L’interventionnisme militaire d’Obama face à l’avancée commerciale de la Chine en Afrique

Le président Obama s’est appuyé sur sa carrière d’avocat constitutionnel pour étendre la violence et imposer son diktat impérial sur  l’Afrique. Il a fait la guerre à la Libye, pour, ensuite, nier l’avoir faite. Il envoie des troupes en Afrique et notamment  en Afrique centrale, au moment précis où l’Ouganda découvre d’immenses ressources  pétrolières. Les soldats sont-il en Ouganda pour protéger ce pays alors que son armée est bien capable de s’en charger ou veut-il tracer une frontière face à l’ « avancée commerciale de la Chine dans le bassin du Congo ».

Plus encore remarquable que ces récentes interventions ont été les opinons juridiques qu’a offertes l’administration Obama pour les conforter. Contrairement à l’opinion générale, la Constitution US ne permet pas au Président de déployer des  troupes selon son bon vouloir, même s’il est le Commandant en Chef. Elle ne donne le pouvoir de déclarer la guerre qu’au Congrès.

L’Africom au secours de brigades racistes anti-noirs
Il existe certes des cas de force majeure qui rendent le recours à la force militaire nécessaire avant toute déclaration officielle de guerre. Le Congrès vote alors une Résolution sur les Pouvoirs de Guerre (War Powers Resolution) autorisant le Président au recours à la force militaire lorsqu’il y a une loi spécifique le permettant ou si les Etats-Unis sont attaqués. « On a le droit de se demander si les circonstances qui pouvaient justifier juridiquement  l’utilisation de la force en Libye et en Ouganda étaient présentes ».  Cependant, cela n’a pas été un obstacle pour une administration apparemment déterminée à placer les forces US sur le sol africain.

Quand les « rebelles » libyens, du nom de « Brigade pour purger les esclaves/les noirs » qu’ils s’étaient donné, et autres ont commencé leur attaque contre le gouvernement libyen, accompagnée de lynchages systématiques de noirs, l’Africom (le commandement africain des Etats-Unis) s’est précipité au secours de cette populace violente se faisant passer pour des révolutionnaires. Ce faisant, ils ont mis en branle l’invasion massive de l’OTAN qui a conduit à l’odieux assassinat de Mouammar Kadhafi. Quand les hostilités ont commencé, le Congrès n’avait pas déclaré la guerre, aucune loi n’existait  permettant une attaque contre ce pays, ni la Libye n’avait, de quelque manière que ce soit, attaqué les Etats-Unis. Mais, en réponse à cette problématique, Obama, spécialiste reconnu en droit constitutionnel, a volontairement ignoré la Constitution pour se placer sous la Résolution 1973 du Conseil  de Sécurité de l’ONU.

De quelque manière que l’on interprète la Résolution 1973, il est impossible de conclure raisonnablement qu’à l’exception du recours immédiat à la force pour un changement de  régime, elle excluait toute autre solution de la crise libyenne. Elle en appelait particulièrement à l’Union Africaine pour envoyer « son Haut Comité ad hoc en Libye dans le but de faciliter le dialogue devant mener à des réformes politiques jugées nécessaires afin de trouver une solution pacifique et durable ».

Motif trouvé : les atrocités de l’Armée du Seigneur
Pareillement, dans le cas de l’Ouganda, l’Administration a récemment envoyé cent militaires US « avec une force additionnelle » devant être transférée dans un mois. La chasse à la direction de « l’Armée de Résistance du Seigneur » (dite responsable d’atrocités sur une grande échelle et de destruction pendant plus de vingt ans) a été expliquée au motif que la mission « sert les intérêts de la sécurité nationale américaine et la politique étrangère ». Et, là encore,  pas plus que pour la Libye, il n’y a eu de déclaration de guerre par le Congrès à l’encontre de l’Armée de résistance du Seigneur. Obama prétend que la possibilité d’envoyer des troupes de combat en Ouganda dérive d’une loi de 2010, appelée « Désarmement de l’Armée de Résistance du Seigneur et  Récupération du nord de l’Ouganda ».

Il est vrai que cette loi déclare que la politique officielle des Etats-Unis est « de travailler avec les gouvernements régionaux à une solution globale et permanente du conflit en Ouganda et d’autres régions touchées en fournissant un soutien politique, économique, militaire et des renseignements à des efforts multilatéraux en vue de la protection des civils ».

Or, ce texte impose certaines instructions spécifiques au Président dont le rôle est de tout simplement élaborer un plan qui devrait :
-renforcer les efforts des Nations unies et des gouvernements de la région pour faire face à l’Armée de Résistance du Seigneur ;
– évaluer les options pour une coopération US avec les gouvernements régionaux ;
-présenter un plan de différentes agences pour revoir la politique US en rapport avec l’Armée de Résistance du Seigneur ;
-décrire les engagements diplomatiques dans la région.

Même si nous supposons que le pouvoir de déployer des troupes en Ouganda est implicite dans la loi de 2010, le texte est suffisamment ambiguë pour que le président Obama ait pu y trouver aussi et facilement un moyen de ne pas utiliser la force militaire. Et, on en revient ainsi  à la question du pourquoi l’Administration Obama s’est senti obligée de, soit déformer, soit interpréter la loi de façon à ce que cela conduise au recours à la force militaire en Libye et en Ouganda.

L’Ouganda, bientôt grand producteur de pétrole
Pour ce qui est de la Libye, la réponse qui saute aux yeux est que les réserves pétrolières du pays doivent être sous un contrôle total. Les efforts incessants de Kadhafi pour l’unité africaine et une indépendance totale par rapport à  l’Occident ont fourni la « carotte »  supplémentaire.  Mais, l’Ouganda ? Historiquement, il n’a jamais été vu comme une cible pour une intervention militaire centrée sur le pétrole.

Un article de The Economist, l’an dernier,  fournit quelques réponses quand il remarquait : « l’Ouganda sera bientôt un moyen producteur de pétrole du type du Mexique. Les investissements étrangers en Ouganda devraient doubler cette année pour atteindre les 3 milliards. Le pays s’attend à recevoir deux milliards par an de revenus pétroliers d’ici à 2015 ».

L’article présentait d’autres indices expliquant les motivations américaines quand il observait  que le Président ougandais « …semblait ébloui par les promesses des Chinois de les aider à construire une raffinerie de pétrole et à produire des plastiques et des engrais à partir du pétrole…. Plusieurs gouvernements et compagnies  occidentaux, envieux, veulent arrêter la progression de la Chine dans le bassin du Congo avec ses immenses réserves de minéraux et de bois ».

Le monde africain est las de certaines positions, trop nombreuses, qui vont du maintien inébranlable de l’Africom par l’administration Obama et du recours généralisé à la force militaire pour protéger les intérêts des multinationales occidentales. Mais le pire est l’usage opportuniste ou la distorsion des limites juridiques du pouvoir exécutif pour accomplir les objectifs des multinationales en Afrique. C’est dramatique que des gens de bonne volonté puissent examiner un registre de lois et y voir des occasions de résolution de crises pacifiquement et que, parallèlement, l’Administration Obama y voit, elle, des occasions de violence et de renforcement de son  diktat impérial sur un continent exploité et meurtri.

Mark P. Fancher *

Traduction : Xavière Jardez – titre et intertitres : AFI-Flash

* Titre original: Obama’s Tragic Rorschach Perceptions of the Law, Africa and Military Intervention (Black Agenda Report – 25/10/11)

 

Source: ossin.org

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