Mali – Le président ATT: Politicien ou Homme d’État?

Pour rappel, il s’agit d’un article de Sidy Lamine publié par la presse malienne bien avant le putsch qui a renversé ATT. L’auteur a eu à travers ce texte le mérite de tirer la sonnette d’alarme en s’interrogeant sur un avenir incertain de la République, déjà minée par le déni de justice sociale accentué par l’avènement d’ATT dont le règne s’est particulièrement distingué par le passage de la tradition orale au storytelling, selon lui. D’où cette question: ATT, »Politicien ou Homme d’État »[1] ?

Les efforts consentis par les citoyens honnêtes et l’actualité nous forcent à  constater que des acquis importants n’ont pas empêché notre pays de stagner, socialement parlant, dans une position moyenâgeuse.

Comme pour confirmer l’adage, les efforts des maliens des villages et des villes, qui survivent de la sueur de leur front, apparaissent comme s’ils suaient sous la pluie tellement  la richesse de leur pays,  le Mali,  dans ces 40 dernières années, n’a servit qu’au profit  des «apatrides» de premier degré.  Ils sont maintenus au pouvoir sous la houlette de  présidents gourous qui ont aggravé une situation, clairement arbitraire pour tous  ceux munis de bon sens. Il est vrai que nous avons tous le droit d’espérer et jusqu’ici ceux qui ont subit tant les comportements, que les mesures antisociales, soit la grande majorité de nos concitoyens, ont bien le droit à l’espérance surtout dans une société comme la notre, fondée sur des valeurs sotériologiques, où la théologie du salut anime depuis un passé lointain notre histoire et notre mémoire.

En effet, au moment où nous écrivons, le bout du tunnel semble être toujours aussi lointain comme il  ne l’a jamais été par le passé.  Les corrompus, qui occupent les champs de gombo de leurs grand-mères, investis grâce la connivence entre  pouvoir exécutif et pouvoir judiciaire, ne cessent de comploter contre le peuple, comme s’ils n’en faisaient  pas parti.

Dans cette situation de putréfaction où le mensonge généralisé continue sereinement sa croisière le vent en poupe, il est opportun d’envoyer un signal d’alarme dans un environnement où les esprits sont aussi pollués que la ville de Bamako.

Notre société est désemparée, il faut faire quelque chose. Face à la manipulation organisée, nous devons appeler de toute urgence l’établissement sans condition des valeurs morales qui accompagnent et qui provoquent la réussite dans tous les domaines. Disons-nous la vérité en toute franchise: on ne sait plus ce qui caractérise notre peuple!

Est-ce de réussir à tout prix quelque soit le chemin à emprunter? chemin pavé d’injustice et d’immoralité par les gouvernants de ces dernières années qui n’ont laissé aucune chance au peuple malien,  au vrai peuple!

Regardons les dix dernières années pendant lesquelles notre pays a été précipité dans une décadence morale sans précédent.

Dans l’histoire politique de notre pays indépendant, nous avons connu le régime socialiste qui avait choisi une forme un peu douce de dictature.

Par la suite, ce fut le régime militaire, dictature classique dont son chef, le Général Moussa Traoré, croit toujours que c’est l’appui de l’ancienne puissance colonisatrice qui a concourut à son départ, alors qu’il était resté 23 années au pouvoir, partagé avec des complices, qui sévissent toujours et encore  à tous les niveaux de notre administration.

Et enfin, la révolution populaire de 1991 qui a changé la donne et nous a permis d’expérimenter une autre phase de la vie politique de notre pays.  Ce changement, il faut le reconnaître,  a fait bouger les lignes de façon positive. Nous pouvons citer le multipartisme instauré, la liberté d’association renforcée, la liberté d’expression instituée, etc. Mais simultanément, les valeurs morales se sont éloignées de nos dirigeants qui apparaissent comme la vitrine de la conscience populaire.   Grâce au pouvoir médiatique qu’ils détiennent et qu’ils utilisent, ils distillent de fausses valeurs, promeuvent des comportements amoraux et détournent le peuple de ses valeurs ancestrales. Alors que pendant ces années là, nous avons continué à croire: monothéiste ou irréligieux, humaniste ou non-humaniste, les ennemis du peuple de tous les temps (corrompus et corrupteurs) sont restés jusqu’à aujourd’hui les amis du pouvoir, avec pour seule croyance et valeurs morales leur profit.

