Sénégal : un formidable pays gangrené par le fléau de la faconde politico-médiatique

A l’approche des élections de 2012, tous les regards sont rivés sur les nombreuses candidatures qui n’ont guère de différences idéologiques et stratégiques, que ce soit sur le fond ou la forme. En effet, ces candidatures des partis politiques ou des hommes issus de la Société civile ont embouché la même trompette pour animer les quatre coins du Sénégal, grâce à la symphonie de la lutte contre les fausses notes de la mal-gouvernance, la corruption, la gabegie et le népotisme. Au lieu de présenter aux Sénégalais un programme digne de ce nom,  tous les candidats obnubilés par le trône tout mielleux et très avantageux n’ont pas hésité  à s’engouffrer dans des raccourcis en pointant du doigt les errements, « forfaitures » et « crimes »de Sa Majesté.

Il est grand temps donc que l’opposition fasse montre de sa capacité à  offrir une panacée au peuple, à jamais plongé dans une précarité sans précédent aggravée par l’ostracisme.

Le problème du Sénégal est lié au fait que les politiques passent le plus clair de leur temps à moisir dans des débats inutiles, électoralistes: il suffit de jeter un coup d’œil sur les journaux papier ou les sites en ligne sur le Net pour s’en apercevoir ! Les médias en mal de déontologie ont empiré le fléau du verbiage pour avoir délibérément accepté de céder, pour des raisons économiques et clientélistes, aux jeux favoris des politiciens toujours enclins à se retrouver au-devant de la scène. Une  marotte difficile à extirper du champ politico-médiatique ! Ne pouvant plus supporter les dérives qui polluent la presse sénégalaise, le journaliste**Abdoulaye Ndiaye de « senenews.com » tire à boulets rouges sur ses « patrons » malhonnêtes et boulimiques : L’Intérêt prime toujours sur l’information ; parfois on confond même l’information et la communication de propagande. Certains préfèrent même le chantage pour se tailler la part du lion. Des lobbies se constituent pour manger l’essentiel du gâteau médiatique. L’appareil étatique joue le ballon et ouvre les brèches de la contradiction. Les acteurs de la presse jouent du mauvais pied. Le virus du lobbying et des réseaux, gangrène la sphère médiatique. Les 500 millions de l’aide à la presse crèvent l’abcès. C’est le sauve qui peut combien pourrais-je avoir ? C’est la seule question sur toutes les bouches. On fusille même parfois des acteurs du champ médiatique depuis plus d’une décennie. La paille prend feu ; une certaine presse est qualifiée « de torchon ».

C’est ainsi que les spéculations pléthoriques et puériles, sans perspectives d’avenir, ont fini par lasser la plupart des Sénégalais qui se sont dès lors rabattus sur les rubriques de faits divers (vols, viols, incestes, suicides, etc.) et surtout sur les affiches des dramatiques combats de lutte « traditionnelle ». Résultat, le Sénégal est classé parmi les pays les plus pauvres de la planète ! Et le peuple se croit toujours au centre du Monde, malgré ses souffrances et ses difficultés quotidiennes.

En revanche, le bruit et la poussière venus des états-majors politiques nous bouchent l’horizon, sans laisser la moindre place aux plumes qui devraient en principe jouer le rôle de premier plan dans le débat pour sauvegarder le pays face à la crise mondialisée. Y a-t-il des têtes pensantes dans ces QG ? Le doyen Amady Aly Dieng avait vu juste lorsqu’il affirmait sur 2STV, lors d’une émission littéraire: « Nous sommes dans une société anti-intellectuelle ». Pour lui, c’est très difficile de s’écarter de la famille pour écrire, en raison de nos réalités sociales, traditionnelles. La preuve en est que les gens sont tout le temps dehors, contrairement à la société occidentale où l’on ne sort pratiquement pas l’hiver même si l’été est une période consacrée aux voyages. Bref, le professeur nous a par la même occasion appris que l’écrivain et homme politique rufisquois, Ousmane Socé Diop et le savant Cheikh Anta Diop avaient écrit leurs principales œuvres en Europe, avant de rentrer au Sénégal.

