Plaidoyer contre l’injustice – Le train de la liberté africaine (libre opinion)

Je me souviens encore des paroles du président Laurent Gbagbo dans le cadre d’une entrevue avec des journalistes français lorsqu’il déclarait : « Chaque dix ans hélas, il m’arrive un malheur ». Le président Houphouët-Boigny disait souvent en parlant de lui-même qu’il était né sous le signe du malheur. Il faisait allusion aux nombreux décès de ces proches ainsi que des multiples évènements douloureux qui avaient marqués sa plus tendre enfance. En effet, en revisitant sa biographie officielle que plusieurs d’entre nous connaissent cœur, on peut remarquer que le président Houphouët avait coup après coup perdu son père et sa mère faisant de lui un orphelin, mais aussi son frère ainsi que son oncle maternelle. Toutes ces épreuves à l’âge d’à peine 5 ans. Pourtant, ce dernier évènement malheureux avait quand-même réussi à faire de lui l’héritier d’un trône laissé vacant. Né sous le signe du malheur, c’est pourtant bien sous celui de la gloire qu’il était parti se reposer pour la dernière fois. Quelques recherches dans les archives du président Gbagbo font découvrir quelques faits qui malheureusement lui donnent raison. Ces faits assez surprenants à quelques petites exceptions, méritent que nous les observions un peu plus près.
En 1962, Laurent Gbagbo voyait déjà son père se faire arrêter devant ses yeux dans le cadre de ce qui ne devait constituer par la suite, qu’un autre épisode de la fameuse série des faux complots ivoiriens. En 1972, il est embrigadé de force dans l’armée nationale afin d’y suivre un service militaire contre son gré. Il est contraint à l’exil en 1982 et en 1992, il connait la prison. En 2002 enfin, son pays est attaqué par une rébellion armée déclenchant en son sein, une grave crise militaire alors qu’il en est le président en exercice. Maintenant que nous sommes en 2012, qu’arrivera-t-il à Laurent Gbagbo ? Dans cette vie qui est la sienne, que peut encore lui réserver le destin qu’il n’aurait encore jamais vu ou qu’il n’aurait pas encore connu ?
Je me souviens aussi des paroles de l’historien averti qui faisait remarquer que la plupart les peuples de la terre et la quasi-totalité des grandes nations de ce monde avait déjà connu à des moments donnés de leurs histoires respectives des périodes noires pour certains et pour d’autres des successions de périodes sombres qu’ils sont finalement arrivés à dépasser. Si les africains sont capables de surmonter leurs rancœurs et leurs différences comme le faisaient déjà nos illustres prédécesseurs sous l’arbre du palabre et du pardon, alors indéniablement l’enjeu de la situation qui se présente devant nous en ces jours, va beaucoup plus loin que les clichés qui nous sont toujours présentés.
Nous avons tous été témoin de l’épisode de cette ‘courageuse’ décision entourant l’universalité des lois belges ainsi que l’élargissement des compétences des tribunaux de ce pays à l’échelle ‘internationale’. Dans un de ces pays qui prônent justement la stricte séparation des pouvoirs, ces nouvelles règles juridiques qui auraient du permettre de se montrer ‘intraitables’ face à certains type de personnalités étiquetées ‘infréquentables’ sont devenus subitement et étonnamment interprétables quand fut venu le temps de recevoir les plaintes qui visaient cette fois-ci, les dirigeants d’une classe totalement différente. Mais vers quel avenir se dirige notre monde ? Pourquoi cherche-t-on à faire croire que d’un coté tout est bien et tout a toujours été bien et que de l’autre tout est mal et l’a toujours été ? Nous savons tous qu’il n y a aucune vérité dans cette vision des choses. Les lois de la nature ne se manifestent quand-même pas de cette façon. Même à travers les saintes écritures qui nous ont été léguées, nos héros se laissent parfois gagnés par des comportements à la limite de la vertu et arrivent à poser des actes qui sont habituellement attribués à leurs adversaires et vice-versa. Les comptes-rendus manichéens que l’on veut bien nous offrir sont tout simplement beaucoup trop grossiers pour prétendre passer inaperçues. Ces intrigues maladroites continuent de se multiplier en générant une somme de souffrances des uns et des autres qui constitue un vaste ensemble de douleurs qui devient de plus en plus difficile à dissimuler.