Comment en sommes nous arrivés là?

Au départ, la troisième république a connu les premières élections démocratiques. Un homme d’État, avec un charisme à la hauteur de sa fonction du nom d’Alpha Oumar Konaré va présider le pays pour deux mandats successifs  de 5 années. Certains intellectuels, comme l’alter-mondialiste Aminata Dramane Traoré,  diront par la suite qu’ils ont cru en Alpha Konaré lorsqu’il venait avec ses belles idées:  ne serait-ce pas une manière de dire que ses décisions prétendument imposées par la Banque Mondiale et le FMI ont déçu?.  Mais n’ouvrons pas un autre débat.

Un bref rappel: Alpha Oumar  Konaré, initiateur de la MUTEC ( Mutuelle des travailleurs de l’Éducation et de la Culture), de l’ANPE (Agence Nationale de la Promotion de l’Emploi) pour ne citer que ceux-ci, est issu des rangs d’un parti membre de l’International Socialiste. Curieusement, pendant dix années de pouvoir, les mesures sociales sont rares, comme s’il était devenu subitement un homme sans cœur ni sang. On  imaginait qu’il avait renié l’esprit de son mentor Modibo Keita (1er président du Mali indépendant) dont les discours de galvanisation s’apparentaient à ceux du nationaliste. Nous, les lecteurs attentifs des discours de Alpha Konaré dénotions presque  la technique du copier-coller tellement l’ancien leader des jeunes de l’US-RDA, avait bien compris le chemin du panafricanisme et du nationalisme emprunté par Modibo Keita. Que penser alors de sa formation universitaire de l’ENsup de Bamako et post-universitaire en Pologne socialiste?

Alpha  O. Konaré va très vite lier un pacte avec le FMI et la Banque Mondiale devenus nos amis par la force des choses au nom du démarrage de la modernisation du pays.  Compte tenu de ses qualités innées, il sera là encore un bon élève. Il ne s’en est jamais enorgueilli, car cela ne prolongeait pas l’évolution logique des idées qui lui ressemblent.  Même si, reconnaissons le, le monde économique  a pris une emprise déterminante sur l’évolution des sociétés à un niveau mondial. Certains diront d’une manière assez simpliste qu’il n’avait pas le choix, oui peut-être n’avait-il vraiment pas le choix,  seulement il n’a pas su associer le peuple malien et les masses populaires à ses décisions. Au lieu des mesures sociales, qui n’auraient aucunement entraver une économie de marché, si elles étaient mises en place pour l’intérêt des citoyens, le pays va connaître des mesures antisociales qui vont tour à tour dégraisser une fonction publique qui n’avait jamais été étoffée (moins de 39.000 personnes de nos jours) dans la réalité et faire miroiter des miettes aux  pauvres fonctionnaires avec des mesures de départ volontaire à la retraite, qui continuent à ruiner les récipiendaires, tout comme le pays dans son ensemble.  N’oublions pas la question de l’éducation et de l’instauration des nouveaux critères d’obtention de bourses qui ont empêché beaucoup d’élèves et d’étudiants de bénéficier des avantages sociaux.

Néanmoins, on n’a pas tardé à sentir qu’il était fidèle à son côté vraiment socialiste !

Dans un pays où certains fonctionnaires se sont transformés depuis l’époque de Moussa Traoré en commerçants, traders et clients avec l’argent de l’État en s’enrichissant impunément. Alpha Oumar Konaré, au lieu d’enrayer ce fléau, va créer son dictionnaire de mots pompeux:  Les Ministères du Développement Social, des  Personnes Âgées, des Zones Semi-arides, de la Femme, de la Famille et de l’Enfant. Tous ces ministères vont voir le jour et modifier légèrement le périmètre d’action de leur prédécesseur. La lutte contre la faim, contre la pauvreté, contre la corruption vont devenir des pseudo priorités.  Ces départements et leurs noms ne serviront par la suite qu’à voiler la corruption qui est devenue depuis lors le sport favori et de surcroît le plus populaire.

