Un an après, le point sur le Printemps arabe

MAROC

« Le printemps arabe qui t’a porté au pouvoir nous a fait descendre dans la rue ». C’est le slogan scandé mercredi 28 décembre par des manifestants à l’adresse du nouveau Premier ministre, l’islamiste modéré Abdelilah Benkirane. Membres des différentes associations des diplômés chômeurs marocains, ils étaient plusieurs centaines rassemblés, à Rabat, devant le siège du Parti de la Justice et du Développement, vainqueur des élections législatives du 25 novembre dernier. Ils exigent que le règlement de leur dossier figure parmi les priorités du chef du gouvernement. D’autres manifestations de demandeurs d’emplois avaient eu lieu la veille dans plusieurs villes du nord du pays.

À Casablanca, c’est à l’appel des jeunes du Mouvement du 20 février que des milliers de personnes ont manifesté dimanche 25 décembre pour appeler à la poursuite de la lutte pour les réformes démocratiques. Ces manifestations se déroulaient  pour la première fois en l’absence des représentants du mouvement Justice et bienfaisance. Le mouvement islamiste, interdit mais toléré par les autorités marocaines, a effectivement mis un terme à son appartenance au Mouvement du 20 février, auquel il avait adhéré dès le début, « en raison des attaques » dont il a dit être l’objet de la part de certains jeunes contestataires.

Un mois après les législatives, les négociations se poursuivent entre les quatre partis qui forment la coalition gouvernementale : le PJD (107 sièges au Parlement), l’Istiqlal (60 sièges), le Mouvement populaire (MP, libéral 32 sièges) et le parti du Progrès et du socialisme (PPS, ex-communiste 18 élus). Ils doivent former un gouvernement composé d’une trentaine de ministres. Ces quatre partis politiques ont signé vendredi 16 décembre à Rabat une charte gouvernementale destinée à assurer une bonne gouvernance.

Tunisie

Lundi 26 décembre, le nouveau gouvernement tunisien, composé de 41 membres — 30 ministres et 11 secrétaires d’État — a prêté serment devant le président de la République Moncef Marzouki. Sa composition avait été approuvée, trois jours auparavant, par l’Assemblée constituante.

Découlant de longues négociations entre le parti islamique Ennahda, grand vainqueur des élections (89 des 217 sièges de l’Assemblée constituante) et les deux partis alliés, Ettakatol (centre gauche) et le Congrès pour la République du président Moncef Marzouki, ce gouvernement est largement dominé par Ennadha. En plus de la nomination de son chef, Hamadi Jebali, au poste de Premier ministre, le parti islamiste a en effet obtenu l’ensemble des portefeuilles régaliens (Justice, Intérieur, Diplomatie…), à l’exception de la Défense. Par ailleurs, imposée pour les élections, la parité n’aura pas fait long feu : seules trois femmes ont obtenu un portefeuille ministériel, à savoir l’Environnement, la Femme et l’Habitat.

Égypte

Après trois mois d’interruption, le procès de l’ancien président égyptien, Hosni Moubarak, a repris mercredi 28 décembre dans la matinée avant d’être rapidement ajourné jusqu’au 2 janvier. Lors de l’audience, le président de la cour a entendu les déclarations des avocats de l’ancien raïs -qui plaide non coupable- et de ses adversaires -qui l’accusent pour le meurtre de manifestants lors de la révolte du début de l’année.

La veille, un autre procès a fait date. Celui des tests de virginité pratiqués par les militaires en marge des manifestations de mars 2011. Les trois magistrats de la Cour ont estimé dans leur jugement que ces tests, qui auraient été effectués sur certaines manifestantes interpellées pour protéger l’armée de possibles accusations de viol, constituaient « une violation des droits des femmes et une agression contre leur dignité ». Cette décision a réjouit les militants égyptiens des droits de l’Homme: «  c’est la première fois qu’un tribunal civil admet et critique les abus commis par les militaires ». Elle intervient une semaine après le tollé soulevé par les vidéos montrant des soldats tabasser des manifestantes sur la place Tahrir.

« Les femmes sont une ligne rouge à ne pas franchir », était effectivement le slogan scandé par des milliers de
manifestants rassemblés vendredi 23 décembre au Caire pour réclamer des poursuites judiciaires contre les responsables des violences qui ont fait 17 morts ces dernières semaines. D’autres slogans visaient le maréchal Hussein Tantaoui, chef du Conseil suprême des forces armées (CSFA), à la tête du pays depuis la chute de Moubarak : « Le Conseil militaire est une prolongation de l’ancien régime, il a la même mentalité et a recours aux mêmes pratiques ».

Dans le même temps, les élections législatives se poursuivent et les principaux partis islamistes confirment leur domination.. Selon les résultats annoncés par la commission électorale, samedi 24 décembre, le Parti liberté et justice (PLJ), issu des Frères musulmans, et les salafistes d’Al-Nour ont récolté plus de 65% des voix lors de la deuxième phase des élections organisée entre le 14 et le 22 décembre. Lors de la première phase du vote, fin novembre/début décembre, ces deux partis avaient raflé 60% des voix. La troisième phase du scrutin pour élire les députés, organisée dans le dernier tiers du pays, doit débuter le 3 janvier.

Libye

Jeudi 29 décembre, 500 hommes de la troisième brigade d’infanterie devaient manifester, sans armes, devant le bâtiment de la banque centrale de Benghazi. Ces ex-rebelles, intégrés dans ce corps de l’ancienne armée, se situent dans une zone grise, dans l’attente d’intégrer la future armée nationale ou de retrouver la vie civile. Ils réclament une clarification de leur situation et, surtout, d’être payés.
Depuis deux jours, des centaines de soldats sont en grève pour obtenir leur solde impayé depuis 10 mois.

Ils rejoignent la horde de mécontents qui manifestent depuis deux semaines, dans la « future capitale économique du pays », pour protester contre l’absence d’actions visibles sur le terrain, depuis la chute du régime de Kadhafi, et dénoncer le manque de transparence des nouvelles instances dirigeantes. Les protestataires ont plusieurs mots d’ordre : « Non aux opportunistes », « Non à l’opacité », « Non à la corruption ».

Pour essayer d’apaiser leur colère, le président du Conseil national de transition (CNT), Moustapha Abdeljalil, et le Premier ministre, Abdel Rahim el-Keib, ont rencontré lundi 26 décembre des membres de la société civile. Ils ont appelé à la patience et à la confiance. Selon le CNT, les fonds débloqués n’auraient pas encore été remis aux banques libyennes, et les problèmes financiers devraient être réglés « dans la première quinzaine de janvier ». Le Conseil a aussi promis plus de transparence avec notamment la création prochaine d’un site internet détaillant le CV de tous ses membres.

Source: temoignagechretien.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *