RD Congo: Dialogue politique ou chaos militaire? Par Jean-Marie Mandjeukou

KabilaFaut-il oui ou non participer au Dialogue politique annoncé par le chef de l’Etat Joseph Kabila Kabangué début novembre dernier, et confirmé le 27 novembre lors du journal télévisé de 20 heures de la RTNC à Kinshasa? « To or not to be », aurait écrit William Shakespeare, écrivain anglais ou britannique de renommée mondiale. La réponse est claire en sciences politiques : « la politique de la chaise vide ne paie point ». L’opposition radicale l’a appris à ses dépens à quatre reprises, notamment en 1988, 2003, 2006 et 2013. Décryptage.

Et déjà, la Dynamique de l’opposition parlementaire, qui comprend les trois principaux partis, entre autres : Mlc de Jean-Pierre Bemba, Unc de Vital Kamerhe et Ecidé de Martin Fayulu et alliés, a plutôt réclamé une tripartite MP-Opposition-Société civile pour baliser le chemin électoral : respect du calendrier, financement, sécurisation, enrôlement de nouveaux majeurs et révision du fichier électoral de la Ceni.

Alors que le Rais congolais a insisté sur le processus électoral, tel que proposé par la Cour constitutionnelle en septembre 2015. En d’autres termes, le report des élections pour des calendes grecques…ou congolaises !

Cependant, l’Udps est partie prenante dans la mesure où la communauté internationale se déciderait enfin de désigner un médiateur international sur les quatre proposés ( Koffi Anan, Said Djinnit, Moustafa Niasse et Edouardo Dos Santos) par le duo étonnant  Pprd-Udps avant la fin du mois de décembre courant.

Dépassé ce délai butoir, il demanderait au peuple congolais de prendre ses responsabilités comme jadis lors des années 1990 de la Conférence nationale souveraine. Autre temps, autres mœurs ? « Wait and see », disent les Anglophones. Qui vivra verra pour les Francophones !

Le niet historique de l’Udps

Il est à noter que l’Udps, parti-pôle de l’opposition mobutiste depuis 1982 puis kabiliste depuis 1997 avec la prise du pouvoir forcé par l’Afdl, a successivement refusé de faire partir de la mangeoire nationale à plusieurs reprises.

Citons notamment les accords de Gbadolite avec le Mpr (Nord –Ubangui) en 1988, le schéma polycratique 1+4 (président et 4 vice- présidents à après le Dialogue inter congolais (DIC) de Sun City (Rsa) en 2003 ,  la participation aux élections législatives et présidentielles de 2006 (avant d’accepter celles de 2011), les concertations nationales de septembre -octobre 2013 en vue de la formation d’un gouvernement d’union nationale dirigé depuis Monsieur Augustin Matata Ponyo avec les membres de l’opposition républicaine conduite par Léon Kengo wa Dongo (Ufc) ,président du Sénat .

Conséquence : les cadres de l’Udps brillent par leurs absences remarquables et remarquées  dans les institutions de la République, le portefeuille de l’Etat, la diplomatie et les services de sécurité (Fardc, Pnc, Demiap, Anr , Dgm…) depuis trois décennies (1988-2015). « Trop, c’est trop », dit-on. Maintenant, ça suffit !

Comme signalé plus haut, l’Udps est revenue, telle une fille prodigue à la maison, aux bons sentiments en 2011 pour compétir aux élections législatives et présidentielles. Echec et mat après publication des résultats douteux par la Ceni dirigée par le pasteur méthodiste Daniel Ngoy Mulunda , à ce jour voué aux gémonies par les opposants et les acteurs de la Société civile Motif : hold up électoral ! Depuis lors, c’est la crise de légitimité provoquée par l’Udps et ses affidés de l’opposition parlementaire (Atd, Cdr , Mlc, Unc, Ecidé , Mpcr, Fonus, Mlp, Puna …)  et extra – institutionnelle ( Uda, Ump, Rcdn..).

Accord ou désaccord ?

Bref, l’impasse politique ! Et pourtant, celle-ci est censée être résolue par un Dialogue politique à double niveau ; international avec l’Accord global et inclusif d’Addis Abeba (Ethiopie) de 2013 dans le cadre de la CIRGL sous l’égide de l’Onu, de l’Ua ,de l’Ue et des Usa, maitres du monde et, national avec un Dialogue sous médiation internationale que réclamait maintenant  Félix Tshisekedi, le fils de l’autre chargé des Relations extérieures de l’Udps en tournée occidentale (Canada, Ue, Usa…) durant l’automne .

