Syrie : ainsi Bachar gagne sa guerre contre l’Occident !

bacharL’affaire est-elle entendue ? En tout cas, un certain nombre d’indices concordants donnent à penser que, plus que jamais, le président syrien Bachar El Assad tient le bon bout et est sur le point de gagner la guerre que lui a déclarée une coalition hétéroclite composée de katibasislamistes liées pour certaines à Al-Qaida, de nations occidentales agissant à travers des alliés locaux, et marginalement d’un certain nombre de démocrates historiques très vite dépassés par les événements. Allié historique du président syrien, le Hezbollah libanais (chiite) lui promet désormais la « victoire ».

Marginalisé pendant longtemps par un Occident qui ne le considérait plus comme le représentant légitime du peuple syrien, il prendra toute sa place lors des négociations qui s’ouvrent aujourd’hui à Genève, en Suisse, et qui seront arbitrées à la fois par les Etats-Unis et la Russie. La presse occidentale prend désormais acte de la criminalisation avancée des rebelles présentés pendant longtemps sous un jour mélioratif, et se demande si ces prétendus combattants de la liberté n’ont pas perdu « la guerre médiatique ».

Il est donc fort probable que le fils d’Hafez El Assad connaisse un sort différent de celui de l’Ivoirien Laurent Gbagbo – délégitimé et renversé par la France et l’administration onusienne – et du Libyen Muammar Kadhafi – assassiné par un agent français, si l’on en croit les révélations de la presse italienne, puis exhibé en public dans une sorte de pornographie macabre. Le monde change-t-il ? L’Occident sortira-t-il du conflit syrien affaibli et humilié ? L’opinion internationale retiendra-t-elle qu’on peut subir les foudres de Paris, Londres et Washington et survivre politiquement ? Si Bachar parachève sa victoire militaire sur ses rebelles, il faudra en tirer un certain nombre de leçons.

Des signes des temps

Pourquoi Obama, Cameron, Hollande et les autres lèvent-ils un peu le pied et consentent en apparence à rééquilibrer leur position ? Premièrement, parce que la diplomatie est avant tout une affaire de terrain. Assad a tenu militairement, sur une période assez longue. Alors qu’on le disait fini, il s’est réinventé plusieurs fois de manière assez surprenante. Si Gbagbo et Kadhafi avaient une structure militaire, des armes et des alliés leur permettant de tenir, ils seraient aujourd’hui considérés, par les pompiers pyromanes des temps modernes, comme une partie de la solution à la résolution de la crise dans leurs pays. Vae victis ! Malheur aux vaincus ! La citation latine n’a pas pris une ride.

Parce qu’Assad a tenu, les contradictions de la coalition hétéroclite qui le combat sont apparues, et elle s’est affaiblie de l’intérieur. Le double jeu de certains alliés, notamment les Qataris qui financent à la fois les actions dans les banlieues françaises, le football européen et le salafisme le plus rétrograde dans le monde arabo-musulman, a fini par apparaître comme une évidence, en dépit des dénégations forcenées de politiciens irresponsables. Alors que le terrorisme islamiste fait aussi partie des problèmes intérieurs des pays occidentaux, il est difficile pour les dirigeants des pays membres de l’OTAN de faire semblant de ne pas voir ce qui est évident. La propagation de l’islamisme le plus guerrier en Libye et sa dissémination dans le Sahel à la suite du renversement de Kadhafi par des alliés plus que douteux des Occidentaux – qui se sont finalement retournés contre eux – est également un facteur qui alimente la méfiance vis-à-vis des politiques officielles. Le bon accueil réservé, en France au livre Sahelistan de Samuel Laurent, qui accuse Sarkozy d’avoir fait preuve « d’une irresponsabilité folle » en Libye, où la guerre de l’OTAN est « un échec retentissant », est un signe des temps.

Il ressortira des épopées libyenne et syrienne que la France, l’Angleterre et les Etats-Unis peuvent aussi être un facteur de déstabilisation du Moyen-Orient. Ces nations perdront leur statut d’arbitres non contestés et de référents sur cette partie du monde, notamment aux yeux des pays émergents, acteurs montants de la scène diplomatique contemporaine. Par ailleurs, les observateurs avisés noteront qu’en abandonnant sa doctrine qui prônait un respect certes très hypocrite du droit international et des résolutions onusiennes et en aidant directement les rebelles syriens, la France a adopté le néoconservatisme bushien que ses analystes officiels tançaient jusqu’alors.

Une Afrique mineure

Et l’Afrique dans tout ça ? Il est évident qu’en dépit de son affaiblissement moyen-oriental, l’Occident – et singulièrement la France, dont le président faisait le beau lors du dernier sommet de l’Union africaine – y reste le maître du jeu sur le terrain de la paix et de la guerre. En dépit des contradictions, y compris d’ordre économique, avec des nations comme la Chine et l’Inde qui peuvent estimer qu’elles font face à un adversaire qui profite de son maillage militaire du continent pour leur opposer une certaine forme de containment. Pourquoi le concert des nations continue-t-il d’admettre le néocolonialisme occidental en Afrique, alors que la clé de la croissance mondiale s’y trouve désormais ? Tout simplement parce qu’il redoute ce que les spécialistes appellent « le vide de puissance ». Les Etats africains sont soit inexistants soit affaiblis. Les organisations régionales sont soit impotentes comme l’Union africaine soit de simples exécutantes comme la CEDEAO. Le soft power – instituts de recherche, médias d’envergure internationale, organes producteurs de statistique, ONG à but normatif, etc – est contrôlé de l’extérieur.  Les Africains sont, par exemple, incapables de participer de manière satisfaisante au règlement de la crise malienne, comme ils ont été incapables de s’opposer de façon cohérente au renversement de Kadhafi. En l’état actuel des choses, ils sont mineurs dans le regard de ceux qui les observent de l’extérieur. Ils ont besoin de tuteurs. Et même si l’actuel tuteur est à la fois le problème et la solution, il garantit un ordre cohérent.

Il revient au leadership africain de montrer aux Chinois, aux Indiens, aux Sud-Américains… que leurs nations et leurs organisations communautaires peuvent être de vraies actrices des relations internationales. Et non des adulescentes qui ont peur de leur ombre et qui se perdent dans des considérations émotionnelles là où seule la froide évaluation des rapports de force et des intérêts bien compris prévaut.

Théophile Kouamouo

Source: nouveaucourrier

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