Le visionnaire pourvu d’une très grande intelligence qu’est Alpha O. Konaré a-t-il failli par manque de temps? Ou a-t-il agit comme Senghor l’a fait en partant mourir en Normandie chez ses beaux parents? Léopold Sedar Senghor a bénéficié ainsi  des conditions de sécurité sociale pour la dernière partie de sa vie, sans avoir songé à faire la même chose dans son pays? mais il a aussi habilement et jalousement gardé  une partie de sa vision pour rester indispensable.  En 2002 au moment où le pouvoir du chef d’État malien va bientôt prendre fin, on retiendra que la famille présidentielle à été  discrète grâce à la première dame de l’époque qui est restée digne  et exemplaire, bref sage dans le sens le plus large du mot, professeure Adam Bâh Konaré nous te rendons un hommage mérité grâce à tes contributions (ouvrages) et le Musée Musokunda qui reste une référence et une fierté pour les femmes.

On connaît la suite, le président Konaré va choisir son successeur en brossant son portrait robot à l’approche de la campagne officielle de la présidentielle de 2002. Il influe de tout son pouvoir pour contribuer à  l’accession à la magistrature suprême du Mali,  d’un homme qui était d’autant plus populaire que son histoire personnelle le liait singulièrement aux maliens. En effet,  cet ancien chef d’État, portait l’image du sauveur aux yeux d’une partie de la population, alors que c’était le peuple qui avait renversé le dictateur  Moussa Traoré par un mouvement de protestation généralisée. ATT symbolisait l’espoir qui avait illuminé le Mali en 1991. D’une certaine manière Alpha O. Konaré remettait le pouvoir à ATT de façon consensuelle. Les autres candidats sont alors traités de tous les noms d’oiseau: pas sérieux, pas rassembleurs, voleurs, pour paver la route d’ ATT vers la victoire.

Pourquoi les gouvernements «made in Konaré» n’ont jamais songé depuis ces temps à établir des fichiers biométriques, gages d’une élection sérieuse dans la forme? Est-ce parce que le Mali avait toujours su garder une habitude du pouvoir socialiste non soviétique, qui consiste à manipuler le peuple selon le bon vouloir de ceux qui détiennent le pouvoir. Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle de l’année 2002 seront proclamés de la manière la plus soviétique: c’est-à-dire la plus douteuse! En effet, les résultats furent proclamés par une cour constitutionnelle loin d’être fiable comme le rappelait dans sa parution du 12 janvier 2012, l’éditorialiste vedette du journal «le Républicain». Il analysait clairement la méthode d’annulation des voix du premier tour de la présidentielle et les résultats finaux des législatives comme une méthode controversée en utilisant l’expression  »arbitrage curieux ».

De fait, ATT remporte l’élection présidentielle au grand dam des partis politiques qui simultanément se laissent récupérer montrant, par la même occasion, qu’ils ne sont pas dignes de la confiance du peuple malien en cautionnant ce qu’on appelle le mensonge orchestré contre la population. Tous les partis politiques feront parti de l’exécutif qu’ATT va nommer, tous les partis politiques seront dans le gouvernement. Personne ne veut aller du côté du peuple, synonyme de misère à leurs yeux. Depuis ce temps, tous les gouvernements sous ATT ont respecté le  »genre » 30% de militaire ou force de l’ordre dans le gouvernement, jusqu’à ce que l’un des «responsables»  quitte son corps pour tenter la même aventure qu’ATT (la course pour Koulouba), comme s’il croyait que le peuple malien a la nostalgie des tristes moments de la dictature militaire. C’est vrai que les hommes politiques ont prouvé aux maliens qu’ils sont les premiers  »namis »  »clients » en bamanankan de la république. Sans vanter les mérites du pouvoir socialiste, personne n’a  oublié que la dictature  a largement permis le développement de la corruption dans les sphères de l’État.

Et pourtant aujourd’hui ni ces hommes politiques, ni ce porteur d’uniforme n’ont honte de clamer qu’ils sont du côté du peuple.

ATT au pouvoir, bonjour la démesure! 

