Un an après…l’affaire MERAH: Quelques zones d’ombre

Mohamed Merah descend les pistes de ski du Jura, Mohamed Merah saute les bosses «comme un kamikaze», Mohammed Merah est photogénique , Mohamed Merah est un ange, etc… Ces images surprennent. Un mois plus tard, Mohamed Mérah devenait un assassin. «France 3» a déclenché la polémique. Le CSA devra veiller au traitement réservé, un an après, par les chaînes de télévision, aux tueries de Merah. Pourtant, « Merah : itinéraire d’un tueur » est un documentaire «qui mérite d’être vu par ceux qui ont envie de savoir et de comprendre», a estimé Emmanuel Galiero, journaliste à « TV Magazine ».

Plusieurs avocats avaient réclamé l’interdiction de sa diffusion. Me Simon Cohen, avocat de la veuve de Jonathan Sandler, qui a perdu ses deux fils lors de l’attaque de l’école Ozar Hatorah, défend «la liberté de la presse, fondement de notre République». «Le journaliste m’a interrogé sur le dossier. Il ne faut pas critiquer la liberté de la presse. Elle est indispensable», a-t-il insisté. «France 3» doit diffuser un autre documentaire qui offre «la parole aux intimes de Mohammed Merah».

L’ancien ministre de l’Intérieur de l’époque, Claude Guéant est revenu sur « le meurtrier à scooter »: « Le 11 mars il s’agit d’un meurtre comme il s’en produit quelques 800 en France […]L’affaire prend un relief vraiment énorme parce qu’on est obligé de faire le lien entre les deux agressions successives contre des militaires, détaille l’ancien ministre. Qu’a si peu de distance, entre Toulouse et Montauban, il y ait des attentats contre des militaires appartenant à des unités de parachutistes ayant servi en Afghanistan, cela interpelle« .

De multiples zones d’ombre

Le tueur a filmé chacun de ses sept meurtres avec une caméra. Mohamed Merah et son frère n’auraient pas été aidés par un troisième homme. Mohamed Merah avait-il un complice? Si OUI pourquoi ce complice court-il toujours ? « Je ne me mettrai pas à plat ventre, je reste« : ce sont les derniers mots d’Imad Ibn Ziaten, la première victime de Mohamed Merah. Ce 11 mars 2012, le parachutiste a rendez-vous avec celui qui n’est pas encore « le tueur au scooter » pour lui vendre sa moto. Le djihadiste a repéré sa « proie » sur une petite annonce d’un site internet. La scène est enregistrée dans ses moindres détails : le militaire se gare devant le scooter de son bourreau. Tous deux portent un casque. « Allo? T’es là pour la moto? » demande Merah. « Ouais« , répond Ziaten.Le parachutiste semble alors s’interroger sur quelqu’un. « C’est un pote à toi?« . « Hein? C’est mon frère« , répond Merah. « Ah, OK« . La suite du dialogue est confuse: « Eh, moi j’ai le mien t’as vu, parce qu’il va arriver là. On l’attend dedans si tu veux« , indique le jeune djihadiste.
Fallait-il lancer l’assaut ?

Son frère, Abdelkader Merah, actuellement détenu à la prison de Fresnes et seul mis en examen dans cette affaire, était-il sur place? Plusieurs témoignages assurent qu’il était en train de jouer au football à l’heure des faits. Qui est donc le troisième homme ? Les enquêteurs se montrent très prudents quant à l’interprétation de ces bandes. « On ne peut affirmer de manière claire qu’il y avait quelqu’un et que c’est le frère. C’est une interprétation possible« , témoigne une source proche de l’enquête.

Ce meurtre est, malheureusement, le premier d’une triste série. Quatre jours plus tard, il tuera deux militaires à Montauban et en blessera grièvement un troisième. Il s’en prendra ensuite à trois enfants et leur professeur dans l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse. Avant de mourir, il a pris soin d’envoyer les bandes à Al Jazeera pour que ses sanglants « exploits » soient diffusés. Ce que refusera de faire la chaîne.

Des fautes de la DCRI ?

Manuel Valls a affirmé que des « fautes » avaient été commises par les services de la DCRI. Dans un rapport publié en octobre, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) a relevé des « défaillances objectives concernant la dangerosité de Mohamed Merah. « Il y a eu des erreurs, des failles, des fautes », a déclaré Manuel Valls à la presse. « Il ne s’agit pas d’accuser, il s’agit tout simplement de savoir ce qui s’est passé, c’est la vérité que nous devons aux victimes, à leurs familles et tout simplement à la société française pour être plus forts et pour lutter contre le terrorisme ».

Y-avait-il un troisième homme ?

Dans son rapport, l’IGPN confirme que Mohamed Merah était dans le collimateur de la DCRI depuis 2006 mais qu’il n’avait pas été inquiété en raison d’une mauvaise appréciation de la menace qu’il représentait. L’enquête souligne le long délai de réaction de la DCRI, l’attentisme du service toulousain « en l’absence de réponse de sa centrale », et l’impréparation des agents qui avaient entendu le futur « djihadiste » en novembre 2011.

Le troisième homme, un quatrième homme ?

L’affaire Merah est loin d’être claire. La version officielle semble avoir été  docilement adoptée à l’époque, pour raisons électorales. “Zones d’ombre”, avait titré Libération le 23 mars. Depuis, plus rien ! D’où de nouvelles interrogations : : pouvait-on éviter de tuer Mérah ? Fallait-il tuer Mohamed Merah de manière spectaculaire à l’avantage du pouvoir du moment ? Comment expliquer qu’un homme surveillé depuis des années par la DCRI, connu pour ses opinions et suivi dans ses déplacements, ait été tout à coup en mesure de commettre non seulement un, mais plusieurs attentats ? De deux choses l’une: ou sa surveillance a été gravement défaillante, ou elle a été volontairement suspendue !
Eviter qu’il soit un héros

Le passage devant un tribunal d’un tel criminel aurait été massivement couvert par les grands médias et cela serait devenu une dangereuse tribune libre permettant à un fou de Dieu de jouer les héros pour toute la banlieue française. Ceci étant dit, on ne peut négliger, en repassant, dans le détail, le film par journées de la campagne électorale, le profit qu’a tiré Sarkozy de toute cette affaire. Pendant plusieurs jours, il est apparu comme un président qui unit et non plus comme un candidat qui divise. Il a pu déplacer les enjeux de la campagne, les faisant passer des problèmes économiques et sociaux à la nécessité de combattre le terrorisme et d’assurer la sécurité publique. Ce fut un joli tour de passe-passe qui lui permit de remettre au premier plan les éléments essentiels de son programme, en effaçant la faillite de sa politique et en lui conférant la stature de père de la nation.

Dans cette affaire, n’avons-nous pas assisté à une « pasteurisation »,  procédé politique de conservation des citoyens en période électorale. C’est le procédé par lequel ils sont chauffés à bloc. Rapidement refroidis ensuite, ils constatent que ça coule de partout sous la croûte et ne peuvent plus rien dire.

Michel Lhomme

Source:metamag

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