Quoi qu’il en soit, rares sont les candidats qui ont un programme politique clair, bien défini et adapté à la nouvelle situation économique, politique, mondiale. D’autant plus que l’exemple de l’Union africaine qui a été sevrée de l’aide financière du « roi des rois »***, Kadhafi, est édifiante, sans oublier la récente débâcle de la zone Euro qui risque de compromettre**** la réélection de Wade, candidat à sa succession. Et nombreux sont malheureusement les prétendants à la Magistrature Suprême qui ignorent que « les paroles s’envolent et les écrits restent ». Par conséquent, ceux qui répliqueront sans tourner sept fois la langue dans la bouche avant de parler oseront brandir des « Manifestes » en quelques lignes, incohérents et inconséquents ! Mais nos hommes politiques sont-ils à même d’arrêter ce cirque politico-médiatique en remuant leurs méninges afin de nous épargner cette faconde insupportable ?

En tout cas, des livres-programmes n’envahissent pas les librairies et encore moins la « une » des journaux où une multitude de candidats se targuent d’avoir des talents extraordinaires en matière de bonne gouvernance et d’antidotes aux maux dont souffre le pays. C’est pourquoi, j’ai l’impression d’assister à la réalisation de mauvais films diffusés dans tous les coins du pays par de mauvais cinéastes qui ont eu la malchance et le handicap d’avoir forcé leur carrière de metteurs en scène. Une telle situation peut s’expliquer par leurs desseins et convictions malsains, y compris leur « entendement » erroné de l’art de la gestion de notre Cité, littéralement pillée, déboussolée et désemparée. Toutefois, l’impunité totale dont profitent les nouveaux riches de l’Alternance n’honore pas Sa Majesté Abdoulaye Wade qui devrait, tout au moins, les déconseiller  de parader sans vergogne au milieu des nécessiteux, à défaut de pouvoir les empêcher de s’enrichir de manière illicite.

Je ne saurais terminer sans évoquer l’affaire Malick Noël Seck, un vaillant jeune militant socialiste, à qui l’on reproche à tort d’avoir osé tirer la sonnette d’alarme auprès des Juges du Conseil Constitutionnel sur les risques et dangers de la validation de la candidature du vieillard croulant. Son arrestation et son transfèrement à Tambacounda sont des actes arbitraires que nous devons dénoncer et combattre par tous les moyens jusqu’à sa libération. Il s’agit d’une énième dérive perpétrée par une « Justice » asservie, au service d’un régime despotique. Seule une forte mobilisation nationale et internationale pourra faire sortir Malick Noël Seck des  geôles royales.

Malick Noël Seck

Malick Noël Seck

 

 

 

 

 

 

Dame Diop

afriquedemocratie@afriquedemocratie.net

Notes (****)

 * Barthélémy Dias a publiquement accusé Wade, devant les caméras de WalfTv, d’être directement impliqué dans la mort de Maître Babacar Sèye et de sept policiers tués dans des manifestations.

** Article cité : Chers patrons, Chantage, Démagogie, Discrimination : Halte là !

http://www.senenews.com/?p=15643

*** Voir Marius M. FONKOU, Quelle Afrique sans Kadhafi: « Depuis la rencontre de Syrte en juillet 1999 jusqu’à la création effective de l’Ua en juillet 2002 à Durban en passant par la signature de l’acte constitutif en juillet 2000 à Lomé, le guide de la Jamahiriya (République des masses) arabe libyenne s’est personnellement investi, engageant d’énormes ressources financières pour faire avancer les Etats vers l’union ».

« (…) En énonçant sa prospective, le Pr. Pondi qui a souhaité être contredit par les faits a indiqué que la chute du leader libyen risque d’accroître le chômage en Afrique subsaharienne. Le reflux des migrants ainsi que le durcissement des conditions d’accès des autres Africains à la Libye pourraient en effet être douloureusement vécus par l’Afrique noire de façon générale ».

http://www.cameroonvoice.com/news/news.rcv?id=5189#anchorpager

**** Lire Adrien Hart – Slateafrique.com, l’Afrique face à la crise européenne: “La crise économique devrait, quant à elle, réduire significativement le nombre de touristes français au Sénégal. (…)
(…) Le tourisme est un des principaux pourvoyeurs de devises pour le Sénégal et les Français représentent les 2/3 des touristes venant au pays de la Teranga, notamment dans la station balnéaire de Saly, la plus importante de l’Afrique de l’Ouest francophone. Une mauvaise nouvelle de plus pour le président Abdoulaye Wade, candidat à sa succession en février 2012.

http://ecofinance.mutations-multimedia.com/index.php/component/k2/item/265-lafrique-face-%C3%A0-la-crise-europ%C3%A9enne

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