Sénégal : Haïdar el Ali, le vert combattant est devenu ministre de l’écologie

(Paris) – « Haïdar ! Haïdar ! ». Bien souvent, dans les mangroves de Casamance ou du Siné Saloum, au cours des quatre campagnes de reboisement (2006, 2007, 2008 et 2010) qui ont permis de planter pas moins de 100 millions de propagules de palétuviers, ce prénom a retenti, scandé par les populations joyeuses de participer à la renaissance de leur environnement.
Aujourd’hui, le vert combattant est devenu ministre de l’écologie et de la protection de la nature, lors de la nomination du nouveau gouvernement le 4 avril, suite à la victoire de Macky Sall à la présidence sénégalaise.

vuvox.com/collage/detail
Haïdar el Ali guidant le Mektoub dans les bolons (bras de mer) de la mangrove de Casamance… Portant un sac de semences… Contrôlant la croissance de jeunes palétuviers… Plantant… En audience chez Sebilou M’Baye, roi d’Oussouille (Casamance)… En palabre à la Pointe Saint-Georges avec les villageois… En compagnie des mamans gardiennes du bois sacré à Bignona… Avec les habitants de l’île de Caravela (Archipel des Bijagos)… Dans un village de Casamance projetant un film afin de sensibiliser les populations à la protection de l’environnement… En plongée pour enlever les filets abandonnés… A la barre du Mektoub après la tempête… En recueillement dans la savane…

« Nous devons montrer qu’un autre Sénégal est possible »

Comment s’est déroulée votre nomination ?
J’ai été proposé par la coalition Bennoo ak Tanor (L’unité avec Tanor). Il n’y a pas eu de négociations autres que techniques. Lors de la campagne du président Macky Sall, il a toujours souligné son souhait de voir l’environnement pris en compte.
C’est la première fois dans l’histoire du pays et de la communauté sénégalo-libanaise qu’un de ses membres est nommé à de telles fonctions. J’ai toujours dit que les Sénégalais d’origine libanaise appartiennent à une ethnie comme tant d’autres dans le pays et cette nomination a été grandement saluée. Elle démontre notamment une réelle ouverture d’esprit de la nouvelle équipe gouvernementale.
Les Sénégalais ont toujours mesuré à sa juste valeur le combat que j’ai mené depuis des années en alertant sur le fait que les ressources ne sont pas inépuisables. Lors du dernier grand Magal de Touba, par exemple, qui déplace jusqu’à deux millions de personnes, on a apporté des camions d’arbres en disant aux fidèles : « Parce que nous avons besoin de bélier pour fêter la Tabaski, l’islam interdit de tuer une brebis porteuse. Alors si nous voulons que la forêt perdure, si nous voulons que la mer reste poissonneuse, si nous voulons que la terre demeure fertile, il nous faut gérer les ressources. »

Quels ont été les arbitrages budgétaires, concernant notamment votre ministère ?
L’arbitrage n’a pas été compliqué du tout : zéro est un chiffre très facile à partager… Nous avons trouvé les caisses de l’Etat complètement vides, pillées systématiquement. Alors, bien sûr, aujourd’hui, il s’agit d’assurer les salaires des fonctionnaires, les bourses des étudiants, les dépenses de santé… Tout cela constitue la priorité.

Justement, quelles sont vos priorités ?

Les feux de brousse constituent la grande urgence. Nous sommes dans une période sèche et malheureusement de nombreux feux sont déclenchés en ce moment. Par exemple, lorsque les collecteurs de miel aperçoivent une ruche, ils vont abattre l’arbre et allumer un feu pour chasser les abeilles qui ne sera pas éteint après la récolte du miel. Les chasseurs vont aussi mettre le feu pour désherber et repérer le gibier… Ainsi, près d’un millier de feux sont déclenchés tous les ans. En ce moment, malgré le peu de moyens, nous avons deux unités de veille installées dans la région de Tambacounda et de Kolda en train d’éteindre des feux de brousse.
Puis ce sera le reboisement qui démarrera à la période pluviale, en mai. Nous allons travailler avec les populations, les écoles, de manière participative, afin d’établir des programmes de reboisement. Nous avons ce savoir-faire. Nous l’avons prouvé avec les campagnes de reboisement des mangroves comme en 2010, où 428 villages ont été impliqués en plantant 62 millions de propagules de palétuviers, en Casamance et dans le delta du Siné Saloum.
Nous allons également préparé le grand rendez-vous de Rio+20, pour tirer la sonnette d’alarme et dire aux partenaires qu’il faut urgemment aider le Sénégal à redresser la barre au sujet de l’environnement. Notre économie est intimement liée à l’environnement. Nous avons toute une population qui vit des ressources de la mer et de la terre : pêcheurs, agriculteurs, éleveurs, exploitants forestiers…

Que pensez-vous de la situation environnementale laissée par l’équipe précédente ?
Un seul exemple : le gouvernement précédent a vendu des accords de pêche à une quarantaine de navires. Ces bâtiments déclaraient avoir acheté la tonne de poissons à 100 dollars. Les autorités de l’époque précisaient avoir vendu la tonne à 35 dollars… pour un total de 300 000 tonnes. Vous pouvez faire le calcul…
On a assisté à un pillage systématique de nos ressources. Remettre de l’ordre dans les affaires du pays, c’est aussi cela le combat du gouvernement du président Macky Sall. Le Sénégal a été pillé par une famille qui a voulu avoir la main mise sur le pays, qu’elle considérait comme une entreprise lucrative à son unique profit. Il revient maintenant de montrer, pour le président Macky Sall et le gouvernement, qu’un autre Sénégal est possible.

Source:http://africamix.blog.lemonde.fr/2012/04/20/senegal-haidar-el-ali-le-vert-combattant-est-devenu-ministre-de-lecologie/

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