Ce, par réminiscence des Accords de Lusaka (Zambie) en 1999, qui avaient préconisé le Dialogue inter congolais à Sun City (Rsa) en 2002 puis international à Dar es Salam (Tanzanie) en 2004 ensuite à Nairobi (Kenya) en 2006. Et la série continue… 2008, 2010, 2013 et 2015 à Muanda , ville côtière de la province du Kongo central ,ex-Bas Congo au sud- ouest de la RD Congo, un pays vaste mais divisé par la boulimie du pouvoir , autrement dite de la mangeoire nationale de sa nombreuse et turbulente classe politique ou politicienne .

Une tradition africaine et congolaise

Au regard de ce qui précède, la pratique du Dialogue existe bel et bien en RD Congo depuis des lustres avec la Table Ronde belgo-congolaise  organisée à Bruxelles, capitale du Royaume de Belgique, du 20 janvier au 21 février 1960 par le pouvoir colonial. Au total, la classe politique congolaise , toutes tendances confondues, a déjà organisé 19 conférences, forums, palabres ou rencontres dites « Mbongui » en lari, « Kinzonzi » en kikongo, « Lisanga » en lingala ou « Barza » en swahili  en 55 ans d’indépendance. Appréciez le parcours des combattants pour la conquête du pouvoir consensuel pré-électoral ou post- électoral, de Bruxelles à Moanda (Mayombe) en  visitant des villes africaines (Tananarive, Sun City, Cap, Kigali, Libreville, Lomé, Lusaka, Dar-Es- Salam, Nairobi, Addis- Abeba, Pretoria, Luanda, Kampala, Gaborone…).

Objectif visé : la direction et la gestion du Congo avec inclusion des leaders représentatifs pour le développement durable et intégral d’un eldorado situé au centre du continent africain. Le savant sénégalais Cheik Anta Diop aurait misé  « sur le pays le plus riche du monde en potentialités », mais « qui souffre de la mal gouvernance », selon certains analystes. Quand bien même que la RD Congo soit classée en 2015 dans le top 10 du Doing Business de la Banque mondiale et, citée parmi les trois pays en meilleure croissance depuis 2010 après l’atteinte du point d’achèvement du Ppte.

Logiquement donc, certains observateurs avertis de la « res publica » estiment que le processus électoral congolais devrait suivre le schéma suivant : « les provinciales en février 2016 d’abord pour l’élection des nouveaux députés provinciaux, de nouveaux gouverneurs et sénateurs en glissement depuis 2012 ; les législatives et présidentielles en novembre 2016 pour éviter un vide juridique et, ensuite, les locales et les municipales en 2017 par suffrage direct. Car, l’identification et le recensement de la population, le recours au suffrage indirect au niveau des locales prévues le 25 octobre 2015 repousseraient les élections en 2019-2020 ».

La révélation d’un gourou ne kongo

D’aucuns redoutent cependant l’adoption d’une transition de trois ans proposée par le député Ne Muanda Nsemi du parti Bundu Dia Kongo rebaptisé association Bundu Dia Mayala avec le trio suivant au pouvoir : Majorité présidentielle (Président Joseph Kabila /PPRD) ; Vive- Président de l’opposition radicale ( EtienneTshisekedi, Udps ou son présumé dauphin Félix Tshisekedi) et Premier ministre dévolu à la Société civile : Ne Munda Nsemi lui-même ,le leader spirituel Ne Kongo (genre pasteur Ntoumi au Congo Brazza ) considéré comme « un messie comme jadis Jésus Christ, Mahomet et Bouddha ! » par ses adeptes du Mont Ngaliema et du Kongo central ! Fin tacticien et habile communicateur, il bat campagne souterraine avec un discours lepéniste à travers son  feuillet « Kongo Dieto » distribué gratuitement.

En dehors de ce consensus, des essayistes critiques et analystes sérieux des officines de sécurité tant en Occident qu’en Afrique redoutent « une épreuve urbaine de force entre les tenants du pouvoir et les forces sociopolitiques au delà de la date- butoir du 27 novembre 2016 ». Les exemples du Burundi, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, de la Libye, de l’Irak, de la Rca et du Zaïre sont cités pour convaincre les plus sceptiques, adaptes de l’attenance démocratique et les thuriféraires de la conservation du pouvoir. Qui aura le dernier mot sur l’échiquier politique africain en pleine ébullition  depuis un certain temps, Et pour longtemps encore jusqu’en 2020 ? Bien malin celui qui saura répondre à cette question attrape nigaud.   A bon entendeur salut !

Jean-Marie Mandjeukou, chevalier du Pool Malebo, Prix Upza 1990, Diplôme d honneur de l’Ueza en 1994, Prix Fesmepe 2012 à Pointe Noire, Médaillé de presse et communication des JAB 2015 à Brazzaville, Diplômé de l’Ina de Kinshasa. 30 ans de journalisme  professionnel depuis le 1er juin 1985 à Kisangani (Province Orientale). Internaute.

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