Macky Sall et sa rhétorique utopique: « un autre Sénégal est possible… » !

«Un autre Sénégal est possible » était le fameux slogan vague et utopique que ne cessait de marteler l’actuel président tout au long de la campagne électorale, sans jamais être en mesure de nous en indiquer le processus, si ce n’est la martingale de « la réduction du train de vie de l’État ». Et ironie du sort ! Au lendemain de sa consécration, les premières mesures prises en tant que président vont à l’encontre de l’entendement : le partage du gâteau comme en l’an 2000 !

Au lieu de former un gouvernement efficace composé d’une dizaine de ministres, Macky s’est tout bonnement « foutu » des Sénégalais avec une pléthore de ministres, de ministres-conseillers, le tout couronné par le tintamarre de la « légère baisse » de quelques aliments de base, tels que le riz, l’huile, le sucre et le pain.

C’est pourquoi même si une nouvelle ère s’est sans conteste ouverte, il ne faut pas faire l’Autriche : c’est le populisme endémique qui a eu raison de l’arrogance morbide. Le fils, renié en pleine « alter-noce » par un père jugé parfois ingrat, voire trop injuste envers sa progéniture putative, pourrait-il faire des miracles ? Le premier acte que devrait accomplir le nouveau président choisi par la majorité des Sénégalais, c’était de se repentir, puisqu’il a lui-même avoué en public sa part de responsabilité concernant  le vol, la corruption et la mal-gouvernance. Peut-on subitement passer sous silence le festin auquel il avait bien participé ? Quel crédit donc accordé à des anciens alter-noceurs qui ont malicieusement eu l’idée de troquer actuellement leurs tenues de gala contre des habits modestes, triviaux, afin de mieux fondre dans la masse écrasée par la misère sociale ?

Autrement dit, l’immense fortune de Macky encore inexpliquée et inexplicable me laisse en tout cas sceptique en ce qui concerne son engagement pour une gestion transparente des deniers publics. A quoi bon de faire des audits, si l’on n’a pas les mains propres ? N’empêche, le peuple dans sa grande majorité et même une bonne partie des intellos sénégalais se refusent à voir la réalité en face, sous prétexte du délai de grâce ! Ces gens-là se rendent-ils compte de leur erreur qui risque d’être fatale au pays, même si désormais rien ne peut plus jamais être comme avant, au regard de la « maturité » du Sénégalais lambda qui s’est jusque-là contenté d’assister sereinement à des banquets dispendieux organisés par les politiciens fourbes et félons en se pourléchant les babines! Le cynisme était hier et continue aujourd’hui d’être à son comble. Une fois intronisé par la volonté populaire, le président et sa clique ont vite oublié comme d’ordinaire leur contrat signé avec le peuple, quitte à le snober en prenant des décisions unilatérales et insensées visant à renforcer uniquement leur clan ou famille politique, hétéroclite. Ils ont dès lors les pleins pouvoirs pour gouverner de manière hasardeuse  un pays en décrépitude, dépouillant ainsi tout un peuple miséreux, à l’image des  régimes précédents. Le peuple n’a jamais eu droit aux résidus des « copieux mets » qu’on a préféré déverser  à  la poubelle où pullulent et bourdonnent les grappes de mouches.

Mais, l’espoir est permis car le peuple s’est réveillé en enterrant Sa Majesté et sa cour. Et il exigera tôt ou tard  d’être convenablement servi, excluant toutes sortes de manigances visant à assouvir des intérêts personnels ou claniques. C’en est fini le vol indiscret  de l’argent du contribuable!  Macky l’a lui-même bien compris, puisqu’il a rendu hommage au peuple qualifié de « grand vainqueur » lors de sa première conférence de presse, au lieu de s’auto-glorifier en marchant sur les traces hautaines de son père spirituel qui avait longtemps ignoré que le pouvoir est entre les mains du peuple.

C’est ainsi qu’à défaut d’un homme neuf, le Sénégal s’est retrouvé avec l’un des fils de Wade bien loti dans l’alter-noce, avant d’être brutalement renié et exclu du festin. En effet, cet homme est-il convaincant en brandissant l’arme de la chasse aux sorcières (auditer tous ses anciens camarades libéraux), même si c’est indispensable ? Par contre, tout le monde avait éclaté de joie  pour célébrer sa victoire dans les quatre coins du pays en caressant le rêve d’un grand changement, hormis les observateurs avertis de la scène politique qui ont préféré rester prudents en attendant la suite des évènements, puisqu’il s’agit d’un scénario similaire à celui du 19 mars 2000, avec Wade au pouvoir.

L’élève avait à juste titre choisi de battre le maître par les urnes, au moment où les leaders de l’opposition regroupés au sein du Mouvement du 23 juin préconisaient la violence et le chaos en contestant avec véhémence le 3ème mandat de Wade, à travers de violentes  manifestations macabres. La sagesse, la lucidité et la retenue ont par la suite charmé l’électorat sénégalais au premier tour, avant la consécration finale. Malgré sa ténacité, sa pugnacité et l’éloge de son bilan mitigé, Sa Majesté Abdoulaye a été désavouée par un peuple frustré, écœuré et de plus en plus acculé par la pauvreté, la misère et la précarité. Toutefois, le Sénégal avait frôlé les Révolutions qui ont secoué le monde arabe.

Somme toute, l’idée de la réduction du train de vie de l’Etat soulevée par le nouvel homme fort du pays suffira-t-elle pour améliorer le sort des populations qui réclament désormais plus de justice sociale et d’équité. En tout cas, le taux de chômage très élevé de la jeunesse et la famine étaient les dossiers brûlants sur lesquels a été attendu  Macky Sall. Saura-t-il relever le défi de la gestion saine, transparente, et surtout la loyauté envers la coalition des 14 partis politiques qui ont fait bloc derrière lui, si l’on prend en compte les réalités qui ont toujours prévalu dans l’arène politique sénégalaise, dominée par le populisme et les coups fourrés? D’une manière générale, nos politiques ont eu la particularité d’avoir tous mis en avant des intérêts personnels, partisans et claniques ! Même si certains pensent qu’il est encore très tôt de juger le nouveau président, on ne doit pas être dupe : « chasser le naturel, il revient au galop » ! En tout cas, ce serait dommage que le « grand vainqueur », en l’occurrence le peuple soit comme à l’accoutumée berné et spolié. Une chose est sûre : le réveil a été brutal et rien ne peut plus être comme avant, malgré les turpitudes des politiques boulimiques.

Oui Macky, un « autre Sénégal serait possible » si vous aviez commencé par restituer au peuple votre fameuse part du butin de l’alter-noce. Vive la transparence et la justice sociale!

Diop Dame

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