L’Offshoring: Une piste sérieuse pour un marché d’emplois d’avenir au Sénégal, (thinktank-ipode)

Par Mohamed LY, thinktank-ipode

Dans le cadre de mes activités professionnelles je viens de raccrocher mon téléphone à l’issue d’une réunion de deux heures avec nos équipes en Inde. Le déroulement de la réunion a été laborieux. Les équipes françaises qui sont obligées de travailler en anglais avec les indiens sont mécontentes : la communication ne passe pas. Ce sont des problèmes d’expression, d’élocution et de culture. Les récriminations sont nombreuses et les conséquences sont fâcheuses. Le planning du projet risque de ne pas être tenu et l’enjeu est sérieux, il se chiffre en dizaines de millions d’euros. Et là j’en arrive à la raison pour laquelle je prends de mon temps pour écrire cet article et partager ma fin de journée avec vous : le travail que font les indiens pour plusieurs entreprises françaises et celles du monde occidental en offshoring pourrait être fait remarquablement par nos compatriotes au Sénégal. Parce ce que je suis convaincu d’une chose : nous avons un avantage concurrentiel certain sur ce marché inexploité par nos pays, où nous pourrons avoir une part de marché non négligeable surtout dans l’espace francophone.

A ce stade où la politique de l’emploi est un casse tête pour nos pouvoirs publics et peine à trouver ses marques, j’invite nos autorités en la matière d’explorer la piste de proposer aux grandes entreprises un offshoring de qualité et concurrentiel en terme de coût dans le domaine des systèmes d’information et des télécoms[ii]. Il y a là une niche de milliers d’emplois de haut niveau à créer au Sénégal dans quelques années. Je préconise de privilégier une vision stratégique construite en politique d’emploi que celle basée sur des effets d’annonce immédiat. Mettre en place cette stratégie aura besoin d’une volonté politique affichée et pour ce faire, nous avons déjà presque tout en place :

-Une connexion haut débit enviable installée du temps du président Diouf qui sur ce point avait vu juste et grand. Il parlait à souhait du rendez-vous des télécoms, des autoroutes de communication, des TIC etc. Sur le volet infrastructure on pourrait être assez vite opérationnel.

– En terme de formation et de qualité d’enseignement, l’école sénégalaise est respectée dans ce domaine. On a fini par faire nos preuves. L’ESP et l’UGB sont des bijoux qu’on nous envie dans le monde en voie de développement tellement la qualité des hommes qui y sont issus est reconnue. Je ne saurai vous combien des diplômés de l’ESP où je suis passé ont fini leur cursus dans les universités et les grandes écoles les plus prestigieuses du monde et exerçant des fonctions de haut niveau dans les plus grandes entreprises du monde. Ceci a fini de certifier la qualité de notre enseignement et du bon niveau de nos formations dans ce domaine. Et comment je pourrai ne pas évoquer l’engagement des professeurs comme Samuel Ouya, Alex Corenthin et autres… qui ont fait dans le département de l’informatique de l’ESP un travail largement au dessus de leur mission. Cet engagement que j’ai connu dans la qualité de l’enseignement et dans l’encadrement des étudiants du corps professoral va au-delà de l’exigence d’un travail bien accompli mais d’une vocation noble qu’ils se sont assignés de servir l’enseignement supérieur de notre pays. Pensées pieuses à Mr Ba ayant forméla promotion 2000 en technologies.

Au-delà d’une infrastructure de qualité et d’une qualité des ressources humaines incontestable, nous pouvons mettre en avant d’autres avantages concurrentiels certains :

-Dakar est à 1h de moins de Paris, Berlin ou Bruxelles que de New Delhi et d’au moins de 3H plus proche que de Bangalore. Le décalage horaire et les différences en durée de vol à eux seuls suffisent souvent pour changer certaines décisions stratégiques en notre faveur. Sur le marché francophone les grands clients du CAC40 viendront plus facilement vers nous vu nos accointances culturelles que vers les indiens qui ont une élocution pas toujours à leur avantage ce qui engendre souvent d’ailleurs dans tous les environnements professionnels où j’ai évolué des problèmes de communication dommageable à l’aboutissement des projets. Donc ce problème à lui seul comporte un facteur de risque non négligeable  et un frein à l’élaboration et au développement de grands projets souvent chiffrés à des centaines de millions de nos francs.

Si la volonté de prendre des parts de marché dans ce secteur est réelle, la décision doit en être vite prise et piloter avec prudence et professionnalisme. Il nous faudra naturellement des axes d’amélioration sur certains points évoqués plus haut pour faire de Dakar un futur « sillicon Valley » Ouest africain attrayant et générateur d’emplois.

Pour y arriver mes recommandations seraient les suivantes :