 De la tradition orale au storytelling!

Pour faire oublier le tribun, héritier de l’éloquent orateur socialiste Modibo Keita, le nouveau président n’hésitera pas pour combler la différence à s’inspirer de la comédie. Il a bien appris ses leçons de «storytelling» à l’américaine, il n’hésite pas à raconter des histoires qui ne tiennent pas debout. Au cours d’un de ses shows politiques dénommés  »Baro » organisés annuellement pour se moquer un peu de son peuple sur la radio et la télévision nationale malienne, il nous raconte que sa fille, après des études au Canada , est au chômage. ATT a donc affirmé à la télévision nationale malienne, que sa fille est au chômage, pour faire croire aux parents des chômeurs, que  bien que diplômée et socialement sur-qualifiée, la fille du président est dans la même situation que leurs enfants. Un président qui n’a pas pu avoir un emploi pour sa fille dans un pays aussi clientéliste et corrompu comme le Mali?

Mais sans surprise, comme pour dire que son père  connaissait moins sa situation professionnelle qu’il ne le prétendait, la chômeuse de 2003 a eu la  gentillesse de dévoiler sa richesse en décembre 2011 en fêtant son milliard dans un prestigieux hôtel de Bamako, sans qu’aucun des médias publiques s’indignent.

Le président ATT a encore raconté à son audience, le grand Mali, qu’il payait lui-même sa facture d’électricité et d’eau, tellement il compte sur notre naïveté pour tout accepter à moins qu’il ne surestime ses capacités de persuasion en qualité de conteur.

En tout cas, Alpha Oumar Konaré a reconnu qu’il a échoué dans le domaine de l’éducation contrairement à son successeur  ATT qui n’aura pas le courage de reconnaître le même échec, bien qu’il ait crée un psychodrame en décrétant une année perdue au niveau de l’enseignement supérieur afin de remettre les pendules à l’heure.  Parallèlement, ATT reste lui même insensible à la situation des universités fictives qu’il vient de créer et dont la réouverture n’a eu lieu que la semaine dernière après un semestre de fermeture.

L’enseignement primaire, qui a toujours été partiellement préservé, a pour sa part connu plusieurs semaines de grève depuis décembre jusqu’en ce début de mois de février. Hélas, comme ce sont les enfants des maliens qui sont spoliés de leur droit de penser, personne n’a soulevé le petit doigt. On a connu la plus grande humiliation de notre histoire lorsque le système éducatif du Mali a été noté parmi les plus bas d’Afrique par le PASEC (Programme d’Analyse des Systèmes Éducatifs des gouvernements membres du CONFEMEN[2]).  C’est pourquoi, par la suite, le Mali a quitté  cette organisation pour montrer son mécontentement. Oui, c’est bien là que réside tout le problème de notre pays.

Serait-il utile d’égrener les nombreuses réalisations accomplies au cours des 20 dernières années? construction des routes, des hôpitaux, des stades de football et d’autres salles de spectacles; mais ce qui nous concerne et nous préoccupe tant, c’est le déni de justice sociale.

Le déni de justice sociale

Le clientélisme et la corruption sont devenus une marque de fabrique de la démocratie malienne pour liquider ses produits qui sont les deniers publics. Les bonnes mœurs ont été sciemment torpillées dans les 10 voire les 15 dernières années. L’un des derniers bastions, pour la garantie des valeurs morales qu’est l’école, est devenue depuis longtemps un lieu de harcèlement sexuel à l’encontre des filles (certains enseignants ont carrément oublié le sens de leur métier).    Beaucoup de nos sœurs ont été obligées d’abandonner leur cursus parce qu’elles ont osé dire non à certaines enseignants ou responsables d’éducation qui avaient le pouvoir de les importuner dans l’impunité totale et au détriment de toutes les réglementations en vigueur. Ceci dénote d’ailleurs la manière dont nos lois sont bafouées à tous les niveaux de la république: du premier magistrat aux magistrats en exercice dans leur noble fonction jusqu’aux écoliers qui sont les actifs de demain.  Où est l’avenir?

