Robert Bourgi pour la galerie et pour notre galère

Professeur Roger GBEGNONVI

Professeur Roger GBEGNONVI

Il y a peu, le Landerneau françafricain a été réveillé et secoué par l’avocat Robert Bourgi parlant très officiellement de choses dont les initiés ne parlaient que très officieusement en termes de valises et de djembés bourrés d’argent africain et transportés par des gens du genre Robert Bourgi en direction de l’Elysée, de Matignon, et de tout siège de parti politique important dans l’Hexagone, de la droite à la gauche, et y compris l’extrême-droite, vu que l’argent n’a pas d’odeur. Après l’effarement premier, les grands esprits de la mare françafricaine avaient diagnostiqué que l’avocat bavard venait sans doute d’allumer un contre-feu pour protéger son Grand-Employeur d’éventuels éclats d’un ouvrage à paraître de Pierre Péan, journaliste d’investigation. Que l’on tienne ce diagnostic pour vrai ou faux, le Parquet de Paris, pour toutes sortes de raisons, vient de conclure : contre l’ancien employé de Jacques Foccart, il n’y aura même pas un début de procès pour corruption ni pour tentative de corruption. Prescription. Rien à signaler. Circulez. Conclusion normale à plus d’un titre.

Conclusion normale parce que l’arrimage abscons du franc CFA à l’euro ne sert qu’à ‘‘ça’’, à la convertibilité automatique du franc CFA pour son transport vers l’Hexagone à dos d’homme. Sans cette convertibilité automatique, que ne justifie pas l’état réel des économies africaines, la France au sein de la zone euro serait économiquement une lilliputienne vite écrasée par le géant allemand. C’est donc pour une France économiquement debout au sein de la zone euro que les autres pays de l’Union Européenne ont cautionné l’Européen Giscard d’Estaing discourant le 27 janvier 1981 : ‘‘Je m’occupe de politique africaine, c’est-à-dire des intérêts de la France en Afrique’’. L’Union laisse donc jouer l’étonnante convertibilité rien qu’au sein de la Françafrique, pour doper le maillon faible du couple franco-allemand. L’on ne pouvait donc poursuivre Robert Bourgi pour avoir fait son devoir, comme Bob Denard, autoproclamé ‘‘corsaire de la République’’, fit le sien jusqu’à mourir dans son lit après un ou deux procès pour la galerie, et pour clore un long mercenariat couvert de sang et de cadavres.

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Mais foin des veuves et des orphelins, et que l’on comprenne bien que rien ne pouvait arriver à l’avocat, ancien bras droit de Jacques Foccart, suite à ses déclarations, qui ne furent d’ailleurs pas des révélations en tant que telles puisque, passant la Françafrique au peigne fin, François-Xavier Verschave avait démontré que la fameuse Aide Publique au Développement (APD) ne sert qu’à ‘‘ça’’, et il avait poursuivi l’étude du ‘‘plus long scandale de la République’’ en rappelant que, ‘‘avec l’argent de l’APD on offre un Mystère 20 au richissime Bongo, puis que l’on rénove luxueusement son DC 8 personnel, qu’on achète un autre Mystère 20 au président centrafricain Kolingba ou, pour quelque 100 millions de francs, un Falcon 50 au général Habyarimana – l’équivalent du budget annuel de la coopération civile franco-rwandaise (avant 1994)’’, etc. (pp. 67-68). Grâce à l’APD, les entreprises françaises ne chôment pas, et les ouvriers français ont du boulot et un salaire pour nourrir leurs familles. Où est le mal ? Si François-Xavier Verschave a parlé de ‘‘scandale’’ dans le sous-titre de son ouvrage, ‘‘La Françafrique’’ (1998), c’est pour s’être mis du côté des petits et des humbles, des exploités et des spoliés, catégories que ne connaît pas l’Aide Publique au Développement.
Et c’est pourquoi Robert Bourgi, en langage jeune, est ‘‘peinard’’ en compagnie des happy-few noirs et blancs qui se la coulent douce grâce à la manne de l’APD. On a parlé des ouvriers français, mais il faut nuancer et préciser que ceux de chez Renauld et Peugeot, par exemple, n’ont jamais que la portion congrue de l’APD. Quant à la multitude nègre, elle est bien obligée, à cause de l’APD, de cultiver son manioc avec la houe de Mathusalem et de donner la chasse au rat des champs pour survivre. L’Aide Publique au Développement l’y contraint sans ménagement, et la Françafrique l’y astreint rageusement à l’heure de l’invasion des médias par l’avocat Robert Bourgi pour la galerie et pour notre galère. Et ces choses doivent s’entendre sans colère car, il y a partout le tout-profit personnel où s’engouffrent tous les corsaires. Et l’on voit bien vers quelle galère il nous conduit, avec ou sans Robert Bourgi.

Roger Gbégnonvi

Source:http://chronique.blesshnet.com/index.php?blog=10&title=robert_bourgi_pour_la_galerie_et_pour_no&more=1&c=1&tb=1&pb=1

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