Téléphonie mobile en FRANCE : c’est vraiment la guerre

Intox ou premiers vrais couacs ? Depuis qu’il a lancé une offre de téléphonie mobile deux fois moins chère que le reste du marché, le groupe Iliad, maison mère de Free, ne cesse d’essuyer la riposte de ses concurrents.
La contre-offensive a commencé sur le front tarifaire. Les uns après les autres, en fin de semaine dernière, les trois opérateurs dominants – Orange, SFR et Bouygues Telecom – ont annoncé des forfaits s’alignant peu ou prou sur ceux de Free Mobile. Comme Free, ils ne vendent que des cartes SIM. Et uniquement sur Internet, via des marques « ad hoc » (B & You pour Bouygues Telecom, Red pour SFR et Sosh pour Orange), des plates-formes en ligne mises en place pour contrer l’arrivée d’Iliad programmée depuis deux ans.

« HUISSIERS »
Ces derniers jours, la guerre commerciale semble entrée dans une deuxième phase, plus procédurière. D’après Le Figaro publié mardi 17 janvier, « certains » concurrents de Free « disent avoir constaté » que des antennes sur son réseau n’étaient pas allumées, et « envoyé des huissiers » pour le vérifier. Si tel était le cas, cela voudrait dire que les appels passés par les premiers clients de Free Mobile transitent exclusivement par le réseau d’Orange, avec lequel Free a passé un accord d' »itinérance ».

Iliad s’est engagé, lors de l’attribution de la quatrième licence de téléphonie mobile, à ne lancer son offre commerciale que quand son réseau couvrira 27 % au moins de la population métropolitaine. Un manquement à cette obligation peut lui coûter de fortes amendes.

Xavier Niel, président d’Iliad (et actionnaire du Monde à titre individuel), dément. « Cela se vérifie assez facilement », a-t-il indiqué à l’Agence France Presse (AFP). « Notre réseau fonctionne, il est au-delà des 30 % de couverture de la population hexagonale », ajoute Maxime Lombardini, le directeur général d’Iliad. Mais « si nos concurrents testent notre réseau à Paris, ils seront déçus : nous y avons peu d’antennes. Nous en avons un peu partout en France, et pas mal en Bretagne Sud et en Normandie », ajoute une source interne.

« Les antennes de Free existent bel et bien. L’Autorité a procédé aux vérifications, sur le terrain, en novembre dernier, et a donné son feu vert à Iliad le 13 décembre », explique-t-on à l’Arcep, le gendarme des marchés des télécoms.
Aucun concurrent d’Iliad ne confirme avoir envoyé des huissiers. On parle de SFR, qui dément ; ou encore de Virgin Mobile. Chez Orange, on émet quand même des  » doutes » sur le réseau d’Iliad. L’opérateur, qui peut détecter les cartes SIM de Free sur son réseau compte tenu de leur accord d’itinérance, dit s’apprêter à faire des tests sur la France entière, « le temps de recevoir suffisamment de cartes SIM Free Mobile ».

« Il est très possible que, confronté à une montée en charge énorme, Free ait dû, pour éviter que son réseau ne tombe, éteindre momentanément des antennes, mais c’est tout à fait autorisé », remarque un spécialiste du secteur, ne travaillant pas pour un opérateur. « Toute cette agitation, ce n’est que de la com' », ajoute-t-il.

Les concurrents d’Iliad sont prêts à tout pour le faire trébucher. Free Mobile, qui ne confirme aucun chiffre, susciterait en ce moment entre 100 000 et 150 000 demandes d’abonnement quotidiennes. Orange reconnaît comptabiliser sur son réseau « plusieurs milliers » de cartes SIM Free. Le GIE-EGP, l’organisme qui traite les demandes de transfert de numéros d’un opérateur à un autre et à ce titre détient des indications sur les clients des opérateurs historiques cherchant à changer de maison, assurait mardi à l’AFP gérer jusqu’à 40 000 demandes par jour.

Ce nouvel adversaire laisse peu de marge de manoeuvre à ses concurrents. Difficile de contrer un opérateur qui a accumulé un tel capital de sympathie (selon un sondage GfK, lundi 16 janvier, 8 Français sur 10 se disent prêts à souscrire à son offre). D’autant que, lui aussi, en d’autres temps, n’hésitait pas à envoyer ses huissiers (c’était en 2006, lors d’une conférence de presse de Neuf Cegetel). Et que M. Niel ne recule pas devant les arguments démagogiques : « C’est vous les pigeons ! », lançait-t-il, le 10 janvier, lors du lancement de Free Mobile.

Cécile Ducourtieux

Source: lemonde.fr

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