Chercher des femmes bien qu’étant un homme marié est devenu une  »vertu » surtout qu’un   »mauvais » adage selon lequel «muso ko te tchè son ye»  (avoir du penchant pour les femmes n’est pas une mauvaise réputation pour un homme) est souvent cité pour minimiser les attentats à la pudeur et aux valeurs morales séculaires. Certains hauts responsables s’adonnent à la débauche, d’autres ont des enfants d’unions officialisées ou non,  sans se soucier de l’image que cela peut donner à la république. Ils ont donné une autre image aux femmes dans notre société. Ils ont voulu les traiter d’objet, comme des objets sexuels, ce qui relève et révèle une autre forme d’injustice sociale comparable à l’esclavage.  Maintenues dans le besoin, beaucoup de filles restent soumises au bon vouloir de ces hommes corrompus qui se servent de leur argent, de leur position, bref de leur pouvoir pour séduire ces belles dames désemparées. Il est courant de voir des responsables de 60 ans et plus qui font la cour aux jeunes filles de moins de vingt ans, comme si le mariage n’avait plus de sens. Les vrais défenseurs des droits et de la cause des femmes, qui sont les mamans de demain, se sont évaporés dans la nature.  Non on ne va pas oublier!

Ceux qui ont détenu le pouvoir n’ont pas voulu accorder d’avantages sociaux aux concitoyens tel que le droit à la pension pour toute personne ayant contribué d’une manière ou d’une autre à la construction du pays pendant sa jeunesse: aux agriculteurs, aux commerçants détaillants, aux maçons, aux pêcheurs, aux  conducteurs, aux transporteurs, jusqu’aux bricoleurs. Cela fait parti des gages pour promouvoir toute possibilité de liberté. Car tous les citoyens d’une manière où d’une autre, ont contribué à la construction de notre pays avec son  énergie.

Il est aussi urgent de chercher un garde-fou qui protégerait certaines de nos sœurs des harcèlements sexuels, traitées comme des prostituées pour minimiser la gravité du comportement des hommes instigateurs.

Si les enfants allaient normalement à l’école, ils penseraient activement et ces gouvernants et surtout ce pouvoir l’ont bien compris.  En poursuivant la maltraitance de l’éducation, domaine primordial pour toute nation pour forger les futures générations, les politiques s’assurent le contrôle de la situation. Les historiens en sciences de l’éducation le savent, la suprématie des États-Unis est passée par leur avance prématurée dans les domaines de l’éducation et de la formation. Depuis les années 1820, les États-Unis avaient déjà plus d’une centaine d’universités tandis que toute l’Europe en avait moins de la centaine. Ces données  expliquent le fait que malgré les difficultés de l’économie américaine, ses agences de notation continuent à effrayer d’autres nations dites puissantes comme la France, qui a vu sa dette dégradée par Standard & and Poor’s.  Qui peut ignorer que les Etats-Unis militent activement pour imposer la pensée unique dans presque tous les domaines au monde entier.

Ces explications visent à éclairer les mobiles de notre président qui devient agent d’un système.  Certains pourraient même l’envisager comme une marionnette qui s’active pour empêcher les peuples de penser par eux mêmes, d’où le tripatouillage du système éducatif dans tous les sens. A propos de penser, Simone Weil disait «Il est injuste de dire par exemple que le fascisme anéantit la pensée libre; en réalité, c’est l’absence de pensée libre qui rend possible d’imposer par la force des doctrines officielles totalement dépourvues de signification[3]». L’État malien, par le biais de son pouvoir exécutif, a transformé ses médias publics en véritable servitude pour leurs agents résignés à servir les machines comme des automates, dans l’unique but de plaire au souverain de Koulouba et à son gouvernement.

C’est pourquoi dans notre pays, les opinions irraisonnées tiennent lieu d’idées, car en étant imposées et largement diffusées, elles sont acceptées comme vraies. Il est évident que l’incivisme perdure et  qu’il assombrit du coup l’avenir proche du pays. Que dire de l’absurdité de recevoir des mercenaires apatrides armés de retour de la Libye au palais de Koulouba en qualité de VIP? Notre pays a commencé à goûter les conséquences immédiates d’une telle attitude.

