Sénégal – Enseignement Supérieur: lettre ouverte du SAES-Ziguinchor au Président de la République

Macky,Dépôt de bilan

Monsieur le Président de la République,

L’Université est comme une entreprise dont le rayonnement et le développement dépendent foncièrement du dynamisme du chef d’entreprise, de sa créativité, bref, de ses compétences. Le 31 janvier 2013, vous avez nommé Monsieur Courfia Kéba Diawara, Recteur de l’Université Assane Seck de Ziguinchor (UASZ), sans tenir compte de son expérience en matière de gestion ou d’administration. Vous avez préféré royalement ignorer toute la tradition universitaire qui aura voulu qu’il soit au moins une fois dans sa carrière élu chef de département, à défaut d’avoir été Directeur d’UFR. Vous n’avez pas cherché à savoir s’il était capable de diriger un établissement aussi lourd qu’une université. Dans le cas d’espèce, force est de reconnaître que « le parti est bien passé avant la patrie ».

Aujourd’hui, les conséquences de cette nomination hasardeuse sont dramatiquement vécues au jour le jour par tous les travailleurs de l’UASZ. Nous nous contenterons, Monsieur le Président de la République, dans les observations qui suivent, de vous rappeler seulement quelques éléments qui, nous l’espérons bien,  vous amèneront à reconsidérer votre choix pour enfin libérer les talents, les créativités, les énergies et les ambitions qui hibernent depuis trois ans dans ce temple du savoir.

La gestion financière 

Il est attendu d’un Recteur qu’il se batte avec abnégation et conviction à coté de ses pairs au sein de la conférence des Recteurs, et s’appuyant sur ses partenaires et collaborateurs, pour que son budget soit constamment réévalué concomitamment à l’augmentation des charges, dans le cadre d’une montée en puissance de l’institution aux destinées de laquelle il préside, suivant un plan stratégique cohérent et ambitieux, reflet d’une vision claire et pertinente.

Le budget de l’UASZ n’a subi aucune augmentation conséquente depuis trois ans, au moment où les effectifs du PER, du PATS et des étudiants n’ont cessé de croître avec les charges  induites. Pendant que les Recteurs des autres universités par leur tact, leur habileté et leur perspicacité dans le plaidoyer parviennent au moins à se faire entendre, notre Recteur adopte  profil bas.

Pis encore, le budget de l’UASZ est géré de façon inique par l’ordonnateur principal qui se taille toujours la part du lion avec près de 94% des ressources allouées au rectorat.  Les UFR, les Départements et les services non rattachés au rectorat doivent fonctionner avec 6 % du budget.

De ce budget insuffisant, une bonne part est utilisée par l’administration rectorale pour récompenser un clan d’amis à travers la création de directions illégales et le paiement de primes tout aussi illégales.

Le comble est que de ce même budget insuffisant, une bonne partie est consacrée aux charges de transports du Recteur qui brille par ses voyages fréquents et improductifs.

Comme si le fourvoiement n’avait pas de limite, de ce même budget insuffisant, une bonne partie est destinée à l’entretien de l’hôtel du Recteur, aux charges locatives de maisons de fonction et d’une maison de l’Université devenue un gouffre à millions pour caser des militants, sans compter les prétendus frais d’entretien de bâtiments et de mobiliers invisibles.

La liste est loin d’être exhaustive !

La conséquence de cette mauvaise gestion est que l’UASZ est en banqueroute :

  • le cumul de dettes envers les structures hospitalières a fait que les personnels de l’UASZ sont systématiquement renvoyés des hôpitaux ;
  • la dette contractée auprès de la SENELEC a atteint 132 000 000 F CFA, sans que l’origine de cette dette soit connue ;
  • l’UASZ doit également éponger auprès de la SONATEL une dette de 100 000 000 F CFA dont l’origine est inconnue ;
  • certains fournisseurs peinent à rentrer dans leurs fonds après leurs prestations de service pouvant se chiffrer à 100 000 000 F CFA ;
  • l’Université a accumulé une dette estimée à plus de 400 millions F CFA, correspondant aux heures supplémentaires du PER du premier et du second semestre 2014-2015, aux émoluments des vacataires du second semestre 2015, y compris les sommes dues au PATS ;
  • les frais de mission du personnel PER et PATS s’empilent à l’ACP, depuis des mois à cause d’un manque de ressources financières pour les payer.

