Parution – « Que justice soit faite » (1) de Richard-Gérard Gambou

Couverture Gambou_Richard-1Par Noël KODIA

Huit nouvelles constituent le recueil « Que justice soit faite » dont le fond nous rappelle quelques péripéties de la société congolaise. Ambiance du milieu estudiantin, relations amoureuses allant parfois jusqu’au mariage avec ses tenants et ses aboutissants, tels sont les sujets qu’essaie de développer l’auteur dans un style simple, claire et didactique.

Toutes les situations rapportées dans ces nouvelles mettent en relief l’espace géographique congolais en dehors de l’avant dernier texte intitulé « L’affaire du Docteur Mvimba-Mambou » qui construit un pont entre l’Europe et l’Afrique. Amours entre jeunes Congolais qui parfois dépendent du destin du héros ou de l’héroïne

traversent presque tous les textes de Richard Gambou. Et au niveau du coulé diégétique, se révèlent presque dans tous les textes le quotidien ainsi que l’espace réel du Congo. Aussi, « Que justice soit faite » apparait comme des chroniques congolaises qui font penser à l’œuvre narrative de Jean Baptiste Tati Loutard avec deux points pertinents.

La vie en couple au centre des destins

Très souvent, dans ce recueil, il y a rencontre d’un homme et d’une femme qui se termine par une vie en commun. Dans « La passion », Bienvenu et Catherine vont vivre en couple ; mais le mariage n’arrive pas à cause des relations tendues entre les deux amants, jusqu’à la naissance de leur fils. Bienvenu demande pardon à Catherine quand il se rend compte que le bébé lui ressemble, lui qui croyait à l’infidélité de sa compagne. Comme Catherine dan « La passion », Marcelline est une fille qui se confronte aussi à la vie de couple. Voulant poursuivre ses études, elle s’est opposée au mariage précoce initié par ses parents. Elle laisse son fiancé à Pointe-Noire et se rend à Brazzaville dans le but d’aller poursuivre ses études à l’université Marien Ngouabi. Mais elle tombe sous le charme de Bakala dont il a fait la connaissance dans le train pendant le voyage. N’ayant aucun parent et aucune connaissance à Brazzaville, Marcelline vit en couple avec le jeune Bakala qui la soutient matériellement et financièrement en attendant sa bourse qui lui sera octroyée à partir de la deuxième année. Comme si le destin voulait la punir pour avoir trahi son fiancé, Marcelline assiste à la déchéance de Bakala qui tombe malade avant de mourir. Elle quitte le domicile de son défunt compagnon pour être logée dans le lycée où elle enseigne la philosophie. C’est dans cet endroit, où, malade, elle va trouver la mort, ayant refusé de rejoindre ses parents à Pointe-Noire. Une mort par orgueil et par amour. Quand Clarisse, après sa formation d’institutrice connait Georges dans la nouvelle intitulée « La victime », elle ne sait pas ce qui va lui arriver après la mort de son mari. Elle a vécu dans un mariage boudé par la belle-famille. Accusée d’être à l’origine de la maladie puis de la mort de son mari, elle est maltraitée par ses beaux-parents. Ses belles-sœurs lui ravissent tous les biens matériels acquis dans le mariage et l’obligent à quitter la maison conjugale avec ses enfants. Après moult tractations, elle accepte, malgré elle, d’être l’épouse du cousin de son défunt mari (tradition oblige) avec qui elle va connaitre une nouvelle vie heureuse. L’amour de jeunesse se remarque aussi dans « Le paradoxe » entre le héros et Germaine, amour qui sera malheureusement troublé par les vicissitudes de la vie. Leur mariage traditionnel auquel s’oppose l’oncle paternel de Germaine ne pourra favoriser leur amour. Chacun, de son côté, sera obligé de mener sa vie avec une autre personne, et quel ne sera pas son désarroi quand le héros apprendra la mort de Germaine, mort causée par un mari jaloux, comme elle l’avait prédite, elle-même. Presque toutes les nouvelles de « Que justice soit faite » tournent autour du thème de l’amour. Aussi, dans « Folie d’amour », nous avons l’histoire du jeune Timothée rapportée par un ami d’enfance à son frère. Etudiant puis professeur de philosophie, Timothée vit en couple avec Marie Madeleine tout en ayant comme maîtresse, une certaine Gisèle. Ne pouvant plus gérer les deux femmes, l’enseignant, après avoir, malgré lui, subi les lois de la corruption à un examen du bac, tombe curieusement dans la démence en partageant sa vie entre les deux femmes. Le conflit entre homme et femme nous est encore rapporté dan « La vengeance » où Madeleine et son père se voient trahis par un homme dont ils ont réalisé la réussite sociale. Le traitre méritera la mort pour avoir trahi un officier militaire. Et l’image du militaire revient dans le texte éponyme intitulé « Que justice soit faite » par l’intermédiaire du colonel Mpiaka Mpiaka qui trouble les relations amoureuses d’Abel Koussikissa et Martine Mpoutou. Le jeune homme subit une expédition punitive de la part du colonel qui l’accuse de s’être intéressé à sa fiancée. Quand l’enquête prouve à Koussikissa que c’est le colonel Mpiaka Mpiaka qui était son bourreau, il pense s’adresser à la justice pour réparation. Il sera déçu quand son avocat lui déconseillera de s’attaquer au colonel, un homme intouchable dans la ville. Mais justice sera faite quand l’officier sera emporté tragiquement, mêlé dans coup d Etat militaire. Avec « L’affaire du Docteur Mvimba Mambou », l’auteur nous plonge dans une autobiographie où le narrateur fait écho à l’auteur. Comme ce dernier qui a étudié la philosophie en Allemagne, le narrateur-héros, étudiant en Allemagne, se trouve confronté à un problème de racisme et à la xénophobie des Allemands pour avoir été violé par une jeune femme allemande. Comme dans les autres textes où se développe le thème de l’amour, le héros s’attache à une compatriote étudiante avec qui il va passer de bons moments avant le retour au pays.

