Sénégal – Macky Sall, Le Sens De La Famille

Débordé par une coalition dont la logique, en soi et pour soi, est la dislocation et une espérance sociale démesurée, Macky Sall  s’est lancé dans une fuite en avant d’autant plus désordonnée que le président sénégalais multiplie les impasses avec des pistes mal gérées devant l’absence d’une stratégie de communication conséquente.
De la Cour de répression de l’enrichissement illicite à la Cour de répression des crimes économiques, en passant par l’Office national anti-corruptionMacky Sall le président sénégalais multiplie les vocables pour avouer son embarras à frapper, comme le sous-entendent les populations sénégalaises et les revanchards qui le cernent,  principalement l’Alliance des Forces de Progrès de Moustapha Niass et la Ligue démocratique de Bathily : la défaite élégante de Wade, sans coup férir, vaut au président battu une certaine considération d’une communauté internationale qui envoie le message clair à Macky Sall (le sénateur américain Carson) de ménager celui qui a permis en mars une éclaircie dans le ciel africain surchargé de menaces ; des deux Guinée au Mali, de la Mauritanie à la Côte d’Ivoire mal pacifiée, l’Afrique de l’Ouest est secouée dans ses tréfonds et ajoute au désarroi d’une communauté éparpillée à travers des conflits ralentissant la détente favorable à la croissance et à un esprit positif international… tout en sachant  que la croissance n’a jamais été un facteur de paix, bien au contraire (Cf. Daniel Cohen : La prospérité du vice. Une introduction (inquiète) à l’économie. Albin Michel, 2009).
La tournure somme toute assez ubuesque des « affaires » récentes limite désormais les mouvements désordonnés du président élu et semble  le bloquer dans son essor ; elles laissent apparaitre des décisions hâtives, non muries, non théorisées, qui ne pouvaient  dès lors qu’aboutir à une impasse, surtout si, à la baisse, la stratégie de communication adoptée tourne plus à la cacophonie : baisse du prix des denrées sans tenir compte du prix de revient, le vaudeville du découpage administratif mal réussi puisque rejeté par les bénéficiaires, aussi bien à Dakar qu’à l’intérieur (Mbane, dans la région de Saint-Louis), une malheureuse déclaration de patrimoine qui suscite plus d’interrogations sur un enrichissement subit et non éclairé, une gestion hasardeuse du dossier de Cambérène qui semble servir de bouc-émissaire pour accélérer une pénétration au moins dans un foyer religieux, une pêche en eaux troubles au Port avec une nomination manifestement en conflit pour un patron soumissionnaire dans d’autres secteurs de la vie sociale sénégalaise, pris en flagrant délit d’initié dans le dossier de l’engrais.

En outre, une solidarité familiale trop poussée laisse entrevoir une volonté de puissance basée sur une dynastie qui ne dit pas son nom avec des beaux-frères par-ci, une dame subitement riche, au bout d’un mois de règne, pour distribuer des millions à tour de bras, une entorse au bon sens avec l’investiture d’un présumé innocent dans les mailles de la justice. Malicieux comme toujours, Wade ragaillardi par le subit regain américain en sa faveur (1) lui rappelle le sens de la famille avec une conférence de presse du 25 mai non dénuée d’une logique dynastique.

Marième Faye,une première "dame subitement riche"

Marième Faye,une première "dame subitement riche"

Parvenu au pouvoir avec une espérance démesurée d’une demande sociale non soutenue par un vote populaire clair au premier tour (26%), Macky Sall vit aujourd’hui le syndrome des années 2000 avec un Wade perçu comme le messie et qui s’est révélé contraire aux espoirs nourris : la demande sociale, à la fois politique, économique et culturelle, est toujours là, devant les atermoiements d’un président ne sachant pas lui-même ce qu’il peut par rapport à ce que les populations veulent.
La stratégie de sortie de crise ne fait que multiplier les impasses : débordé par une coalition dont la logique, en soi et pour soi, est la dislocation et une espérance sociale démesurée, Macky Sall,  s’est lancé dans une fuite en avant d’autant plus désordonnée que le président sénégalais multiplie les impasses avec des pistes mal gérées : les critiques d’une formation gouvernementale sont récompensées par une nomination au poste de ministre conseiller ; les arrangements entre formations coalisées finissent par des nominations avant-terme dans une assemblée nationale virtuelle qui pourrait éclater avec des percées inattendues et l’encerclement d’un président hésitant, introverti ; la pression des « partenaires » soucieux de maintenir l’otage en minorité implique des nominations tous azimuts, sans motif autre que de doubler ou de tripler les postes techniques (ministères) avec risque de chevauchements, etc. Seul un Moustapha Cissé Lô semble garder la tête froide, devant le capharnaüm politique actuel du Sénégal ; malheureusement, la méthode de communication l’emporte sur le fond d’une grande sagesse. Il est vrai que les Troyens n’ont jamais cru en Cassandre quand ils avaient introduit l’ennemi en leur sein, sous forme d’un énorme cheval.

Pathé Mbodje
Source:koccbarmafall.skyrock.com

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(1) Le 11 mai dernier, le secrétaire d’Etat adjoint américain chargé des Affaires africaines, Johnnie Carson, écrivait, entre autres termes nouveaux, après un semblant de brouille avec le Sénégal de Wade : « Votre leadership a contribué à bâtir les solides fondations sur lesquels repose l’amitié entre le Sénégal et les Etats-Unis. Je suis impatient de connaître vos projets d’avenir et nous continuerons à compter sur vous pour jouer un rôle positif sur les questions de paix et de stabilité régionale ».

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