Le cumul des dettes de l’UASZ s’élève déjà à 900 000 000 F CFA, sans compter les cotisations sociales non reversées.

Le projet de budget  2015-2016 couvre à peine les dépenses de fonctionnement sur 12 mois et ne prévoit pas de ressources pour éponger cette lourde dette.  Sans l’octroi de fonds supplémentaires, il est illusoire de combler un tel gouffre financier qui représente 31% de la dotation pour l’exercice 2015-2016, malgré les élucubrations du Recteur.

Monsieur le Président de la République, vous comprendrez aisément que la question que nous sommes tout naturellement en droit de nous poser est la suivante : comment alors en est-on arrivé là ?

En tout état de cause, cette situation dramatique risque d’installer une crise financière structurelle dans l’institution, au moment où le gouvernement cherche à consolider les budgets des universités, en demandant aux Recteurs de dresser leur projet de budget sur 12 mois. Une fois les budgets consolidés, les hypothétiques rallonges ou autres perfusions budgétaires vont disparaître. Face à de tels enjeux, nous avons l’intime conviction que le Recteur cherche à cacher la désastreuse conjoncture financière de l’UASZ et ne mesure point la gravité de la précarité qui va finir par donner le coup de grâce à notre chère UASZ.

Face à cette irresponsabilité manifeste, le SAES-UASZ a déjà pris les devants en adressant au Ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche un courrier. Ce dernier, déclinant dans les détails la réelle situation financière de l’UASZ, attire l’attention sur les conséquences graves qui découleront d’une reconduction mécanique du budget 2014-2015, pour l’exercice 2015-2016.

 

La gestion administrative

La gestion administrative pendant ces trois dernières années a été marquée par l’incompétence, le tâtonnement érigés en règle et un centralisme administratif qui, à défaut de bloquer le fonctionnement normal de l’institution, ralentit fortement la diligence des dossiers. L’absence de délégation de signature aux vice-recteurs, signe d’un manque de confiance en ses proches collaborateurs, fait que ces derniers ne peuvent rien faire en l’absence du Grand manitou qui n’est jamais là.

Par ailleurs, cette gestion administrative se singularise par la création de directions illégales et budgétivores accompagnée par  l’octroi de primes et indemnités à une catégorie du personnel pendant que d’autres travailleurs sont privés de plusieurs mois de salaires. Ce comportement est caractéristique d’une administration rectorale égoïste, cynique, championne dans l’improvisation, ne respectant aucun consensus ni compromis. Le népotisme dans les recrutements se manifeste par la prolifération de nominations clientélistes, au moment où des contrats à durée déterminée sont reconduits illégalement et abusivement pour certains travailleurs.

Le SAES déplore la communication désastreuse de l’UASZ que nous voyons nous reprocher partout, alors que « l’Université a du talent » dans ce domaine.

Des fautes de langue élémentaires inadmissibles sont fréquemment notées dans les correspondances émanant  de l’administration rectorale. La diligence dans la transmission du courrier à l’interne laisse à désirer. Les courriers peuvent mettre plus d’une semaine entre le rectorat et les UFR, obligeant les destinataires à faire très souvent la navette entre les bureaux pour en prendre possession. Les candidats au CAMES qui vivent au quotidien le stress d’un courrier bloqué quelque part dans le circuit administratif interne peuvent en témoigner.

À l’UASZ, les fautes administratives ne sont jamais sanctionnées. Comble de l’ironie, leurs auteurs sont promus. Des commissions sont créées à tout vent pour valider des décisions iniques  prises par des personnes incompétentes avec une légèreté manifeste qui nous ont fait perdre beaucoup de temps, d’argent et d’énergie.

 

La gestion des affaires pédagogiques 

L’UASZ a connu deux sessions uniques consécutives pendant le magistère de l’actuel Recteur. Cette situation regrettable est en partie imputable à l’administration privilégiant la confrontation et la stratégie de pourrissement à la place du dialogue dans la gestion des crises estudiantines mais aussi dans celle des revendications syndicales.

Certains responsables, avides de pouvoir ou méconnaissant totalement les limites de leurs compétences, nous imposent des décisions en dehors du champ de leurs prérogatives. Ils n’hésitent pas à se défausser sur leurs collaborateurs quand ils sont interpellés sur des questions relevant de leurs responsabilités administratives. L’essentiel pour eux est de dérouler les enseignements et d’économiser sur les frais de déplacement des vacataires, sans se préoccuper du  rythme et des conditions dans lesquelles ces enseignements se déroulent.

Comment peut-on dès lors, Monsieur le Président de la République, imaginer le regroupement d’étudiants de différents niveaux dans une même salle dans le but de suivre un même cours ?

Comment comprendre la programmation de TP d’informatique dans des salles sans électricité ?

L’année 2015-2016 a débuté avec un désordre chaotique dans l’élaboration des emplois du temps et du calendrier académique. Un décalage de trois semaines est noté entre le démarrage officiel de l’année et la mise à disposition des emplois du temps, sans qu’aucun réaménagement ne soit proposé pour rattraper ce retard.

Une administration qui se respecte conçoit ses emplois du temps, définit le calendrier académique et prépare les salles de cours, de TD et de TP avant le démarrage de l’année.

Pendant que le PER déplore le manque criard de salles de cours, de mauvaises décisions prises dans le sens de l’aménagement de certaines salles ont conduit à la baisse des capacités d’accueil. Ces mêmes aménagements parfois inutiles et insensés (portes coulissantes fixes en aluminium) posent de sérieux problèmes de sécurité, car ne garantissant plus une bonne évacuation des salles en cas d’incidents.

Dans le même ordre d’idées, nous sommes au regret de noter qu’au moment où des collègues enseignants-chercheurs sont sans bureaux, l’administration rectorale a trouvé la fabuleuse idée d’en octroyer deux à une catégorie pour des raisons injustes, injustifiées et injustifiables.

Le téléphone qui était un acquis syndical pour les enseignants-chercheurs est enlevé depuis que le Recteur est arrivé. Le crédit téléphonique  de 30 000 F CFA octroyé par son prédécesseur aux chefs de département est réduit à 10 000 F CFA. Les chefs de département sont dorénavant obligés de supporter une partie du coût du téléphone pour accomplir correctement leur travail administratif.

La diversification des destinations des voyages d’étude et l’absence de plafonnement dans les frais de billets sont constamment remises en cause depuis l’arrivée du Recteur, appuyé par des collaborateurs rivalisant de zèle et faisant étalage de leur ignorance des dossiers qui leur sont confiés. Certains de ces collaborateurs ont choisi la facilité en déléguant de leurs prérogatives à des subalternes assoiffés de pouvoir et se plaisant apparemment bien dans leur nouveau rôle.

Depuis l’arrivée de l’actuel Recteur, on assiste avec désolation et regret à la suppression de tout ce qui pouvait être source de motivation pour attirer et retenir des compétences à l’UASZ, naturellement handicapée, par son enclavement. En conséquence, des collègues nouvellement recrutés sont déjà candidats au départ s’ils ne sont déjà partis.

Enfin, pour cacher les conditions de travail pénibles des PER, PATS et étudiants, la nouvelle trouvaille de l’administration rectorale est la prolifération de fêtes inutiles et budgétivores, à savoir la « fête de l’excellence », la « fête du mérite », la « prime du meilleur enseignant-chercheur », la « prime du nouveau Maître de Conférences », etc. Et pourquoi pas la « prime du meilleur PATS » ou encore la « prime du plus fidèle serviteur du Recteur », etc. ?

Monsieur le Président de la République, cette lettre ouverte est la énième d’une série de déclarations régulières et à chaque fois plus amères, pour exprimer la déception d’un corps enseignant ambitieux, mais malheureusement freiné dans son élan de faire de l’UASZ une université de référence.

Espérant que notre cri de cœur sera entendu, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République,  l’expression de notre profond respect.

 

VIVE LE SAES-UASZ !

Lien Pdf:Lettre ouverte à Monsieur le Président de la république 12_02_2

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