Pour Cheich Anta

S’il existe un homme africain durant le XIXème siècle qui asacrifié toute sa vie pour la dignité de l’homme noir, de l’hommeen général et dont le sacrifice paraît vain aujourd’hui, c’estbien Cheich Anta Diop. Historien, sociologue, philosophe, physicien,égyptologue et j’en passe, voila un homme qui s’est versé danstoutes les sciences en vue de restaurer la conscience culturelleafricaine.

Si sa rencontre avec l’Egypte a été le fruit du purehasard, il ne manque pas de souligner que l’Egypte est le lieu verslequel doit s’orienter l’intelligentsia africaine pour, nonseulement remonter à son histoire la plus lointaine, mais aussi etsurtout consolider l’idée d’une Afrique unie. Combattu par lesoccidentaux à cause de ses pensées révolutionnaires (d’un point devue scientifique), incompris par ses pairs africains (parce que enavance sur sa génération), Cheich a vécu toute sa vie entre lemarteau et l’enclume.Rares sont les moments où l’homme est invité à débattre sur lesvrais sujets de ses travaux, il est souvent l’objet d’une attaquepour des raisons autres que scientifiques.

On lui reproche de défendreune certaine thèse parce qu’il est noir, noir et colonisé. Or, commeil le dit lui-même, son gêne était plus que visible quant il esttombé sur cette vérité qui est l’Egypte noire. Et le cocasse del’histoire, c’est que se sont des idéologues « scientifiques » auservice de l’impérialisme, qui ont été les « avangardistes » dulynchage dont il a été victime. Pie, des pseudo-psychologues sontmême allé jusqu’à vouloir déceler ce qui, au fond de sa pensée,perturbait son « harmonie ».Pourtant, le seul crime qu’on lui reproche, si crime il y’a, c’estle fait de révéler une vérité qui remet en cause le travail de toute une génération d’idéologues. Mais si, comme disait Durkheim, le criminel est celui qui ne partage pas l’idée répandue alors Cheich, comme Socrate, est un criminel de son temps. Hélas, quel crime ! On lui reproche d’avoir défendu la thèse d’une Egypte noire etberceau de l’humanité et de la civilisation au moment où l’on voulait faire comprendre à l’homme africain qu’il n’a jamais été responsable de quoique ce soit dans l’histoire humaine. En un mot, il n’est pas assez entré dans l’histoire comme nous l’a rappelé récemment Mr Sarkozy.

Mais la démarche de Cheich a été d’une grande rigueur scientifique, il a convoqué presque la totalité des méthodes usitées pour soutenir la dite thèse. En dehors de ses découvertes sur le plan archéologique, c’est surtout la comparaison linguistique et le témoignage des anciens qui justifient encore toute la teneur de sa position. Le fait que Cheich aie révélé que les références par excellence de la pensée occidentale ont du eux-mêmes se ressourcer dans une Afrique noire pour éduquer leurs peuples, ne pouvait se concevoir dans son époque. L’on comprend, dés lors, toutes les stigmatisations dont il a été l’objet.

En tout état de cause, Cheich Anta Diop fût un penseur juste dans le vrai sens du terme. Il pouvait se taire et faire son beure à travers l’idéologie de l’époque comme la plupart de ses contemporains, mais il choisit le chemin épineux et délicat, celui d’être un «rebelle » pour une cause juste. C’est un homme qui a résisté seulface à une tempête intellectuelle car les « intellos africains » de son temps comprenaient à peine le sens de son combat. Ses idées sont jugées rétrogrades et passéistes alors que toute la rigueur de sa pensée s’orientait justement vers le futur.

L’unité africaine, la question économique, le problème des Etats balkanisés, le fait ethnique, la gestion de la richesse minière et culturelle du continent entre autre, telles étaient ses plus grandes préoccupations. Il ne s’est intéressé au passé que pour mieux construire le future. Car un peuple ne peut se développer qu’en s’inspirant de ses propres valeurs traditionnelles. Et comme il le disait lui-même grâce à l’Egypte antique le noir africain, à l’instar de l’occidental, peut désormais remonter le cour de son histoire antérieure. En dépit de son combat sans faille pour la dignité de l’homme noir, force est de constater aujourd’hui le silence coupable des intellectuels africains sur l’œuvre de Cheich. Au Sénégal, dans son pays natal, ses pensées sont à peine connues. Il ne figure même pas sur le programme secondaire si ce n’est par un bref rappel historique en philosophie. De nos jours, ses ouvrages sont ensevelis dans les cimetières bibliothécaires. Or, jamais Cheich n’a été aussi actuel dans une africaine aussi divisée que médiocre à l’heure actuelle.

Malao Kanté
Soumangourou1@yahoo.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *