SPIRITUALITE ET DEVELOPPEMENT

Noël Kodia-Ramata, il y a quelques semaines se posait cette question : nos pays sont indépendants, nous avons les médecins, nous avons les richesses, alors qu’est ce qui fait que notre système de santé soit aussi déplorable ? Et, expliquant le sous-développement du peuple Noir Africain, par le biais d’un article fort intéressant: « Spiritualité et développement : Le Spirituel, levier de développement économique en Afrique », Yves Makodia-Mantséka, établit un lien entre d’une part le développement économique et la Spiritualité, de l’autre. J’en conviens. Il y a un lien entre le développement économique et la Spiritualité. En revanche concernant l’Afrique noire francophone, il faudrait au préalable définir les contours de la Spiritualité dont il est question. Comment voulez-vous soigner un malade si vous ne savez pas de quoi il souffre ?

Le Fondement de tout peuple est Sa Spiritualité. Coupé de cette racine, un peuple n’est qu’un troupeau errant dans le désert. Et, cela les penseurs occidentaux l’avaient compris. Ce n’est donc ni surprenant ni anodin que l’Occident judéo-chrétien ait commencé toutes les colonisations avec la Bible, sa Spiritualité. Pour l’Occident judéo-chrétien, il fallait annihiler toute fondation spirituelle soutenant les peuples que l’on trouvait sur place. Comme toute construction ne se fait que sur du solide, il fallait donc briser toute Spiritualité, c’est-à-dire Spirituellement désorienter profondément les autochtones et durablement, en leur imposant une Spiritualité qui n’est pas la leur. Pour l’Occident judéo-chrétien, il fallait à tout prix, introduire un disfonctionnement dans le Schéma spirituel des dits peuples. C’est en cela, que la colonisation a été la plus belle réussite sur l’Homme noir.
Nous oublions ou nous ne voulons pas admettre qu’une fusion doit être entre la Spiritualité et l’Ame d’un peuple. Nous avions oublié ou nous n’avions pas voulu admettre que les concepteurs de toute Spiritualité, étaient et sont à l’Image du peuple auquel ils s’adressaient. Il est facile d’observer que :
Les Asiatiques ont leur Spiritualité. Bouddha ou Confucius ont développé une Spiritualité et une Philosophie qui étaient en symbiose avec l’Ame du peuple asiatique. Économiquement, politiquement, ils sont puissants, et donc peuvent orienter leurs stratégies de conquête internationale.
Lorsque le Prophète Mohamed, inspiré, dicte le Coran, dicte les Sourates, il s’adresse à un peuple bien précis au sein duquel il vit. Un peuple dont il est issu. Aussi la Spiritualité qu’il enseigne, a prise avec l’Ame du peuple Arabe. Ainsi naîtra l’Islam. Et, ils sont puissants tant économiquement que politiquement et orientent tout autant leur stratégie internationale.
Jéhovah, tout comme les Prophètes qui jalonnent la Geste biblique, s’adressent à un peuple bien précis : le peuple Juif. Toute la Bible s’adresse au peuple Juif. Tous les acteurs sont juifs. Relisons l’Ancien Testament, nous nous rendons compte que Jéhovah assisté son peuple à tout instant. Ce qui est au demeurant normal, puisqu’il l’avait choisi. Jéhovah est leur Dieu et le peuple Juif est Son Peuple. Et nous savons que cette Spiritualité transcendante, à travers les prophéties, a permis et soutenu le peuple Juif à travers toutes les tribulations : De l’Exode à la Shoah. Cette Spiritualité a porté ce peuple jusqu’au mur des Lamentations, a donné le Judaïsme et son bourgeon: le Christianisme. D’où, la Spiritualité judéo-chrétienne.
Tous les Avatars sont à l’Image du peuple auquel est destiné leur message. Ainsi, il y a adéquation, fusion avec l’Ame du dit peuple.

Qu’en est- il du peuple noir africain ? Qu’en est-il de la Spiritualité du peuple Noir ? En Afrique noire, tout est emprunt. Le schéma scolaire, le schéma politique, le schéma économique, le schéma spirituel. Tout est emprunt. Le peuple noir africain a trouvé refuge dans des Spiritualités d’emprunt. Partant, il n’y a pas d’adéquation, de fusion entre ces Spiritualités empruntées (au demeurant respectables), avec l’Ame du peuple noir. Il ne peut y avoir de fusion, d’adéquation entre une Spiritualité empruntée et l’Ame d’un peuple étranger à cette Spiritualité. Il n’y a pas Transcendance, Immanence, Dépassement pour l’élévation de l’Ame d’un peuple qui emprunte la Spiritualité d’un peuple autre.
Cela a produit des courts circuits entre tous les schémas et l’Etre Noir Africain. Et, ce sont ces courts circuits qui ont produit, produisent et produiront le sous-développement mental, matérialisé par le sous-développement économique et politique. Cet esclavage mental a initié tous les disfonctionnements auxquels nous sommes sujets sur le continent.
Ayant emprunté la Spiritualité d’un autre peuple, nous Noirs, en sommes devenus en fait des esclaves spirituels. Nous sommes devenus, du fait de cet emprunt, redevables et dépendants du peuple ayant initié la dite Spiritualité. Partant, nous ne pouvons qu’être qu’esclaves à tout point et vivre aux ordres.

