Tournée express en Afrique de l’ouest: Hillary Clinton sur le terrain de la Françafrique

Washington sur les terres de la Françafrique ! La secrétaire d’État américaine devait rencontrer à Abidjan hier le président ivoirien, Alassane Ouattara.

L’arrivée d’Hillary Clinton dans la capitale ivoirienne marquait le début d’une tournée qu’elle effectue dans quatre pays de l’Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire, le joyau de la Françafrique, le Togo, un autre pays du puzzle néocolonial français postindépendance, le Cap-Vert où Total, multinationale française, cherche à s’établir.

Auparavant, la secrétaire d’État était au Liberia, cette “petite Amérique” revenue dans le giron de l’oncle Sam grâce à la présidente Ellen Johnson, où elle a justement assisté à la seconde investiture de la protégée de Washington. Au Liberia, ce fut donc une visite protocolaire avec cependant le signal fort d’un soutien indéfectible à Ellen Johnson pas si aimé que cela dans son pays d’origine, malgré le prix Nobel de la paix qui lui a été décerné en 2011 pour avoir réussi la réconciliation nationale au Liberia dont il reste à prouver l’efficacité.

Mme Clinton à Abidjan, c’est pour cueillir les retombées du soutien des États-Unis qui, à l’instar de la quasi-totalité de la communauté internationale, avaient apporté un soutien ferme à Alassane Ouattara, lors de la crise postélectorale – décembre 2010-avril 2011 – qui avait mis l’ex-Suisse africaine à feu et à sang. Ouattara, installé au bureau présidentiel par l’armée française qui a délogé Gbagbo qui ne voulait pas admettre sa défaite électorale, ne se suffit donc pas de l’onction de Nicolas Sarkozy, le président de la Françafrique. Pour le porte-parole du gouvernement ivoirien, Koné Bruno Nabagné, la visite de Mme Clinton est “la preuve que la Côte d’Ivoire est à nouveau fréquentable”… “C’est un signe que la normalité est de retour dans notre pays” (ndlr : la Côte d’Ivoire), a-t-il renchéri. C’est on ne peu plus explicite.

Avec le Premier ministre ivoirien, Guillaume Soro, la secrétaire d’État américaine a surtout évoqué des questions de coopération en matière de sécurité dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et la piraterie maritime. Des domaines exclusivement réservés jusqu’ici à l’ancienne puissance coloniale française qui entretien une base militaire d’importance en Côte d’Ivoire, c’est la plus importante en Afrique avec celles basées au Tchad et en Mauritanie.

La collaboratrice de Barack Obama, le président des États-Unis, prolongera ensuite sa tournée en Afrique de l’Ouest qui la conduira au Togo et au Cap-Vert. Hillary Clinton aura été le premier membre de l’exécutif américain à visiter le Togo. Au département d’État, à Washington, on ne fait pas mystère du motif de ce voyage : la diplomate américaine va à Lomé pour “rencontrer le chef de l’État, Faure Gnassingbé, en vue de manifester le soutien des États-Unis au progrès démocratiques et aux réformes économiques effectués par le Togo et aussi, féliciter ce pays pour sa récente élection au Conseil de sécurité des Nations unies”.

C’est tout dit : un bon point pour le pouvoir de ce petit pays qui va avoir une voix au Conseil de sécurité où les États-Unis vont revenir à la charge pour condamner au moins deux régimes, celui des ayatollah en Iran et la Syrie des Assad. Pour l’opposition togolaise, victime de multiples répressions, comme d’ailleurs ses homologues dans le continent, l’administration américaine se moque des revendications et luttes des Togolais pour la démocratie et la dignité. Faure Gnassingbé a été réélu dans des conditions controversées et avec le ferme soutien de la France. Hillary Clinton attendue aujourd’hui au Togo ne s’entretiendra qu’avec le chef de l’État et pas avec les représentants de l’opposition.

Après l’euphorie des premiers mois du Printemps arabe, l’administration Obama ne cherche plus à encourager la promotion de la démocratie et a même abandonné ses mises en garde pour obtenir des régimes autoritaires et des dictatures, comme le pouvoir reconduit à Lomé, quelques gages de bonne volonté parmi les sujets qui bloquent le chemin de la démocratie dans ces pays : la libération des prisonniers politiques, la fin définitive des violations des droits de l’homme à l’encontre des partisans de l’opposition et, surtout, l’organisation d’élections libres et transparentes qui garantissent des chances égales à tous les candidats. De ce point de vue, Washington qui marque au pas la Françafrique en a pris les fondements.

Un seul bémol quant à la tournée de Mme Clinton : Dakar est zappé. Le contexte dans lequel le Sénégal se trouve n’est manifestement pas étranger au choix de la secrétaire d’État de venir en Afrique de l’Ouest sans dire bonjour au président Abdoulaye Wade. Washington trouverait-il indécent la course de Wade pour un troisième mandat ? L’opposition farouche de ses adversaires politiques et de la société civile, qui n’ont pas cessé de sillonner les capitales occidentales pour vendre l’irrecevabilité de la candidature du “Pape du Sopi” (“changement” à 86 ans et en violant la Constitution), a-t-elle était entendue à Washington ?

La stratégie de l’opposition semble avoir payé, car, de plus en plus, les partenaires du Sénégal expriment leurs craintes sur la tension politique qui croît au fur et à mesure que le 26 février pointe. Pour autant, les États-Unis n’ont cessé de marquer leur mépris pour le continent noir. Dans le cadre de sa tournée express, la chef de la diplomatie US n’aura passé que quelques heures dans chaque pays, qu’il s’agisse du Libéria, de la Côte d’Ivoire, du Togo ou du Cap-Vert. Deux à trois heures par étape pour un déplacement d’à peine vingt-quatre heures sur un continent prédit pourtant “d’avenir” par les économistes et affairistes du monde entier.

Djamel Bouatta

Source: liberte-algerie.com

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