Ces gouvernants ont juré et ont réussi à rendre le peuple  »idiot »!  Le mot idiot que nous utilisons maintenant pour désigner quelqu’un de stupide, vient du mot grec  »idiotes » qui désignait toute personne qui vivait une existence strictement privée et qui ne prenait part à aucune activité publique dans la cité d’Athènes. Beaucoup d’entre nous sont devenus des idiots dans la mesure où la pensée unique nous empêche d’utiliser notre intelligence et que nous démissionnons de nos responsabilités en disant que la politique nous intéresse point. A moins que nous nous rendions compte que c’est peut-être la course pour la responsabilité politique qui ne nous intéresse pas, et non la politique responsable qui a pour fonction d’éclairer les citoyens sur les enjeux de notre société,  de nos religions, de nos mœurs ainsi que de la gestion de nos familles, qui nous sont très chères.

Au delà des débats politiques, auxquels les uns et les autres participent à leur manière sur les réseaux sociaux, les blogs, les radios privées, etc… l’avancée de la démocratie exige d’autres formes de participation des populations, face à celle qui se limite à se rendre aux urnes chaque 5 ans pour élire le président, les députés et les maires.

Pourquoi n’aurions nous pas des taux de participation dramatiquement faible, si la majorité de la population se considérait  »idiot » dans le sens grec du mot.        En plus, est-ce que le gouvernement n’a jamais songé à faire participer les masses, en les organisant au niveau local en groupe de réflexion, en jury populaire et d’autres formes similaires en respectant des choix aléatoires parmi les citoyens ordinaires. Cela donnerait à tout le monde  non seulement la chance d’avoir une expérience de citoyen actif, mais aussi le sentiment de participer aux prises de décision.         Cette absence d’implication réelle des populations révèle toute la carence manifeste de notre démocratie,  d’autant que de faux débats sur le nouveau projet de constitution s’ajoutent aux opinions irraisonnées qui ont déjà fait ravage. Dans un pays à «sens unique» comme le Mali d’aujourd’hui, le semblant de débat autour du nouveau projet de constitution et la victoire à l’arraché du Haut Conseil Islamique dans le cadre du fameux nouveaux code de la famille, prouvent combien il est vrai que les droits politiques et sociaux ne sont jamais acquis une fois pour toute. Notre démocratie s’exempte-t-elle de la loi selon laquelle chaque démocratie doit s’adapter à la réalité historique, culturelle et sociale du pays.

Les gouvernants maliens ne veulent pas donner aussi facilement au peuple les conditions dans lesquelles la population peut vivre en sécurité dans tout sons sens, une existence épanouie alors que, c’est  l’accession à ces conditions qui justifient l’autorité politique.

La démocratie, en tant que telle, autrement dit la démocratie athénienne concernait seulement une minorité de la cité, les anciens grecs l’ont bien avoué concernant l’esclavage, le travail des femmes qui n’était pas accepté et la condition des étrangers donc pourquoi ne pas chercher à adapter notre démocratie à nos réalités pour l’intérêt du peuple.

Pour que la démocratie fonctionne, il faut que certaines conditions soient réunies au préalable telles que: une  population alphabétisée et plus ou moins aisée, des médias libres pour que les idées et les opinions circulent librement, un système judiciaire qui ne souffre d’aucune pression pour que les jugent rendent leur verdict sans être inquiétés.  Nouvelle ou ancienne constitution, un faux débat d’un point de vue malien. Aujourd’hui, notre démocratie doit tenir compte officiellement de toutes les forces vives de la nation. C’est-à-dire ceux qui font partir de l’État décideur sans avoir une reconnaissance officielle comme

– Certains religieux ultra populaires qui se prêtent aux campagnes publicitaires de lutte contre le VIH SIDA, l’excision des filles, le port de casque pour les motocyclistes et d’autres questions à portée nationale.

– Les paysans qui constituent la majorité de notre société alors qu’ils sont seulement consultés à travers l’assemblée de la chambre d’agriculture en limitant sciemment leur expertise et leur savoir au domaine agricole sans leur demander leur analyse sur la manière dont le pays est géré.

