Parution: « De Nicolas Ier à François III, chronique d’une relégation annoncée », René Naba

clip_image001_thumbPar Chérif Abdedaïm

Le journaliste-essayiste René Naba -ancien responsable du Monde arabe musulman au service diplomatique de l‘AFP-  vient de signer un titre consacré au bilan de Nicolas Sarkozy et à son successeur François Hollande. Si le premier est un « président agité aux ambitions brisées »», le second, placide «normal» banal, semble trahir ses promesses.

Ce treizième livre de René Naba parait dans la foulée «Média et démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXI me siècle» (Golias Novembre 2012), «Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David» (Bachari 2011), « Hariri de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres» «(Harmattan 2011),

L’auteur ne mâche pas ses mots. L’ouvrage «De Nicolas I er à François III, chronique d’une relégation annoncée», (Editions Dictus publishing) apporte un nouvel éclairage sur le glissement de la politique sarkozienne, qui a bradé l’héritage gaullien, pour aboutir à un champ de ruines diplomatiques et économiques.

Si Nicolas Sarkozy, qui glanera au passage le sobriquet d’  « agité du bocal », avait gagné les élections 2007, la France a, au contraire perdu. Raisons : propulsé au pouvoir sur fond d’un paysage international dévasté, à contretemps du momentum stratégique, en pleine déroute des Etats Unis en Afghanistan et en Irak, et d’Israël au Liban, à la veille du collapsus de l’économie occidentale, ce dernier se retrouve déjà dans la position d’un  président à rebrousse chemin. Tel est le premier constat fait par René Naba dans un premier chapitre.

Cela dit, le bilan Sarkozy ne plaide aucunement en sa faveur que ce soit dans le cadre de sa politique intérieure avec sa fameuse allégeance aux armes,  proposée par  Jean François Copé, ou encore la  Françafrique, le plus extraordinaire pacte de corruption des élites françaises et africaines à l’échelle continental, qui, selon René Naba n’a autant mérité son nom de «France à fric», une structure ad hoc pour pomper le fric par la vampirisation des Africains pour la satisfaction de la veulerie française.

Sur la « dalle d’Argenteuil », Sarkozy s’illustrera notamment par son attitude belliqueuse dans le conflit libyen, en promettant un nouvel exploit dont les deux potentielles « victimes » seraient l’Algérie et l’Iran. En d’autre terme, ce stratège d’opérette  qui avait lançait à grand fracas, il y a quatre ans,  l’Union Pour la Méditerranée, qui s’est révélée « une merveille de diplomatie au résultat piteux ». Dans la mêlée internationale, Naba souligne également la cécité tous azimuts des diplomates, intellectuels et medias français face aux révoltes tunisienne et égyptienne.

En épilogue à la première partie, un regard est également jeté sur Alain Juppé dont  l’engouement pour la Syrie aura été à la mesure de son dépit de la Libye. «  La Syrie, son obsession, dont il voulait en faire son tremplin, son rebond, son bâton de maréchal vers une nouvelle destinée présidentielle, s’est soustraite à lui, refusant d’être la proie de ses ambitions. »

Pour ce qui est de la seconde partie, réservée à François Hollande, René Naba se pose la question, d’ores et déjà, si ce dernier est un président « Normal ou banal ». Hollande arriverait-il à mettre un terme au  partenariat clanique à relents affairistes entre la France et le Liban initié par le tandem Rafic Hariri Jacques Chirac ? Apparemment, non, car « le tropisme israélien du parti socialiste de même que la présence au sein du gouvernement de Jean Marc Ayrault, de philo sionistes patentés, devraient exclure un recentrage substantiel de la diplomatie française à l’égard du Moyen orient. Une retouche à la marge, pas un chamboulement. » Tel est le deuxième constat de cet ouvrage qui s’impose avec l’élimination de la vie politique française de Nicolas Sarkozy.

Ainsi, sur le plan international, la France de Hollande n’apporte rien de nouveau par rapport à la politique sarkozienne. Sur la scène internationale, la demande de la réforme du Droit de véto au Conseil de sécurité proposée par la France ne serait  qu’un bobard diplomatique pour un enfumage médiatique. Concernant les relations franco-algériennes, la récente visite de François Hollande en Algérie ne semble aucunement présager de la construction de nouveaux liens faisant abstraction du passé colonial, dans la mesure où la France refuse toujours la fameuse. Toutefois, en dépit du réchauffement des relations entre les deux pays, faut-il souligner que ces nouvelles relations plaident beaucoup plus pour une réciprocité d’intérêts. « Entre la France et l’Algérie le rapport est désormais inversé: l’Algérie dispose de réserves de l’ordre de deux cents milliards de dollars, alors que la France, frappée de la dégradation de sa notation économie, est affligée d’une dette publique de près de deux mille milliards d’euros. Les relations entre la France et l’Algérie, en dents de scie depuis l’indépendance de l’Algérie il y a 50 ans, se sont certes réchauffées depuis l’élection du socialiste. François Hollande et les deux capitales entendent parvenir à un «partenariat d’exception», selon la formule consacrée. Les Algériens souhaitant même que le savoir-faire français puisse accompagner le développement industriel algérien, notamment dans l’industrie de pointe. Mais le rapport est désormais inversé. Et ceci explique cela.

Enfin, dans la crise malienne, René Naba considère que la France joue son rang de puissance, au moment où le Mali joue son existence suite à l’opération Serval, premier engagement militaire direct français, en solitaire, sur un théâtre d’opération depuis la fin de la Guerre d’Algérie en 1962. « En première ligne dans la guerre de prédation économique du versant sud de la Méditerranée, -La Libye et la Syrie, sans endettement extérieur, disposent de réserves énergétiques, – la France se retrouve de plein fouet sur la ligne de front, en confrontation directe avec ses frères d’armes de Libye et de Syrie, qu’elle cherche à terrasser. Qu’il est douloureux le venin inoculé par la morsure d’un serpent nourri en son sein. L’expédition punitive du Mali de janvier 2013 se présente dans une configuration stratégique sensiblement différente des précédentes séquences (Suez, Bizerte, Kolwezi). Au Mali, face à des hordes furtives, la France est sous perfusion technologique américaine, sous transfusion matérielle et humaine européenne et africaine, sous injection financière arabe. »

Ainsi, l’opération Serval traduit-elle un effondrement de la capacité de projection de la puissance française. Et cela quelle que soit l’issue des combats. Un échec de la France poserait la question de la légitimité de sa présence au sein du Conseil de sécurité en sa qualité de membre permanent doté d’un droit de veto.

Enfin, un livre qui fait œuvre de contre-pouvoir. Une analyse perspicace  qui met à nu les arcanes d’une « France atteinte d’un malaise vagal stratégique » A lire absolument.

Chérif Abdedaïm, le 20 mai 2013

Source:cherif.dailybarid.com

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