  • Evaluer et allouer un budget conséquent pour doter à l’ESP un campus de qualité qui sera aux normes internationales avec des infrastructures pédagogiques, sportives, de logement et culturelles de qualité. Sur les aspects pédagogiques je fais toute confiance au corps professoral.
  • Instruire à une agence comme l’Apix[iii] ou les directions compétentes de la fonction publique de faire une étude de marché bancable et des études commerciales prospectives pour évaluer et améliorer notre compétitivité pour notre future offre de service d’offshoring.
  • Initier un partenariat Etat-entreprises de télécom (la Sonatel surtout) pour la maintenance de nos réseaux et pour assurer une évolution facile de notre infrastructure pour le Campus et les entreprises futures qui s’y installeront. Ensuite veiller à être à niveau sur les standards de communication de pointe au niveau mondial[iv].
  • Nouer des partenariats avec les grandes entreprises majeures et propriétaires de solutions sur le marché mondial comme : Microsoft, Apple, Google, SAP, Delta, HP, Citrix  etc. pour un accès privilégié à leur hardware et software en année de formation pour les étudiants. Ainsi négocier avec ces derniers une participation conséquente dans le budget de Recherche & Développement du Campus en mode gagnant/gagnant.
  • Lancer une négociation entre les travailleurs du secteur, les syndicats de patron et l’état pour travailler sur un pacte de stabilité sociale dans ce secteur  adossée sur une convention collective avantageuse pour les travailleurs, une fiscalité attractive pour les partenaires privés qui accepteront de prendre part au projet. Ceci pour deux raisons le facteur de stabilité sociale et le coût de la main d’œuvre vont être les facteurs  clef de réussite de cette offre. Bien entendu ce projet d’envergure devra se doter d’une autonomie en énergie qui ne dépendra pas des recherches de solutions entamées pour résoudre ce frein à l’investissement qu’est notre déficit énergétique.
  • Instruire au ministère de l’enseignement supérieur  de négocier un campus commun dans la capitale de toutes les écoles supérieures « diplomantes » et accréditées pour une université unique et une uniformisation de la formation dans ce domaine de l’informatique et des télécommunications. La participation de l’état doit reflétée son ambition et je la chiffre au moins à soixante dix pourcent du budget. La prolifération des écoles de formation supérieure sans grands moyens dans ce domaine tend à déprécier le niveau global de notre pays.

De la mise en route de ces recommandations découlera une offre maîtrisée du Sénégal dans le marché de dizaines de milliers d’emplois dans l’offshoring des métiers du SI. Nous pourrons nous orienter dans la création d’entreprises de développement de qualité, de maintenance et de déploiement de solution. Mon ambition pour mon pays à travers ce projet n’est pas de se contenter du seul marché francophone où nos avantages sont un peu plus évidents. Mais de développer dans le programme pédagogique du futur campus les moyens nécessaires pour hisser le plus haut possible le niveau en anglais des étudiants pour être concurrentiels sur le marché mondial et d’aller explorer des parts de marché partout ou les projets de grande envergure seront lancés.

Je pense que ce rêve que je caresse est d’autant plus accessible que nous sommes perçus dans le reste du monde comme un pays stable, avec une démocratie mature et un peuple sympathique et tolérant. Cette image qu’on s’est construite est notre plus grande valeur ajoutée. Un pays où il fait bon de vivre, Dakar a un climat doux et une météo agréable. Il faudra que notre marché du travail assure à nos futurs clients une réduction de leurs coûts pour qu’ils se projettent sainement et avec intérêt dans ce projet qui pourra être mieux ficelé dans le détail où je n’offre que des pistes de réflexion modestes. Je parie qu’en prenant le risque d’explorer cette voie que ce régime fera gagner à notre pays avant les cinq prochaines années des milliers d’emplois directs et indirects autour du secteur des services.

M’adressant aux autorités étatiques et aux responsables des corps intermédiaires assurant le dialogue social je leur dirai que cette opportunité ne doit pas être négligée pour une paix sociale durable et pour un plus grand espoir dans l’avenir de notre jeunesse méritante.

Mohamed LY

Président Ipode.

[i] Cet article est un working paper qui sera enrichi et finalisé au sein des groupes de travail de Ipode. J’inviterai Mme Fatimata Baro experte en mise en place de certification qualité et en risque des universités d’enrichir le volet « qualité » du futur campus que j’évoque dans le texte. J’inviterai Me Kane d’explorer le droit social pour nous proposer des axes d’amélioration pour la mise en place d’une convention collective révolutionnaire. J’approcherai des décideurs du monde privé et des syndicats de patronat comme de travailleurs pour affiner et essayer d’être en adéquation par rapport aux exigences d’investissement et de qualité de vie au travail. Abdoulaye Wane expert dans les domaines de maximisation des investissements privés dans les pays en développement sera aussi mis à contribution dans la prochaine publication sur le sujet qui sera celle de IPODE.

[ii] Je ne suis pas sans savoir que l’expérience a été commencée par certaines entreprises françaises avec quelques pays du Maghreb qui sont à 2 heures d’avion et que les expériences n’ont pas toujours été heureuses. Mais la différence culturelle est un facteur non négligeable dans ce type d’entreprise. Le seul facteur de la langue n’explique pas ce que je considère être nos avantages concurrentiels. J’y reviendrai dans un texte plus construit

[iii] D’ailleurs évoquant l’Apix je ne suis pas sans savoir que sa première directrice connait très bien la problématique que je soulève. Et je sais de Paris ou je séjourne, qu’elle siège au conseil d’administration d’ATOS l’une des big five des sociétés de service en informatique de France. Je rappelle qu’elle est aussi conseillère spéciale du chef de l’état. J’ose espérer qu’elle n’est pas entrain de protéger une situation de rente pour ses partenaires étrangers de façon insidieuse contre nos intérêts stratégiques.

[iv] Il est important de réussir dans le domaine de mise en place d’infrastructures de qualité, de rassurer les clients qui viendront s’assurer de l’excellence de son état. Le secteur que j’évoque étant plus complexe que celui de la téléphonie où des choses intéressantes ont été faites et sont à encouragées (je pense au PCCI). L’état devra investir pour soutenir les entreprises dans l’acquisition d’un très bon réseau VPN IP qui est un minimum opérationnel avec la mise en place d’une sécurité informatique et de télécommunication nationale sans faille.

Source:thinktank-ipode

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