Syrie – ONU : la victoire à la Pyrrhus de l’Empire

Notre média français de « référence » – en matière de mensonge et de désinformation -, I-Télé, présente le vote de l’Assemblée générale des Nations-Unies, vendredi à New York, comme une nouvelle défaite de la Syrie et de ses soutiens.

Il devient patent que pour avoir une lecture claire et juste des événements autour de la Syrie, il convient de prendre l’exact contrepied de ce que racontent ce genre de médias « autistes-atlantistes ». Et, à l’évidence, les Américains et leurs auxiliaires ou clients diplomatiques n’ont quand même pas de quoi pavoiser. Certes la résolution – présentée, il faut le rappeler, par cet État « exemplaire » qu’est l »Arabie séoudite – condamne les seules actions militaires de l’armée régulière syrienne et réclame une transition politique immédiate.

Mais le texte ne demande pas expressément à Bachar al-Assad de quitter le pouvoir et n’impose aucune sanction supplémentaire à la Syrie.

Ensuite, malgré les pressions diplomatiques et certainement financières du « consortium » ingérent États-Unis-Europe-Golfe, près du tiers des 193 États représentées à l’ONU n’ont pas, d’une façon ou d’une autre, suivi les desiderata de Ryad et de Washington.

-12 pays ont voté contre : Russie, Chine, Iran, Venezuela et Syrie, bien sûr. Mais aussi Cuba, Bolivie, Nicaragua, Corée du Nord, Birmanie (ou Myanmar), Biélorussie (ou Belarus),  Zimbabwe.

La Russie, chef de file depuis des mois de la résistance aux entreprises de Washington et de ses alliés contre Damas a dit, par la bouche de son représentant onusien Vitali Tchourkine, tout ce qu’il fallait dire de cette énième manoeuvre diplomatique des ennemis de la Syrie « telle qu’elle est » : « Derrière la façade d’une rhétorique humanitaire, la résolution dissimule un soutien flagrant à l’opposition armée qu’ils appuient et arment activement ».

Quant au représentant de la Syrie, Bachar al-Jaafari, il a indiqué, ce même vendredi, que lui et sa famille avaient reçu des menaces de mort et qu’il en avait informé les autorités américaines. Et sinon, il a dénoncé devant l’A.G. de l’ONU la « nouvelle mascarade » organisée en la circonstance par le président de la dite Assemblée générale, le… qatari Nassir Abdulaziz al Nasser. Bachar al-Jaafari a rappelé à ses adversaires aux réalités : « La résolution n’aura, quoi qu’il en soit, aucune conséquence« . Et notamment sur le terrain où les protégés  ASL-salafistes de Washington, Londres, Paris, Bruxelles, Ankara, Doha, Ryad n’échapperont pas à leur châtiment.

D’autres façons de dire « non » à l’Empire…

-31 pays se sont en outre abstenus, ce qui dans le contexte, équivaut à un vote contre : Algérie, Angola, Antigua & Barbuda, Arménie, Burundi, Équateur, Érythrée, Fidji, Ghana, Guyana, Inde, Kazakhstan, Kirghizstan, Laos, Liban, Lesotho, Madagascar, Mali, Namibie, Népal, Pakistan, Sainte-Lucie, Saint- Vincent et les Grenadines, Samoa, Sierra Leone, Iles Salomon, Sri Lanka, Suriname, Ouganda, Tanzanie, VietNam.

On observe que deux membres de la Ligue arabe, l’Algérie et le Liban, ont marqué une fois de plus leur désapprobation de la ligne belliciste impulsée par le Qatar et l’Arabie séoudite, et l’on déplore qu’un État en délicatesse notoire avec le Qatar comme la Mauritanie n’ait pas cru s’associer à eux.

