MOIS DE RAMADHAN – ALGERIE – LE CALVAIRE DES NON-JEUNEURS ET DES ETRANGERS QUI Y SONT ETABLIS

nmargueritealphonse    12 juillet 2014
algérieJamais un mois de l’année n’a été aussi difficile que celui du mois de ramadhan pour ceux qui ne l’observent pas en Algérie, pays qui, de façon brutale, ne vit plus, à cette occasion, comme à l’accoutumée – tout étant mis en veilleuse, l’activité économique comprise -, offrant, incroyablement, une vision presque d’apocalypse à certains moments de la journée.
Chacun y va de son explication sur le pourquoi de cette situation on ne peut plus exceptionnelle, à commencer par l’Algérien lambda qui y voit tout simplement l’affirmation de l’ancrage de la société à la religion. Pour les sociologues, à l’esprit plus affiné: le jeûne est devenu un phénomène social, plus qu’un exercice spirituel

. Pas très loin de la réalité, car peu d’algériens s’y adonnent vraiment; la grande majorité se contentant de ce qui est devenu, pour eux, un rite auquel il faut s’astreindre dans un pays qui a connu, dès les années 80, une arabisation – à pas forcés – du système éducatif qui l’a conduit dans une voie dont l’horizon ne semble guère clair aux yeux des esprits avisés et une décennies noire – guerre contre l’islamisme politique des années 90 -, situations, qui ne peuvent que qu’imprimer des traces qui resteront, pendant longtemps, gravées dans l’inconscient des gens, plus particulièrement les jeunes nés pendant cette période, fer de lance de la nouvelle génération d’Algériens post-indépendance. C’est dire le travail qu’il y a à abattre en direction de ces jeunes dont l’esprit pour une grande partie rime avec concepts moyenageux distillés par les cercle religieux fanatiques ( wahhabisme et autres, salafisme et takfirisme ).
La religion musulmane, religion d’état, ne semble pas donner d »autres ouvertures à l’Algérien né après l’indépendance que celles qui le laissent tourner vers les pays du golfe et dans une moindre mesure la Turquie avec son modèle d’islamisme modéré ou à visage humain, au pouvoir avec l’AKP de Recep Tayyip Erdogan. La jeunesse , certes, a les yeux rivés vers l’occident, mais les traditions encore très fortes ajoutées à l’islam prôné par la société, ne lui laissent que peu de marge de manoeuvre, se résignant, en dernière analyse, à adopter un langage pas très tendre à l’endroit de l’ancien colonisateur français en particulier et de l’occident en général. Résultat aussi, il faut le dire, des politiques menées par le système politiques en place, au pouvoir depuis 1962, date de l’indépendance et du discours religieux, depuis peu, allant en se durcissant.
Ainsi le mois de ramadhan, pour les non-jeûneurs Algériens qui peinent à exercer leur droit de libres citoyens dans un pays qui ne le leur offre guère et les étrangers, est synonymes d’enfer, que les plus fortunés tentent d’éviter en s’alimentant dans des grands hotels. C »est le cas des personnes qui travaillent pour des grandes entreprises et ont des salaires qui leur permettent de fréquenter ce genre d’endroit. Ceci leur permet aussi de se détourner du regard désobligeant du jeûneur. Car l’ambiance dans le pays est telle que, le non-jeûneur ne peut se dévoiler au risque d’être pris presqu’en flagrant délit.
A Tizi-Ouzou ( région frondeuse en Kabylie ), les non-jeûneurs y manifestent tous les ans pendant le mois de ramadhan pour réclamer  » la liberté de culte et de conscience « . Cette année, la manifestation les a réunis sur la placette Matoub Lounès (1). A l’occasion, ils ont mangé des sandwichs et bu de l’eau, à 12h en public. Sans attendre, évidemment, la réplique a été donné par les jeûneurs, le lendemain, dont l’ancien dirigeant du FIS ( Front Islamique du Salut , Ali Benhaj, qui ont, après l’appel du muezzin, rompu le jeûne collectivement avec du petit lait et des dattes ramenées pour la circonstance.
Rien de tel dans d’autres régions du pays. Comme on le voit, au vu et au su de tous, prendre un repas et une boisson, le plus normalement du monde la journée, n’est pas chose aisée au pays de Boutéflika, au cours de cette période. La société Algérienne allergique au non respect du ramadhan, frôle un peu, ainsi, l’intolérance religieuse.
L’Algérien en lui-même n’est pas intolérant et aussi dangereux qu’on le croit ailleurs. Les étrangers qui les côtoient s’en rendent effectivement compte, mais la dureté ou l’âpreté des us et coutumes du pays et du discours religieux ne sont pas faits pour arranger les choses sitôt. « La pratique religieuse est souvent brouillée, déformée et caricaturée. S’inscrit-elle dans un mouvement d »ouverture ou de fermeture face à l’autre qui est différent ? Pendant le ramadhan, on a l’impression que c’est la société qui se transforme en puissante machine inquisitrice », commente le journal El Watan dans son édition du 5 Juillet 2014.
Réflexion bien à propos pour un pays aux ambitions nobles, mais contrariées par un système politique sclérosé, dont le seul souci n’est autre que de se pérenniser au pouvoir et un discours religieux anachronique aux relents, dans certains cercles, xénophobes, loin des idées ô combien actuelles du héros de l’Algérie moderne, l’Emir Abdelkader.

Source:nmargueritealphonse

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