Pour l’Occident, il y a bombes et bombes

Pour les Euro-américains du Conseil de sécurité, les bombes qui tuent (des civils) à Alep sont excusables et en tous cas pas condamnables

« Quand les attentats sont politiquement utiles pour l’Occident, ils sont donc acceptables. Je serais heureux que nos partenaires dissipent mon soupçon, mais pour le moment je n’ai d’autre choix que m’y tenir ». Voilà ce qu’a inspiré à Sergueï Lavrov le refus de « certains » États membres du Conseil de sécurité de condamner les attentats récents d’Alep et de Damas. La Russie a déposé dimanche deux projets en ce sens, l’un relatif aux attentats en Syrie, l’autre à ceux d’Irak (qui ont fait une centaine de morts en une seule journée, dimanche). Or les Occidentaux n’ont accepté de soutenir que le seul texte sur l’Irak.

La dialectique des « deux côtés » s’impose à tous

Américains et Européens ont expliqué pour justifier leur refus de condamner le terrorisme en Syrie par le fait que les attentats s’inscrivaient dans un contexte général de violences. En attendant, le double attentat à la voiture piégée de dimanche à Alep a fait 47 morts et plus d’une centaine de blessés. Qui seront intéressés de savoir que les explosions qui les ont frappés étaient donc moins condamnables que celles qui ont ensanglanté le même jour (avec probablement le même genre de responsables) l’Irak voisin. Moscou a condamné tous les attentats de dimanche, rappelant qu’en Syrie comme en Irak ce sont des civils qui ont été frappés, non des militaires.

La réalité d’un terrorisme d’opposition est tellement évidente que dans sa dernière intervention le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a appelé à la punition des responsables de crimes en Syrie « des deux côtés« , sa préposée aux droits de l’homme Navi Pilllay, connue pour sa hargne anti-Bachar, ayant dû adopter la même position « impartiale » – et donc assez nouvelle de la part de ces hauts responsables internationaux, très longtemps polarisés sur les crimes, réels ou supposés, des partisans du gouvernement. Et c’est un succès de la diplomatie russe – facilité par certains faits récents – qui a toujours dénoncé la partialité des analyses diplomatiques et médiatiques  occidentales sur la situation en Syrie, et demandé la condamnation de toutes les violences.

Européens cherchent gouvernement syrien anti-Bachar présentable

La reconnaissance de plus en plus générale du caractère barbare de nombreux groupes armés n’empêche pas les pays de l’Union européenne de réfléchir à une autre reconnaissance, celle d’un gouvernement en exil syrien. Les Européens préfèrent appeler ça le « futur » gouvernement syrien. Où l’on constate qu’au fur et à mesure que les événements démentent leurs analyses et invalident leur politique, les Occidentaux, et singulièrement les Européens, Français et Britanniques en tête, se réfugient dans la surenchère verbale, pratiquent une fuite en avant rhétorique, comme si leurs mots avaient valeur de fait ou pouvaient entraîner des faits.

La question de ce gouvernement – un gouvernement d’avenir et qui le restera pour paraphraser de Gaulle – a notamment été examinée lors d’une réunion « informelle » des représentants des 27 États membres de l’U.E., samedi dernier à Chypre. Cela dit ce gouvernement « futur » euro-compatible n’est décidément pas encore sur les rails. Les Européens aimeraient en effet que ce shadow cabinet – dont on ignore évidemment la composition – garantisse le non recours à la violence, le respect des minorités et les droits des femmes. L’opposition politique demeurant dominée par les Frères musulmans, et l’opposition armée par toutes les couleurs de l’arc en ciel islamiste, ce n’est pas gagné. Mais pour les responsables européens à la remorque de Washington, sinon du Qatar, il s’agit, semaine après semaine, de suppléer par des déclarations et des mouvements diplomatiques leur impuissance. On leur souhaite que leurs petits protégés ne commettent pas de tueries trop voyantes dans les jours qui viennent, car leur position de délicate deviendra insoutenable.

Israël reconnait un secret de Polichinelle

Sinon, un membre de l’actuel gouvernement israélien, le ministre de l’Environnement Gilad Erdan, a reconnu sur une radio la frappe perpétrée le 6 septembre 2007 par l’aviation de son pays contre le réacteur nucléaire syrien d’al-Kibar. L’État hébreu n’avait jamais reconnu officiellement ce raid, pourtant connu de tous, à commencer par le président George Bush jr qui y fait allusion dans ses mémoires. Mais si Gilad Erdan a « mangé le morceau », c’est pour donner une base jurisprudentielle à une éventuelle frappe israélienne contre les installations nucléaires iraniennes. En effet, en 2007, Tsahal avait frappé le site syrien, non seulement sans autorisation de l’ONU, mais sans feu vert de Washington. Pour Erdan, et sans doute son patron Netanyahu, ce qui a pu être fait contre Damas pourrait l’être contre Téhéran.

Rappelons que dans la nuit du 5 au 6 septembre 2007, quatre F15 et quatre F16 israéliens avaient pu lâcher 17 tonnes de bombes sur le site d’al-Kibar, supposé abriter un réacteur nucléaire, dans la région de Deir Ezzor, après avoir réussi à brouiller les systèmes radar syriens. Dix ingénieurs nord-coréens avaient été tués dans cette « opération Orchard« . Pyongyang avait très vite nié être impliqué dans un programme nucléaire syrien, et les premiers rapports effectués par l’Agence internationale de l’Énergie atomique n’avaient décelé aucune preuve qu’on travaillait à des armes nucléaires à al-Kibar. Le gouvernement israélien avait agi sur la base d’un rapport du Mossad, dont des agents avaient trouvé des photos du site en « visitant » l’appartement d’un diplomate syrien à Vienne.

Aujourd’hui, Washington tente de calmer Netanyahu dans son obsession anti-iranienne : Hillary Clinton a notamment réaffirmé que la négociation avec Téhéran assortie de sanctions demeurait la meilleure approche du problème. Mais on sait bien qu’Israël bénéficie d’une certaine « compréhension » pour ses actions illégales. Et d’un privilège : l’État hébreu a bien la bombe, lui.

Par Louis Denghien

Source: infosyrie

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