Mali – Les tchadiens au combat en première ligne

Jean Bonnevey

Hollande a crié victoire mais la guerre au Mali n’est pas gagnée. Cette guerre doit être menée, on l’a bien compris, sans pertes de soldats français. Cela complique tout. On en voit bien les raisons politiques, mais cela ne saurait justifier que le travail soit confié aux auxiliaires tchadiens.  Sauf à reconnaitre qu’il s’agit d’une guerre coloniale avec apport de troupes indigènes, ce qui est officiellement démenti.
Des armements lourds ont été saisis

Se servir des tchadiens pour rétablir l’état de droit c’est tout de même prendre un sacré risque. Les combattants sont aguerris à la guerre des déserts montagneux, mais le respect des droits de la guerre n’est sans doute pas leur priorité absolue. Les tchadiens ont engagé des combats meurtriers et cela ne fait sans doute que commencer. Les violents combats de ce vendredi, dans le massif des Ibogas au nord du Mali ont déjà fait des morts parmi l’armée tchadienne et parmi les terroristes. “Après ratissage, 93 terroristes ont été tués, et six véhicules détruits. L’armée tchadienne a enregistré la mort de 23 soldats et trois blessés”, a indiqué l’état-major tchadien dans un communiqué, faisant état d’un bilan définitif. Près de 1 800 soldats tchadiens, le plus important contingent africain au Mali, sont actuellement déployés au Mali. Au total, c’est environ 2 000 soldats que le gouvernement tchadien a promis. Ils ne font pas partie de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma), comprenant des contingents de pays ouest-africains, mais ils agissent en coordination avec elle. Cette particularité devrait tout de même interpeller.

Depuis leur entrée au Nord Mali, c’est la première fois que ces soldats affrontaient les djihadistes dans le secteur de l’Adrar des Ifoghas, massif montagneux à la frontière avec l’Algérie. Cette région, entre Kidal et Tessalit, sert de refuge à de nombreux islamistes armés liés à Al-Qaïda et traqués par l’armée française depuis plusieurs semaines. Elle est aussi le berceau des Touaregs. Les islamistes qui se sont retirés du nord Mali avant l’arrivée des troupes commencent à faire parler d’eux depuis quelques jours en commettant des attentats en pleine ville de Gao. Selon AFP, des touaregs du Mali, qui collaborent avec l’armée française dans le nord-est du pays ont été la cible d’un attentat-suicide qui a fait cinq morts au moment où l’armée malienne tentait de nettoyer Gao, la plus grande ville du Nord infiltrée par les islamistes.

L’AFP ajoute que cet attentat-suicide a été commis à l’aide de voitures piégées conduites par deux kamikazes à Inhalil, localité proche de Tessalit, près de la frontière algérienne et visait des membres de la rébellion touareg du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Les groupes islamistes du nord du Mali ont la « capacité de destruction » d’une véritable armée, a affirmé dimanche le colonel des forces maliennes Laurent Mariko, commandant de la zone de Gao, qui présentait à la presse des armements, notamment lourds, saisis dans la région depuis le 26 janvier. « Ils peuvent avoir subtilisé ces armements au niveau des structures militaires de leurs pays. On sait qu’il y a des Mauritaniens, des Nigériens, des Algériens parmi eux. Il peut aussi y avoir des Sénégalais même si on n’en a pas la preuve« , ajoute-t-il. « Les pègres n’ont pas besoin de nationalité« , et il insiste sur « le caractère transnational de ces groupes » dont « le mode opératoire privilégié est la perfidie« . « L’impression qu’on a, c’est qu’eux et nous, avons quasiment les mêmes armes, sauf la troisième dimension, l’aviation, qu’ils n’ont pas ». Mais dans des régions sans infrastructures, l’aviation n’est pas l’arme absolue et le tout aérien est exclu.

La guerre n’est pas gagnée et les français ne pourront éviter des pertes même en envoyant au feu les tchadiens pour débusquer les islamistes. Il faut s’y préparer.

Jean Bonnevey

Source:metamag

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