en Irak. J’écris cette lettre pour le compte des centaines de milliers de vétérans qui ont été blessés, et pour le compte de ceux dont les blessures physiques et psychologiques ont détruit leur vie. Je suis l’un de ceux qui ont été gravement blessés. J’ai été paralysé au cours d’une embuscade de l’insurrection en 2004 à Sadr City. Ma vie touche à sa fin. »

Young poursuit : « J’écris cette lettre pour le compte de ces vétérans dont le traumatisme et le rejet de soi causés par ce qu’ils ont vu, subi et commis en Irak les a poussés au suicide, et pour les soldats et marines en service actif qui commettent en moyenne un suicide par jour. J’écris cette lettre au nom de certains des 1 million d’Irakiens morts et au nom des innombrables Irakiens blessés. J’écris cette lettre au nom de nous tous – les déchets humains que votre guerre a laissés derrière, ceux qui passeront leur vie dans la douleur et les remords sans fin. » Body of War (2007) : Tomas Young se rendant sur le site de Ground Zero [crédits : Ellen Spiro /Mobilus Media]

S’adressant à Bush et Cheney, Young écrit : « J’écris, non pas parce que je pense que vous saisissez les terribles conséquences humaines et morales de vos mensonges, manipulation et soif de richesses et de pouvoir. J’écris cette lettre parce que, avant ma propre mort, je voudrais dire clairement que moi-même, et des centaines de milliers de mes camarades vétérans, ainsi que des millions de mes concitoyens, tout comme des centaines de millions d’autres en Irak et au Moyen-Orient, nous savons parfaitement qui vous êtes et ce que vous avez fait. » Body of War, co-dirigé par Phil Donahue et Ellen Spiro, raconte l’histoire de Young, sa maladie terrible et son opposition continue à la guerre en Irak. Young s’était engagé dans l’armée américaine après les attentats du 11 septembre 2001, parce que, comme il l’explique dans sa dernière lettre, « notre pays avait été attaqué. » Body of War (2007) : Des femmes de l’organisation Gold Star Mothers qui ont perdu des enfants dans la guerre d’Irak avec Tomas Young lors d’une marche pour la paix à Washington DC [crédits : Ellen Spiro / Mobilus Media].

Cinq jours seulement après son premier déploiement en Irak en avril 2004, pendant qu’il traversait le quartier de Sadr City à Bagdad dans un véhicule tout terrain, le jeune soldat avait été blessé par balle par un insurgé placé en hauteur. La balle lui a sectionné la colonne vertébrale. À l’époque de l’enregistrement de Body of War, comme la rapportait le WSWS, il était « non seulement rivé sur un fauteuil roulant mais il souffre de graves handicaps supplémentaires, dont l’incapacité à tousser, des troubles de la régulation de la température corporelle, des problèmes d’élocution, des infections urinaires, et des dysfonctionnements sexuels. »

Après une hypoxie cérébrale en 2008, Young, qui a 33 ans aujourd’hui, expliquait à Chris Hedges de Truthdig, « j’ai perdu beaucoup de dextérité et de force dans le haut du corps. Je ne serais même pas capable de me tirer une balle ou même d’ouvrir une bouteille de médicaments pour me faire une overdose. » Il lui a dit, « Je me sentais au bout du rouleau […] J’ai pris la décision de me mettre en soins palliatifs, de cesser de m’alimenter et de disparaître. »

Le documentaire de Donahue et Spiro comprend un certain nombre de scènes émouvantes où Young participe à des activités anti-guerre où il rencontre d’autres vétérans blessés, ainsi que des membres de familles de soldats morts en Irak. En août 2005, avec son épouse de l’époque, Young s’était rendu à Camp Casey, le campement de protestation établi par Cindy Sheehan devant le ranch de George W. Bush à Crawford au Texas.

Malheureusement, les motivations des réalisateurs pour faire ce film n’étaient pas vraiment pures. Body of War se termine sur un laïus lamentable en faveur du Parti démocrate et de son prétendu engagement contre la guerre. Le héros implicite du film est l’ex-sénateur Robert Byrd, démocrate de Virginie occidentale, qui figure dans la dernière scène du film.

Ironiquement, le mouvement anti-guerre officiel, dont faisaient partie des personnalités comme Donahue, l’ex-présentateur de débats télévisés, était sur le point de se dissoudre au moment du tournage et de la sortie de Body of War. La victoire des démocrates aux élections de novembre 2006, suivie immédiatement par des assurances données par les grandes figures du parti qu’il n’y aurait aucune procédure d’impeachment contre Bush et que le financement des guerres d’Irak et d’Afghanistan se poursuivrait, a sérieusement entamé ce processus. L’arrivée au pouvoir d’Obama l’a complété.

Young lui-même adhère à l’idée que la guerre d’Irak était « la plus grosse erreur stratégique de l’histoire des États-Unis, » et affirme dans sa lettre qu’il ne ressentirait pas le même désespoir s’il avait été blessé « en combattant en Afghanistan contre ces forces qui ont mené les attentats du 9/11. »

Pour autant, aucune personnalité du Parti démocrate, parti impérialiste couvert de sang, ne prononcerait des mots aussi sincères et justes que ceux-ci : « Je n’ai pas rejoint l’armée pour « libérer » les Irakiens ou faire fermer des installations d’un inexistant programme d’armes de destruction massive, ni pour implanter ce que vous appelez cyniquement la « démocratie » à Bagdad et au Moyen-orient. Je n’ai pas rejoint l’armée pour reconstruire l’Irak, ce qu’à l’époque vous nous disiez pouvoir faire avec les revenus du pétrole du pays. Au lieu de cela, cette guerre a coûté aux États-Unis plus de 3000 milliards de dollars. Je n’ai sûrement pas rejoint l’armée pour mener une guerre préventive. La guerre préventive est illégale d’après le droit international. En tant que soldat en Irak j’étais, je le sais maintenant, en train de soutenir votre imbécillité et vos crimes. »

Young décrit son corps « saturé d’anesthésiants, ma vie s’éloignant de moi, » confronté au fait « que des centaines de milliers d’êtres humains, y compris des enfants, et moi-même, ont été sacrifiés par vous, uniquement pour la cupidité des compagnies pétrolières, pour votre alliance avec la monarchie pétrolière d’Arabie saoudite, et vos visions impérialistes complètement malades. »

Vers la fin de sa lettre, Young écrit, « j’ai, comme beaucoup d’autres vétérans handicapés, souffert de l’assistance inadéquate et souvent inepte apportée par le ministère des anciens combattants. J’en suis venu, comme beaucoup d’autres vétérans handicapés, à réaliser que nos blessures mentales et physiques ne sont d’aucun intérêt pour vous, peut-être d’aucun intérêt pour aucun politicien. Nous avons été utilisés. Nous avons été trahis. Et nous avons été abandonnés. […] Le moment approche, pour moi, où je devrai rendre des comptes. Le vôtre viendra. J’espère que vous serez traduits en justice. »

La lettre de Young et sa situation témoignent de la tragédie épouvantable des guerres d’Irak et d’Afghanistan, du gâchis et de la destruction de centaines de milliers – peut-être de millions – de vies, toutes sacrifiées à la poursuite de la domination des États-Unis sur le monde. Le « moment de rendre des comptes » approche en effet pour l’élite dirigeante usaméricaine.

David Walsh

Source: elcorreo

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