Sénégal – Le scandale de la maison de l’université : saisine publique de l’OFNAC

ziguinchor-uaszLe Recteur de l’UASZ a déclaré lors de sa conférence de presse du 19 février 2016 : «  la maison de l’université a permis d’économiser environ trente millions (30 000 000) sur les dépenses d’hébergement et de restauration des vacataires, soit un passage de 64 689 200 en 2013 à 33 167 635 F CFA en 2014 ». Voici le tableau récapitulatif de l’évolution des dépenses d’hébergement sur lequel il s’est basé pour tenter de manipuler « l’opinion nationale et internationale ».

Années Frais de séjour (en F CFA) Hébergement à l’hôtel(en F CFA) Hébergement à la maison de l’Université(en F CFA) Total(en F CFA)
2010 40.562.534 25.847.960 66.410.494
2011 40.133.000 24.700.250 64.833.250
2012 52.566.000 25.296.800 77.862.800
2013 51.367.500 19.560.200 64.689.200
2014 27.020.000 11.826.800 33.167.635 72.014.435
TOTAL 211.649.033 107.232.010 33.167.635 345.810.179

Source : document N° 02/UASZ du 03 février 2015, Direction des Affaires financières, Rectorat. Ce tableau montre clairement que les dépenses d’hébergement et de restauration des vacataires ont en réalité augmenté avec la mise en service de la maison de l’université en 2014. Où se trouvent les 30 millions d’économie dont parle le Recteur ? Un éclairage s’impose sur cette énigme qui en réalité cache une nébuleuse gestion et un énorme scandale financier parmi tant d’autres dignes d’être révélés à l’OFNAC.   Historique de la maison de l’université L’idée d’avoir une maison de l’université à Ziguinchor, soulevée dès l’année 2011, est liée au fait que l’UASZ consacrait déjà à cette époque une bonne part de son budget à la prise en charge des frais d’hébergement et de séjour des vacataires. L’esprit du projet initial était de construire une maison semblable à celle de l’UCAD. C’est le SAES qui en avait demandé la construction, afin de réduire le coût de la pension et d’accueillir aussi bien les nouvelles recrues que les vacataires en mission d’enseignement. Il était également prévu d’utiliser la maison à des fins pédagogiques pour les étudiants de tourisme dont le département devait en assurer la gestion. Il ne s’agissait aucunement de louer deux maisons aussi éloignées de l’UASZ, à un coût exorbitant, avec beaucoup d’insuffisances dans la gestion, en plus d’un personnel pléthorique et inefficace pour n’accueillir, au maximum, que huit (8) vacataires. Le changement d’orientation n’est intervenu qu’avec l’arrivée de l’actuel Recteur. Au lieu de trouver les mécanismes de financement de la construction de cette maison de l’université, il s’est entêté à choisir de manière unilatérale, contre l’avis de tous, la location.

Le choix du site de la maison

La maison de l’université est à Goumel, un quartier excentré et enclavé, situé à la périphérie Nord-Est de la ville de Ziguinchor, à 7,102 kilomètres de l’université. Bâti sur une ancienne zone marécageuse mal aménagée, ce quartier est caractérisé par la récurrence des phénomènes d’inondation, surtout en période d’hivernage. L’accessibilité du site et la mobilité à Goumel sont ainsi réduites pendant une bonne partie de l’année. C’est d’ailleurs à cause du mauvais aménagement que ce site n’a jamais été complètement occupé, malgré son lotissement qui date de 1987. Une bonne partie de ses habitants a déménagé vers d’autres quartiers de la ville, en raison des eaux stagnantes, de la prolifération des moustiques et des phénomènes de corrosion des bâtiments. L’occupation partielle du quartier explique l’absence de beaucoup de commodités nécessaires et indispensables à l’accueil des vacataires : boutiques, marché, restaurants, blanchisseries, moyens de transport, etc. C’est dans un tel environnement que le Recteur a choisi de louer à 931 500 F CFA, par mois, deux maisons jumelées de quatre (4) chambres chacune, c’est-à-dire d’une capacité d’accueil de huit (8) personnes. Le paradoxe est que dans ce même quartier le prix standard de location d’une maison de trois chambres plus salon, de même catégorie, est de 100 000 F CFA. Le surprenant coût du loyer de cette maison de l’université ne se justifie ni par son emplacement, ni par sa catégorie, encore moins par sa capacité d’accueil. A titre comparatif, une maison de même standing, de 12 chambres, située à Castor, un quartier bien aménagé et bien desservi, très proche de l’UASZ, se loue à 400 000 F CFA.

