Portugal-Angola : la revanche du colonisé

Pedro Passos Coelho, Premier ministre portugais dans ses petits souliers face à Jose Eduardo Dos Santos, président angolais, la scène avait quelque chose de pathétique jeudi dernier au palais présidentiel angolais. Le Portugais était venu demander l’aide de l’Angolais. L’ancien colonisateur tendait la sébile à l’ancien colonisé. « Le capital angolais est le bienvenu » a expliqué Pedro Passos Coelho à la presse. « L’Angola est prêt à aider le Portugal face à la crise financière » a rétorqué Eduardo Dos Santos, magnanime. Tout était dit en quelques mots.

En clair, le Portugal, qui fait face à une cure d’austérité sans précédent, appelle l’Angola dont l’économie se développe à grande vitesse au secours. Qui l’eût cru il y a trois décennies! Quel renversement de situation ! Ceux qui dans les amphithéâtres ergotent à longueur de journée sur la dialectique du maitre et de l’esclave, ont là du grain à moudre.

Le Portugal qui a colonisé l’Angola sans désemparer depuis le XVIe siècle a naturellement fait partie du trio de tête des investisseurs étrangers dans ce pays jusqu’à son indépendance en 1975. On croyait – à tort – que chacun, selon l’ordre naturel des choses, allait tenir son rang éternellement. Que non !

Moins de dix ans après la fin d’une guerre civile qui aura ravagé l’Angola pendant 27 ans, l’ancienne colonie portugaise est en plein essor économique. Elle devrait, selon toutes les prévisions, atteindre 12% de croissance en 2012. Au même moment, l’ancien colonisateur se retrouve en plein marasme économique, comme la cigale de fable de La Fontaine qui, « ayant chanté tout l’été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue»

Au même moment, les Angolais suivaient à la lettre le conseil que le laboureur avait donné à ses enfants dans une autre fable du même La Fontaine « Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle place où la main ne passe et repasse ». Les Angolais ont tellement bien creusé, fouillé et bêché qu’ils ont fini par trouver en abondance dans leur sous-sol pétrole, gaz et diamants. Ces matières premières assurent à l’Angola un potentiel économique considérable. L’Angola affichait, avant la crise financière internationale, la plus forte croissance au monde : 21% en 2008, contre 1,8% au Portugal. Dans un monde où l’argent a son mot à dire, le riche colonisé peut dicter sa loi à l’ancien colonisateur désargenté. C’est exactement l’incroyable scénario qui s’écrit sous nos yeux entre le Portugal et l’Angola.

Selon les estimations les plus fiables, l’Angola a déjà multiplié par 70 en sept ans seulement ses investissements au Portugal. Ces investissements sont passés de 1,6 à 116 millions d’euros de 2002 à 2009 ; entre-temps, 3,8% de la capitalisation de la Bourse de Lisbonne sont désormais entre des mains angolaises. Les sociétés angolaises investissent dans tout ce que le Portugal peut avoir de plus clinquant: grands hôtels, industrie du luxe, haute couture, banques et pétrole.

Grâce à la Société nationale de lubrifiants et de combustibles (Sonangol), l’entreprise publique qui exploite le gaz et le pétrole, le pays dispose d’une puissance financière internationale. Sonangol, déjà actionnaire du pétrolier portugais Galp Energia, s’intéresse à la privatisation de TAP Air Portugal. Le groupe pétrolier angolais détient, par ailleurs, des participations importantes dans des filiales angolaises de banques portugaises (49,99 % de Banco Millenium Angola et 49% de Banco do Fomento de Angola). Dans le droit fil de cette logique d’«angolanisation» des intérêts étrangers, la Banque portugaise des investissements (BPI), quatrième banque portugaise, a cédé en 2008 une part minoritaire des 49,9 % qu’elle possède dans sa filiale angolaise à Unitel, l’opérateur angolais de téléphonie mobile, détenu à 25 % par l’Angola.

Des échanges qui s’expliquent par des liens historiques étroits entre les deux pays ? Certainement. Alors comment expliquer que l’Angola regarde déjà aussi du côté de Dubaï pour savoir quel usage faire de ses pétrodollars ? Sinon que les autorités veulent fructifier au maximum leur dû pendant la période des vaches grasses, en prévision d’une période des vaches maigres qui finira bien par arriver.

Ndzinga Amougou

Source: cameroon-tribune.cm

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *