SALON DU LIVRE DE PARIS : Des livres et auteurs du Bassin du Congo

Bassin du CongoDu 22 au 25 mars 2013 les livres et les auteurs du Basin du Congo ont été, pour la quatrième fois, à l’honneur au salon du livre de Paris : exposition des livres (roman, essai, poésie, critique, théâtre) et conférences animées par les écrivains et hommes de culture pendant quatre jours.

La littérature au fil des décennies

Plus d’un millier d’ouvrages publiés par les auteurs du continent, en particulier ceux de l’Afrique centrale, ont été exposés au stand du Bassin du Congo. Des classiques tels Mongo Béti, Ferdinand Oyono, Tchicaya U Tam’Si, Jean Baptiste Tati Loutard, Sylvain Bemba… ont eu leur place aux côtés des grands noms de la Négritude comme Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. A cela, il faut ajouter les nombreux travaux critiques et universitaires consécutifs à l’étude de ces oeuvres. Comme on a pu le constater, le Congo et le Cameroun se sont distingués par la fécondité de leur littérature. Beaucoup de nouvelles publications, surtout au sein de la nouvelle génération. “Eclats de vers de voix de rires” de Jeanne Louise-Djanga et “Les paradis fragiles” de Huppert Malanda peuvent être cités parmi les nouvelles approches de la poésie en Afrique centrale, une poésie qui fait éclater la lumière des mots et maux de l’homme africain. Comme d’habitude, c’est la création romanesque qui a pris le dessus sur les autres genres. De l’essai, on peut citer l’ouvrage intéressant d’Eric Joël Bakalé “50 figures de la littérature gabonaise : 1960-2010”.  Quant au récit narratif, les auteurs du Bassin du Congo continuent, en majorité, à construire leurs textes avec le schéma classique du récit traditionnel fondé sur le linéaire dans le référentiel du coulé narratif. Parmi les jeunes prosateurs, il y a eu l’ouvrage “Histoire de chez nous” d’un certain Alexis Bongo qui bouscule le récit traditionnel et qui vient de s’ajouter sur la liste, combien modeste, des écrivains “rénovateurs” du Congo tels Joao Campès avec “Le Dernier crépuscule” et Philippe Makita avec “Le Pacte des contes”. Avec ces écrivains, les récits fonctionnent avec l’émergence du littéral, à l’instar des Nouveaux romanciers français du siècle dernier. L’ouvrage d’Alexis Bongo sort des sentiers battus dans lesquels nous entraîne souvent la majorité de nos auteurs embrigadés dans le réalisme critique. Aussi, son écriture se moque-t-elle du récit traditionnel, comme l’avaient fait les romans du phénoménal Sony Labou Tansi.

Des tables rondes au service de la culture

Des débats mettant en scène des écrivains, critiques, journalistes et hommes de culture ont émerveillé le public pendant les quatre jours qu’a duré l’événement. Tout a commencé avec la table ronde ”Femmes et engagement” qui a mis en exergue les causes et les controverses de la littérature engagée. Avec des figures comme Catherine Zoungnana, Asma Guénifi, Ken Bugui, Norma Marcos, le public s’est demandé si, à un certain moment, la littérature dite engagée ne devrait-elle pas se transformer en littérature engageante?

Du côté des hommes, Emmanuel Dongala, dans un entretien avec le professeur Jacques Chevrier, a essayé de décliner son parcours littéraire : Dongala, un homme qui écrit peu, mais très bien. En trente ans de création littéraire, il a produit un recueil de nouvelles et cinq remarquables romans qui ont été tous primés au niveau international. Aussi, ce n’est pas par hasard, a-t-iI été finaliste avec Aminata Sow et Bessora pour le prix Mokanda qu’il a remporté, un prix qui récompense l’ensemble d’une oeuvre francophone dont la thématique tourne autour de l’Afrique. De son côté, Alain Mabankou a épilogué sur ses “Lumières de Pointe-Noire”. De la nouvelle génération des écrivains, on a noté la présence de quelques figures tels Raymond Loko, Hubert Gadoua, Aimé Bedel Eyengué et Ralphanie Mwana Kongo dont les ouvrages ont été présents à l’exposition. A noter qu’au cours de ces entretiens entre public et auteurs, se sont fait remarquer des écrivains comme Tchichellé Tchivéla, Dominique Mfouilou et Dibakana Mankessi sur la conception de la création littéraire au Congo dont le réalisme critique semble être le leitmotiv de la majorité des auteurs.

En dehors du livre, d’autres centres d’intérêt culturels ont été mis en exergue comme la musique (avec la présence de l’auteur-chroniqueur Clément Ossinondé et des musiciens de renom comme  Adampot, Théo Blaise Kounkou et Loko Massengo), l’édition littéraire, la place de la presse dans la société et la géopolitique africaine.

Le salon du livre de Paris 2013 a vécu. Aussi, rendez-vous a été pris pour la prochaine édition qui, nous espérons, sera de nouveau honorée par la participation des auteurs et hommes de culture du Bassin du Congo. Pas toujours les mêmes. D’autres figures qui ont marqué l’histoire et la culture au niveau international et sous-régional (dont nous ne pouvons citer les noms par modestie) devraient être invités dans ce genre de forum pour profiter de leur expérience.

Noël KODIA

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