Fiction et réalités congolaises dans « Que justice soit faite »

Presque tous les textes de ce recueil apparaissent comme des chroniques. L’univers diégétique ainsi le portrait des personnages rappelle le pays de l’auteur et une partie de la vie de ce dernier. Dans la majorité des textes, la présentation de certains héros fait écho à celle de l’auteur que nous rappelle la quatrième de couverture de l’ouvrage, ce dernier étant enseignant de philosophie à l’université Marien Ngouabi. La plupart des événements rapportés se passent à Pointe-Noire et à Brazzaville dont l’université accueille certains personnages pour leurs études supérieures. Dans « Folie d’amour », Timothée est présenté comme étudiant : « Il [Timothée] décrocha (…) son certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire en philosophie » (p.154). Le monde de l’université fait partie intégrante des aventures des personnages de « Que justice soit faite » : Francis Mounkassa est enseignant à la faculté des Lettres et des sciences humaines dans « La vengeance ». Des réalités congolaises, l’auteur nous fait découvrir certaines spécificités artistiques de son pays comme la littérature et la musique qui égayent la vie de certains de ses personnages. Ces derniers s’intéressent à la lecture et particulièrement aux écrivains de leur pays : « Je fréquentais le centre culturel français de Pointe-Noire. J’y lus les poèmes d’un poète congolais qui s’appelait Tchicaya U Tam’Si (…). L’Europe inculpée d’Antoine Letembet et La marmite de Koka-Mbala de Guy Menga m’allaient droit au cœur » (p.110). De la musique, on peut rappeler l’incipit de la huitième nouvelle qui nous plonge dans l’ambiance mondaine de Pointe-Noire : « Le bar-dancing « Joli soir » était plein à craquer. L’orchestre les Bantous de la Capitale proposait (…) son riche répertoire de chansons (…). La voix de Pamelo Mounka dominait. Amen maria. L’argent appelle l’argent (…). Jean Serge Essous (…) charmait les âmes : Philosophie, Tongo Etani na mokili ya Congo (…). Les paroles des chansons étaient reprises par les danseurs sur la piste de danse » (pp.225-226)

 

Avec « Que justice soit faite », nous sommes dans des textes qui nous révèlent la société congolaise moderne où la classe estudiantine occupe une place considérable. Des textes qui créent un pont entre la fiction et quelques réalités sociopolitiques du Congo. Des réalités que nous rapporte l’auteur, quand il se confond à certains moments au narrateur.

Noël KODIA, Essayiste et critique littéraire

(1)       R.Gérard Gambou, « Que justice soit faite » éd. L’Harmattan, Paris 2013, 251p.

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