Fonctionnement de la maison de l’université

Pour pallier les contrecoups de l’enclavement de Ziguinchor tout en attirant certains profils rares, l’UASZ a toujours choisi de loger les vacataires dans les hôtels, à défaut de prendre en charge leurs frais de séjour. La maison de l’université devait être sans doute une réponse à la prise en charge onéreuse de ces dépenses tout en préservant la qualité. Cependant le choix de l’actuel Recteur pour une prétendue rationalisation du budget s’est avéré inefficace car il n’a permis ni d’économiser, ni de répondre aux exigences de qualité et de confort d’une maison d’hôtes. Le taux d’occupation de la maison de l’université en 2014 est en moyenne de 42 %. Autrement dit, la maison de l’université n’est en moyenne occupée que 5 mois sur 12, alors que l’UASZ supporte à longueur d’année sa charge locative et de fonctionnement. En dépit du faible taux d’occupation de la maison de l’université, l’UASZ continue à loger ses vacataires à l’hôtel. En effet, du fait de la faible capacité d’accueil de la résidence, il suffit que chacun des seize (16) départements fasse venir un vacataire dans une même semaine, pour que l’UASZ soit dans l’obligation d’en loger une bonne partie à l’hôtel ou de leur payer des frais de séjour ; ce qui arrive fréquemment. Si à ce gâchis s’ajoutent un accueil des vacataires et une restauration qui laissent à désirer, nous sommes en droit de nous demander où va tout cet argent qu’on dit avoir mobilisé. Cette résidence suscite le dégoût de nos collègues qui y ont séjourné. Les Chefs de Départements ou les Coordonnateurs de Masters rechignent à y loger leurs intervenants. Les problèmes d’hygiène y sont fréquents, malgré le pactole dépensé par mois pour le nettoiement. Des collègues ont souvent trouvé leurs repas froids et parfois même déjà visités par les cafards. Au début quand nous avons signalé ces anomalies, l’Université a changé de traiteur. Mais à force d’endettement, le repreneur de la restauration a arrêté ses prestations. Aujourd’hui, ce service est assuré par un restaurateur des environs, sorti de nulle part et la qualité de l’alimentation est aussi lamentable puisque les vacataires continuent à se plaindre. Le transport des vacataires de la Maison de l’université à l’UASZ est mal organisé et souffre de nombreux impairs qui retardent les enseignements et les font annuler quelquefois.

Le suprême scandale 

Les frais de nettoiement déclarés de la maison de l’université sont de 12 801 205 F CFA par an, soit 1 066 767 F CFA par mois. De ce montant, le rectorat mentionne, dans le document N° 02/UASZ du 03 février 2015, fourni par la Direction des Affaires financières, que les 11 981 150 F CFA sont des dépenses de personnel constitué de quatre (4) techniciennes de surface. Ce qui suppose que ces quatre (4) personnes chargées de nettoyer les 8 chambres de la maison perçoivent chacune un salaire mensuel de 249 607 F CFA. Pendant ce temps, les femmes de ménage qui s’occupent de l’entretien de toute l’université (bâtiments pédagogiques, bureaux du PER, du PATS, etc.) perçoivent 37 000 F CFA par mois. Qu’est ce qui peut justifier que ces techniciennes de surface de la maison de l’université soient payées sept (7) fois plus que leurs collègues de l’université qui ont une charge de travail de loin plus élevée ? Comment comprendre que les frais de nettoiement (1 066 767 F CFA par mois) soient supérieurs à la charge locative d’une maison de l’université, déjà gracieusement payée à 931 500 F CFA par mois ? Que dire alors de l’augmentation paradoxale des charges locatives, passées de 790 477 F CFA en 2014 à 931 500 F CFA en 2015, après que le Président de la République a décidé de faire baisser le coût du loyer sur tout le territoire national ?

La surfacturation est flagrante, l’exploitation honteuse !

Nous avons en vain déploré, à plusieurs reprises, la façon dont sont prises les décisions qui engagent toute la communauté et qui outrepassent les textes ou les prérogatives de l’Administration, l’utilisation des ressources sans véritable étude sur la rationalité des dépenses, le recrutement de certains personnels. Pendant que la gestion de la maison de Goumel souffre d’un manque total de transparence, et qu’elle n’a pas encore révélé tous ses secrets, le Recteur s’est empressé d’engager les fonds obtenus grâce à la mobilisation du SAES et destinés à la construction d’une cité des enseignants pour bâtir une nouvelle maison de l’université. Ce détournement d’objectifs s’est fait sans l’aval des enseignants qui avaient besoin de leur cité car depuis l’ouverture de l’université ils sont sans logement de fonction. Comme si cette usurpation d’un acquis de haute lutte ne suffisait pas, il bloque le projet de construction d’un complexe multiservice (Restaurant, boutique, hôtel, salle de réunion, salle de sport, médiathèque) du SAES en refusant de valider la proposition de la commission d’aménagement qui a déjà attribué le terrain. Ce manque de volonté sur ce dossier est à l’image d’un Recteur qui a montré ses limites, son manque de vision et qui brille par sa perception de l’usage des deniers publics.

Fait à Ziguinchor, le 25 février 2016

Syndicat Autonome de l’Enseignement Supérieur

La Coordination de l’Université Assane Seck

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