RDC: faut-il remplacer la Monusco par une force internationale neutre ?

Le général Aronda Nyakairima, ministre ougandais de la Défense, a fait savoir à Kampala le 23 janvier 2011 que les ministres de la Défense des pays de l’Afrique australe et des Grands Lacs ont recommandé le remplacement de la Mission des Nations unies pour la stabilisation de la République Démocratique du Congo (Monusco) par une force africaine dans la région du Kivu. 

En effet, les ministres de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) ont avancé cette proposition à l’Union africaine (UA) à l’issue de la réunion qui s’est tenue le week-end dernier, en raison de l’échec de la Monusco dans ses efforts de protéger les Congolais. Ainsi le ministre ougandais de la Défense a-t-il déploré que certains membres des Nations unies se déclarent contre l’idée de déployer une force internationale neutre pour combattre les forces négatives dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo, tout en proposant que celle-ci soit intégrée dans l’effectif de la Monusco.

Comme par hasard…

Comme par hasard, la prise de position des ministres de la Défense des pays de l’Afrique australe et des Grands Lacs intervient après que le diplomate Hervé Ladsous, le chef des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, s’est prononcé le 8 janvier dernier, lors d’une séance du Conseil de sécurité, en faveur de l’utilisation des drones pour surveiller l’Est de la République Démocratique du Congo. Ces avions sans pilote permettraient de détecter tous les mouvements d’armes et de troupes. Ils surveilleront aussi la région du Kivu, en proie à une guerre orchestrée par les rebelles du M23 soutenus militairement et financièrement par Kigali.

« Il n’est pas avisé d’utiliser un équipement sur lequel nous n’avons pas suffisamment d’informations », a d’abord assuré, Olivier Nduhungirehe, le numéro deux de la délégation rwandaise aux Nations Unies. « L’Afrique ne deviendra pas un laboratoire de surveillance étranger », a-t-il conclu. D’aucuns n’ignorent que le président rwandais, Paul Kagamé, était hostile au déploiement de ces drones avant de changer d’avis le 22 janvier en déclarant, lors d’une conférence de presse, que l’utilisation de drones ne lui posait aucun problème, surtout si les Nations Unies pensaient que cela pourrait aider. « Je n’ai pas le pouvoir d’empêcher que cela soit fait », a reconnu le président rwandais, tout en demandant qu’on lui explique « comment ces drones [contribueraient] au maintien de la paix ».

Éviter une « zone franche » dans le Kivu

Quant au Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, il milite pour le renforcement de la Monusco. Cela gêne les pays qui déstabilisent la région du Kivu, par le M23 interposé, dans la mesure où la requalification de son mandat permettra à la mission onusienne de se transformer en force réelle d’imposition de la paix. Cela lui permettra donc de trouver une solution durable à la dramatique situation qui prévaut dans la partie orientale du pays. Ainsi redorera-t-elle le blason de la Communauté internationale en sécurisant enfin, aux côtés des Forces armées congolaises (FARDC), les populations civiles et en empêchant les incursions à partir des frontières rwandaise et ougandaise. La présence d’une force internationale neutre ne résoudra en rien les problèmes en cours dans la région du Kivu. Seule une force « d’assistance, et non d’interposition, permettra à la RD Congo, qui est un pays souverain, d’asseoir son autorité sur l’ensemble du territoire national.
Il ne faudra surtout pas tomber dans le piège qui consiste à installer, à travers cette force internationale neutre, une « zone franche », laquelle préfigurera à court terme la mise en place d’un futur État autonome. Ayons à l’esprit que le Rwanda et l’Ouganda veulent recourir à un autre processus, très subtil cette fois-ci, pour parvenir à la balkanisation de la République Démocratique du Congo.

Assistance aux FARDC

Les forces qui seront mandatées par la SADC et par l’Afrique centrale également, ne doivent pas du tout être neutres. Au contraire, la République Démocratique du Congo étant un État souverain, elles doivent intervenir militairement aux côtés de FARDC, sous la direction de la Monusco. Les forces onusiennes devront poursuivre leur rôle en constatant la cessation des activités du CNDP, du M23, des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et d’autres forces négatives instrumentalisées par les régimes de Kigali et de Kampala. Elles devront aussi permettre l’évacuation des éléments des FDLR soit vers le Rwanda en vue du dialogue inter-rwandais, soit vers d’autres pays non limitrophes du Rwanda et de la RD Congo.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

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