Lorsque l’on contracte un emprunt financier auprès d’une banque ou autre institution financière, suivant un échéancier, on rembourse le capital auquel s’ajoutent les intérêts. Et, tant que l’on ne se libère pas de ce boulet ou si l’échéancier n’est pas respecté, la banque ou l’institut financier, devient de plus en plus riche et, l’emprunteur, de plus en plus pauvre.
Tous les peuples qui s’engagent, ou, qui aspirent à une élévation quel qu’en soit le domaine, et surtout économique puisqu’il en est ici le sujet, le font, adossés à une Spiritualité propre. Tous les peuples, tous les pays, que l’on dit développés ou émergents aujourd’hui ou ceux qui ont voix au chapitre, ont entamé tout cheminement technique, économique, adossé à leur propre spiritualité, à leur propre schéma religieux. Nullement sur un emprunt. Tous les peuples fiers et sûrs d’eux-mêmes, tous les peuples qui sont à même de dire : NON, le font parce que, adossés et soutenus intérieurement par leur Spiritualité. Car, seul un lien spirituel permet une prise de conscience de groupe. Yves Makodia-Mantséka le dit si bien: « Privilégier le Spirituel avant l’économie, c’est placer l’homme africain au cœur de la société et de sa transformation de fond en comble pour atteindre le chemin radieux de la croissance durable ». Et, il poursuit : «cette stratégie spirituelle au contour idéologique de l’homme nouveau et de l’âme nouvelle est la voie royale des Africains pour sortir du guêpier de l’économie sous-développée ». Le problème est que le peuple Noir a une Spiritualité d’emprunt. Toute l’Afrique noire a une Spiritualité venue d’ailleurs. Une Spiritualité imposée par les colons. Le peuple Noir ne pourra pas de ce fait connaître ou aspirer à un quelconque développement économique, cette voie royale dont fait état Y. Makodia-Mantseka.

Depuis quelques années, nous constatons tous, un phénomène qui connaît une croissance exponentielle et qui ne passe pas inaperçu dans toutes les contrées noires africaines : L’explosion des lieux de prières. Et dans ces lieux, on y rencontre toutes les strates de la société, toutes les personnalités de la société: Du sommet à la base. Et, nous constatons aussi, que plus on prie dans ces pays, plus l’obscurantisme et les ténèbres gagnent du terrain. Plus la misère progresse, plus les lieux de prière se remplissent et prospèrent. Et dire que leur Mentor Jésus Christ n’a enseigné que l’Amour. Et, d’ailleurs, l’un de ses commandements, n’est-il pas que l’on aime son prochain comme soi-même ? De l’Amour pour l’autre, nous n’en voyons nulle part.
Pendant plus d’un demi-siècle, l’Afrique noire n’a connu que le feu, le fer et les destructions. Elle a continué de plus belle dans les compromissions politiques et les prostitutions intellectuelles. Et, depuis elle offre l’image d’un peuple sous l’emprise de l’alcool, toujours ivre, saoule. Depuis plus d’un demi-siècle, l’Afrique Noire a formé, et formé des fils et filles dans divers domaines et dans divers pays, pour le résultat que nous connaissons. Comment expliquer ces pesanteurs mentales ?
Des pesanteurs qui ne sont que le fruit d’une déviance spirituelle n’ayant pas d’emprise réelle sur l’Ame d’un peuple. Un manque de ciment qui fédère, et qui doit lier tout un peuple. Des pesanteurs qui font que, nous autres Noirs Africains, sommes incapables même de respecter des Constitutions que nous rédigions nous mêmes. Là où le président américain a huit ans maximum à la magistrature suprême, nos Présidents détiennent des records de longévité au pouvoir pour les résultats que nous connaissons. Vingt ans, trente ans, quarante ans à la magistrature suprême, à tel point que les Républiques deviennent des royaumes. Les fils devenant Président au décès de Papa. Est-il alors juste et honnête de trouver en cet Occident, goguenard, condescendant, le bouc émissaire, responsable idéal de toutes nos forfaitures et de lui reprocher de profiter des situations que nous créons nous-mêmes.
Le cas le plus désolant est celui du Franc C.F.A. :(Comptoirs Français d’Afrique). Nous savons tous, économistes ou non, acteurs politiques ou non, que la monnaie est un gage de maturité, d’indépendance d’un pays. La monnaie est le pivot important et central dans toutes les relations, toutes les transactions internationales. Nous savons tous que celui qui contrôle la monnaie peut vous réduire en esclave. Vous tenant à sa merci, il vous assujettit, et peut donc vous étrangler à tout moment. Les pays d’Afrique noire francophone, depuis plus d’un demi-siècle, fonctionnent avec une monnaie d’emprunt. Une monnaie qu’ils ne contrôlent pas.

Donc qui n’ont aucune prise sur l’élément moteur de leur vie économique. Des millions de gens utilisent tous les jours, une monnaie qui est gérée par des administrateurs français. Cela signifie simplement que nous Africains francophones sommes incapables de gérer la monnaie que nous utilisons à tout instant et que nos banques centrales ne sont que des caisses d’enregistrement et in fine, que les monétaristes, formés pourtant dans des instituts occidentaux sont des nuls. Puisque nos pays sont indépendants, que nous avons les techniciens, que nous avons les richesses, qu’est ce qui fait que depuis plus d’un demi-siècle, ces pays soient si incapables de battre monnaie ?
Je ne sais si N. Kodia-Ramata et Y. Makodia-Mantséka peuvent historiquement se souvenir depuis quel siècle le peuple noir africain est en contact avec la Spiritualité judéo-chrétienne. Si donc, depuis ce contact, le peuple noir africain n’a pas encore compris le message biblique ou christique, il serait temps de se poser certaines questions. Dont une en particulier. Cette Spiritualité, est-elle celle du peuple noir?
Marcus Garvey dit : « Une race sans autorité ni pouvoir est une race sans respect» et il ajoute : « Un peuple qui ne connait pas son passé, ses origines et sa culture ressemble à un arbre sans racines ».
Et comme nous n’avons plus connaissance de nos passés, origines et cultures,…………

Alexandre Dzéla-Mpassy. 20 novembre 2012

 

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