Une puissance musulmane comme le Pakistan n’a pas craint d’adopter la même position que son rival traditionnel l’Inde, membre des BRICS. Les BRICS dont deux membres n’ont pas eu l’attitude qu’on était en droit d’attendre d’eux, vu notamment leurs prises de position passées : l’Afrique du Sud et le Brésil. Mais c’est la formulation « modeste » du t(exte qui a emporté sans doute leur soutien symbolique à celui-ci (voir plus bas).

Il faut compléter cette liste par celles des nations n’ayant pas voulu prendre part au vote, ce qui là encore dans le contexte de pression internationale que l’on sait, équivaut à une abstention sinon à une opposition au texte séoudien. En effet, les États qui refusent de prendre part à des votes à l’A.G. de New York, le font souvent par peur de déclarer leur position. C’est notamment le cas de la Guinée équatoriale, actuellement en délicatesse diplomatique le « Cartel » occidental, ou des Philippines qui ont de nombreux ressortissants en Syrie et ne veulent pas se mettre à dos ni leurs alliés américains ni le gouvernement syrien.

Voici la liste des 18 États ayant eu cette attitude a minima : Cambodge, Congo, République Démocratique du Congo (ex-Zaïre), République dominicaine, Guinée équatoriale , Éthiopie, Gambie, Kiribati, Malawi, Philippines, Sud Soudan, Swaziland, Tadjikistan, Turkménistan, Tuvalu, Ouzbékistan, Yémen.

Entre abstention volontaire et non participation au vote, on retrouve la quasi-totalité des ex-républiques musulmanes soviétiques, qui ont refait pas mal de chemin vers Moscou depuis les années 90. Et un autre État membre de la Ligue arabe a fait faux bond aux émirs et rois du Golfe, à savoir le Yémen, qui  est confronté très directement, lui aussi, à la menace d’al-Qaïda. On notera aussi que le Sud Soudan, pourtant largement une création des États-Unis, n’a pas participé au vote. Quant au Soudan « tout cout », on s’étonnera qu’il ait voté avec ceux qui l’ont isolé, sanctionné et démembré. Autre petite bizarrerie observée dans la sphère musulmane, l’Indonésie, premier pays musulman de la planète, a voté la résolution séoudienne alors qu’elle avait tout récemment pris sur la Syrie une positon proche des Russes.

Un nouveau mouvement des non alignés en gestation ?

Bref, ce n’est certainement pas une « large majorité de la communauté internationale » (dixit les robots d’I-Télé) et encore moins une « majorité colossale » (selon le représentant btrtannique au Conseil de sécurité) qui a condamné la Syrie, mais un peu plus de la moitié de celle-ci. Et parmi les 133 « oui », combien de petits États disons « pittoresques » (Monaco, Saint-Marin), combien de micro-nations pauvres et tenues par Washington comme les Bahamas sont venus faire nombre, contraints et forcés, aux côté des clients anglo-saxons, européens et golfistes de l’Oncle Sam ?

Il faut encore souligner que la nature assez modérée malgré tout du texte séoudien, remanié à la demande de plusieurs États, a seule permis le ralliement « de dizaines d’États membres qui, sinon auraient voté contre« , comme l’écrit aujourd’hui Le Point qui s’appuie sur des confidences de diplomates en poste à l’ONU.

Au contraire de ce que raconte la presse atlantiste de France, de Navarre et de Monaco, ce vote qui visait à isoler, bien avant la Syrie, la Russie et la Chine, ce vote  a démontré que ces derniers avaient bien pris la tête d’un bloc plus ou moins cohérent, mais émergent et d’un poids croissant, d’une sorte de nouveau « mouvement des non lignés (sur Washington et ses oukases). Bref, une minorité de résistance à l’Empire qui, avec la crise en cours et les crises à venir, ne pourra que gagner en influence. Et c’est la Syrie qui aura déclenché – bien malgré elle, mais grâce quand même à sa résistance – cette intéressante évolution géopolitique…

Louis Denghien

Source:infosyrie

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