Alors que s’ouvrira bientôt le procès du président Gbagbo dont l’enjeu principal dépasse les limites du continent noir, il serait bien que ceux qui le peuvent lui adressent leurs prières ainsi que leurs pensées les plus fortes. Il est également à souhaiter que les actions de mobilisation des africains, des ivoiriens ainsi que des citoyens du monde qui partiront pour la Hollande se déroulent dans la paix de l’esprit, dans le calme, dans la sérénité et surtout dans la confiance. Cela, afin d’apporter un signal fort ainsi qu’un message clair à tous ceux qui continuent de penser que les africains ne méritent que ce que l’on leur sert depuis plusieurs siècles. L’enjeu de ce procès historique va plus loin que la simple contestation électorale ou la seule situation de belligérance dans laquelle la Côte d’Ivoire a été plongée depuis plus d’une décennie. La question de cette audience va au-delà des différences qui peuvent exister entre les enfants de la Côte d’Ivoire en particulier mais aussi entre les citoyens de l’Afrique en général qui demeure notre mère à tous. Cet enjeu va au-delà de toutes les clivages qui peuvent exister et qui malgré toutes les choses que l’on tente de faire croire sont bel et bien surmontables.
Il serait tout aussi bien d’adresser par la même occasion, une motion spéciale d’encouragement à toutes celles et à tous ceux qui auront décidé de vivre de très près cet évènement qui demeure historique à bien des égards. À tous ceux qui se rendront bientôt jusqu’à lui pour soutenir et réconforter le président Gbagbo dans ces périodes difficiles et douloureuses, nous disons merci. Nous remercions aussi tous ceux qui se sont mobilisés pour rendre possible et pour matérialiser dans les faits ce projet de train de la liberté. À tous ceux qui viendront de l’Allemagne, de la France, de l’Angleterre, de l’Espagne, de la Suisse, de l’Europe de l’est, des États-Unis, du Canada, de la Chine, de l’Asie, de l’Afrique ou de partout ailleurs dans le monde, nous disons comme on le dit si bien chez nous, Akwaba. À tous ceux qui ne pourront finalement pas s’y rendre pour une raison ou pour une autre mais qui y seront dans leurs pensées et dans leurs prières, nous vous saluons tous. Sachez que vous y êtes déjà. À tous les artistes-musiciens, les interprètes, les humanistes et les hommes de culture qui égayeront ces journées et qui divertirons les participants, nous disons chapeau ! À tous les observateurs neutres ainsi qu’à tous les adversaires idéologiques et politiques au président Gbagbo mais opposés à toutes formes d’injustice, nous vous félicitons pour votre courage et votre intégrité. Sans jamais céder à la provocation, l’exemplarité dans l’attitude et dans le comportement de ces pèlerins des temps nouveaux, devrait bientôt aider à prouver et à démontrer, qu’il existe des individus mûrs et responsables qui sont capables de réagir avec honneur et civilité même dans la douleur et le désarroi les plus profonds. La nature de cette mobilisation rendra victorieux sur la terre des hommes et cela quel que soit l’issue de cette bataille, toutes celles et tous ceux qui sauront se montrer résolument fiers et dignes dans toutes les formes d’adversités même les plus terribles et les plus humiliantes.
Oui, il est possible d’agir et de faire les choses autrement. Nous avons tous vu dès le départ, qu’à travers cette belle volonté d’aller jusqu’au bout des engagements, se trouvaient aussi de grandes valeurs de respect, da collaboration, de disponibilité ainsi qu’une entière considération envers les institutions qui les méritent. Dans cette traversée du désert, il peut être possible de faire confiance et de croire aux femmes et aux hommes qui manifestent à chaque fois le pouvoir qu’ils possèdent par leurs capacités intrinsèques à toujours faire preuve d’humilité et de sagesse dans les jugements qu’ils rendent. C’est cette bonne foi qui doit guider et faire ressortir le caractère impartial tant dans la nature que dans l’esprit des différentes décisions qu’ils seront chaque fois amenés à prendre. Il ne pourrait en être autrement. Dans le cas contraire, que ceux d’entre les africains qui finalement atteindront la terre promise, promettent qu’ils apporteront avec eux la mémoire de tous ceux qui nous ont déjà quittés. Il serait bien que les heureux élus apportent aussi avec eux la mémoire de ceux qui seront tombés en cours de route ainsi que celle de ceux qui pour des intérêts étrangers à cette lutte, auront décidé de se laisser gagner par le découragement et l’avarie. Tout comme l’a toujours voulu celui pour qui et envers qui cette mobilisation s’organise, que cette longue marche vers la liberté soit inclusive et qu’elle soit dédiée à tous et à toutes et cela, au delà des clivages éphémères. Plus que jamais le moment est arrivé de faire preuve et cela sans jamais se renier de moins de rancœurs, de plus de solidarité et de beaucoup plus d’union dans les rangs.

Romarick Okou
Militant panafricaniste
Défenseur des droits humains
Combattant pour l’égalité entre les hommes

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