RDC: Le cardinal Monsengwo demande à Kabila de négocier ou de dégager pendant qu’il est temps

La donne a fondamentalement changé depuis septante-deux heures. Avec la dernière prise de position de l’Église catholique rendue publique, lors d’une messe d’action de grâce, à la paroisse Saint Joseph de Matonge, le 7 janvier, Joseph Kabila n’aura plus désormais à faire à Etienne Tshisekedi wa Mulumba seul et ses hordes des combattants de l’UDPS mais aussi et surtout avec le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya à la tête de la terrifiante déferlante des fidèles catholiques. Cette dernière entrée en scène apporte à la revendication politique tshisekediste la caution de la société civile pour faire «mouvement social» de l’ensemble du peuple comme en Tunisie ou encore en Égypte.

La contestation prend donc une nouvelle tournure à même d’amener les décideurs du monde d’agir autrement que prévu, surtout si la situation dégénère. Entre Tshisekedi et Monsengwo, la communauté de vues éclate au grand jour quant au sort de Kabila. L’un et l’autre demandent carrément son départ pour ne pas dire que l’archevêque de Kinshasa a rallié la rue Pétunias lorsqu’il place, sous la signature de l’abbé Pierre Bosangia, les actions à entreprendre par les chrétiens dans la perspective «du rétablissement de la légitimité et de la légalité en RD-Congo». Pour la mise en œuvre de cet objectif, l’archidiocèse de Kinshasa commence par une sensibilisation qui prévoit le 11 janvier une concertation, à Saint Joseph, de tous les agents pastoraux pour «approfondir les actions à mener». Le programme se poursuivra le week-end à venir avec une prière d’Angelus dans toutes les paroisses de Kinshasa.
Qui connaît les pratiques de l’Église romaine sait qu’Angelus est une prière spéciale faite en situation de détresse. Il est accompagné du retentissement de la cloche au même moment dans toutes les paroisses.

Le 18 janvier connaîtra la formation des animateurs chargés à leur tour de procéder, le 21 janvier, à une formation de tous les chrétiens sur «la spiritualité de l’action non-violente dans toutes les paroisses». Nouvel Angelus le même jour à 12 heures, un Angelus qui donnera le départ. Sur ce départ, le départ des actions, l’Église reste muette. Elle ne donne ni la date ni la nature de ce à quoi elle appellera les «chrétiens».

L’horizon proche de la commémoration de la marche des chrétiens -dans les trois semaines à dater du 21 janvier prochain- donne à penser que le tout sera articulé autour de la date historique du 16 février prochain. D’abord pour des raisons psychologiques. Le 16 février comporte assez de charge émotive partagée dans l’imaginaire collectif pour constituer un moment de cristallisation susceptible de faire éclater dans la population l’onde de choc recherché. Ensuite, il y a le lien historique de ce moment célébré chaque année qui trouve l’occasion de se revêtir d’un certain faste pour ses vingt ans. En fait, cela fait vingt ans -de 1992 à 2012- que les «chrétiens» ont fait vaciller le régime du Maréchal Mobutu au point que celui-ci s’empressa vite d’ordonner à son Premier ministre Jean de Dieu Nguz Karl-i Bond de rouvrir la conférence nationale pro-démocratie.

Les artisans de ce 16 février sont encore en vie et actifs, comme l’abbé José Mpundu, curé de la chaude paroisse Saint Augustin ou encore l’abbé François Luyeye, aumônier général de l’archevêché de Kinshasa. Ils ont déjà pris le devant. Ce qui laisse croire qu’ils ne rateront pas l’occasion de donner un cachet particulier au prochain 16 février sous le signe de la restauration de «la légitimité et de la légalité». A la veille de l’office de Saint Joseph, Luyeye avait, d’ailleurs, déclaré que cela ne faisait que commencer. Deux hypothèses: ou l’Église ira avec des actions crescendo pour culminer le 16 février ou elle tentera simplement de rééditer le 16 février prochain ce qui s’est produit un jour de 1992. Ce fut un dimanche, un dimanche pas comme les autres. Ce dimanche là, il y a eu des sermons enflammés dans toutes les paroisses de Kinshasa pour réclamer la réouverture de la CNS. La messe terminée, des processions de fidèles sont parties de chaque paroisse avec des abbés à leurs têtes pour converger à Saint Joseph. Saint Joseph transformé  en lieu martyr où des dizaines de morts tombés sous les balles de la soldatesque de Mobutu furent entassés. Tout cela s’est produit un certain 16 février 1992. Aujourd’hui, tous les ingrédients sont réunis pour une parfaite, sinon une reproduction plus détonante dans le contexte du printemps arabe.

A commencer par le premier des ingrédients, le ciment d’une démarche qui met en jeu ce pourquoi l’homme est plus disposé à donner jusqu’à sa vie, la foi. La foi y est comme en 1992. Elle a été très apparente dans les yeux, par exemple, de cette septuagénaire, qui a affirmé, à la sortie de la messe de Saint Joseph, qu’elle n’attend que le mot d’ordre de l’Église pour aller chercher son vote volé. Autre ingrédient, ce ras-le- bol quasi général analogue à celui ambiant dans les années 90 face à un régime des plus compromis dans la prévarication. Encore un élément de comparaison, une même situation de détérioration sociale très avancée, plus encore aggravée aujourd’hui par une hausse vertigineuse des prix à la suite de la nouvelle imposition de la TVA, taxe sur la valeur ajoutée. En 1992, les gens étaient convaincus de s’être fait voler l’espoir d’une nouvelle vie avec la fermeture de la CNS. Cette fois-ci, ils avaient espéré utiliser leur vote pour changer les choses et Daniel Ngoy Mulunda Nyanga les en a empêchés.

A la clameur qui a répondu à l’homélie de l’abbé Bosangia, il y a de quoi craindre qu’ils déferlent dans la rue avec la même spontanéité si jamais… Un déferlement à envisager sous plusieurs scénarios. Le plus vraisemblable serait un remake de 1992, dans quel cas de figure la police risque d’être débordée si elle est amenée à contenir des manifestants à partir de chaque paroisse de la ville de Kinshasa. Plus difficile pour Charles Bisengimana de contenir la  déferlante si le mouvement arrive à toucher les provinces. Le pire, c’est si la police ouvre le feu. Pour un Joseph Kabila déjà privé de la reconnaissance internationale -aucune puissance occidentale ne l’a félicité après la prestation de serment- une telle éventualité risque de voir le régime se faire crier haro de la part d’une communauté internationale déjà excédée de la prédation dans les mines congolaises. Et si le sang versé radicalisait le mouvement comme en Syrie où les manifestants reviennent toujours dans la rue malgré la répression.

Laisser faire la foule comprend aussi des risques de déboucher sur une pérennisation du mouvement dans la rue avec la perspective qu’un mot d’ordre ne conduise à la tentative d’aller occuper, un jour, le Palais de la nation ou un autre symbole du pouvoir. C’est donc une quadrature du cercle pour Joseph Kabila. Pas vraiment tant que le président contesté dispose encore de l’initiative pour voir jusqu’où lâcher du lest et sauver son pouvoir. Demain, ça sera trop tard (Lire remake, à la page 3 et 4, sur une prospective publiée en février 2011 sur les relations à venir entre la hiérarchie de l’Église catholique et le régime Kabila).

Matthieu KEPA

Source: 7sur7.cd

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