– Les commerçants détaillants qui depuis des années ont servi à contenir la colère sociale en accueillant plus de 50% des jeunes chômeurs non-diplômés et diplômés sans contre parti de la part du gouvernement, superstructure normalement garante de la sécurité et de la cohésion sociale.

Dans une démocratie comme la notre, la crainte de la nouvelle constitution réside dans le fait que les pouvoirs du président de la république se voient renforcer et qu’il n’y aura plus de véritable contre-pouvoir. Le débat a été jugé insensé d’autant que s’il s’agissait de préserver l’intérêt du peuple, alors que dans les faits il n’y a jamais eu de contre-pouvoir qui se soit opposé à la volonté même irraisonnée du président de la république.

Le clientélisme établit et érigé en bonnes mœurs même avant l’ère démocratique, a connu son âge d’or avec le multipartisme en voyant le cercle des  »namis »  » s’agrandir. On sait bien que le clientélisme tout comme la corruption  existent un peu partout dans le monde où il y a des humains, c’est pour quoi certaines nations ont anticipé les  dérives qui en découlent en équilibrant les pouvoirs, en limitant les mandats et surtout en conservant la liberté de la presse, comme pouvoir qui reste à la rescousse en terme de contre-pouvoir.

Le clientélisme au Mali est monnaie courante et considéré comme normal. Il a permis de fabriquer plusieurs milliardaires et millionnaires avec la complicité et la grande trahison des plus hautes autorités qui sont les premiers traders de la nation qui s’adonnent à cette pratique dégueulasse qui creuse du coup l’injustice sociale tant décrié.

Le Mali de la responsabilité où tout un  chacun sait poser la bonne question:  

Qu’est ce que la République va devenir demain? 

Ou

 Qu’est ce que chacun de nous peut faire pour que la République devienne meilleure?

Celui qui sera élu en avril ou mai prochain, doit montrer un exemple d’honnêteté à la hauteur d’un messie pour sauver un pays exsangue dans tous les domaines. Si le prochain président se montre honnête et juste à travers ses proches qui respecteront la loi, les magistrats, les puissances économiques, politiques et militaires feront la même chose. Cette action exige du courage, en faisant dos au laxisme qu’on connaît aujourd’hui, en bannissant la démagogie, en affrontant le risque de déplaire, en acceptant le risque de sacrifier son désir personnel de se faire réélire pour le désir de voir l’intérêt de la nation triomphé comme ce fut le cas de Gerard Schrõder qui au delà de sa non-réélection a vu éclater sa propre formation politique pour redresser l’Allemagne. Ce message s’adresse aux candidats car les citoyens  »idiots » ou pas, savent qu’ils décident peu dans le verdict des urnes si l’on sait que l’argent et le pouvoir des médias manipulés jouent beaucoup plus de rôle même dans les démocraties dites avancées où ce sont les sondages manipulés qui influencent les résultats pour dire jusqu’où peut aller le formatage des esprits ici et ailleurs.

 SidyLamine Bagayoko

Université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako

tél: 76427609

courriel: sidylaminebagayoko@yahoo.com

Références:

Bernard, J.M., B. Tiyab, et K. Vianou. «Profils enseignants et qualité de l’éducation primaire en Afrique subsaharienne francophone: Bilan et perspectives de dix années de recherche du PASEC». Dakar: PASEC/CONFEMEN (2004).

Freeman, James, Clarke. (Ecrivain anglais) citations «La différence entre le politicien et l’homme             d’État est la suivante» le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine          génération » S.D.N.L.

Weil, Simone. Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale. Éditions Gallimard, Paris, 1955.


[1]             La différence entre le politicien et l’homme d’Etat est la suivante :
le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération »

            James Freeman Clarke (Ecrivain anglais)

[2]    J.M. Bernard, B. Tiyab, et K. Vianou, «Profils enseignants et qualité de l’éducation primaire en Afrique subsaharienne francophone: Bilan et perspectives de dix années de recherche du PASEC», Dakar: PASEC/CONFEMEN (2004). COFEMEN (Conférence des Ministres de l’Éducation des pays ayant en partage le français)

[3]    Weil. Simone, Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale (Éditions Gallimard, Paris, 1955).

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