L’impasse occidentale en Syrie

C’est avec beaucoup de cynisme que des diplomates occidentaux en poste au Liban sont en train de dire aux journalistes qui les rencontrent que la communauté internationale ne pourrait pas accepter que la Syrie bascule entre les mains des extrémistes islamistes, cette hypothèse étant la plus mauvaise pour « Israël », principal allié des Etats-Unis.

Un an et quatre mois après le déclenchement de la révolte en Syrie, la communauté internationale qui n’a cessé de mettre la pression sur le régime syrien par tous les moyens possibles (appui total à l’opposition en armes, formateurs et fonds et guerre médiatique sans précédent) se retrouve aujourd’hui au pied du mur, ne sachant comment éteindre le feu qu’elle a allumé.

L’idée de départ était de provoquer la chute rapide d’un régime violent et impopulaire pour mettre aux commandes de la Syrie un pouvoir plus malléable et plus sensible aux intérêts des Américains et de leurs alliés israéliens. Mais d’une part, le régime de Bachar Assad a montré qu’il était beaucoup plus solide que prévu et qu’il jouissait d’une grande popularité au sein de la population syrienne, et d’autre part, la relève n’est pas si facile à trouver, surtout après le chaos qui règne en Egypte et ailleurs avec l’avènement des Frères musulmans et la fin des régimes dictatoriaux alliés à l’Occident.

Comme d’habitude, la communauté internationale ne veut pas avouer son échec et elle continue à alimenter l’opposition syrienne en armes sophistiquées et en fonds pour maintenir la crise en Syrie, dans l’espoir de parvenir à marquer des points. La nouvelle thèse en vogue dans certaines chancelleries occidentales prévoit le remplacement de Bachar Assad par un homme du régime, pour ne pas aboutir au même chaos qui a régné en Irak lors de l’invasion américaine, laquelle s’était empressée d’éliminer toutes les structures étatiques en place.

Sans la moindre honte, certains diplomates précisent que le régime actuel syrien a du bon dans la protection des minorités et parce qu’il assure une certaine stabilité dans la région, notamment à la frontière avec « Israël ». Le problème, ajoutent-ils, c’est le président lui-même, qui a trop fait couler le sang de son peuple et avec lequel les représentants de l’opposition ne veulent pas dialoguer.

C’est pourquoi il faudrait donc le remplacer en maintenant en place le régime avec toutefois des réformes politiques en vue de plus de démocratie.  Seize mois de révolte, de sang, de terreur pour aboutir à un tel constat ? A moins que pour la communauté occidentale, les Arabes étant des demeurés, ils ne mériteraient donc pas de véritable démocratie, juste quelques miettes jetées en appât pour faire taire les opinions publiques internationales et surtout, surtout, il ne faut pas leur laisser leur dignité, l’essentiel étant de préserver les intérêts de l’Occident.

Ces thèses montrent en tout cas une fois de plus, l’incompréhension totale des occidentaux face aux peuples arabes et aux enjeux stratégiques. D’abord, les Syriens montrent chaque jour qu’une grande partie d’entre eux reste attachée au président qui symbolise à leurs yeux, leur dignité et leur indépendance. Toutes les tentatives menées jusqu’à présent  (et Dieu sait s’il y en a eu !) pour obtenir la défection d’une personnalité importante du cercle proche de Bachar Assad ont échoué. Seize mois après le début de l’insurrection, celui-ci continue  de bénéficier du soutien d’une armée cohérente et de la plupart des institutions de l’Etat.

En même temps, de nombreux groupes de l’opposition se sont transformés en milices armées, rejetées par la population. Enfin, sur le plan stratégique, le président syrien bénéficie de l’appui total de la Russie qui verrouille toute intervention militaire menée par l’ONU et refuse toute transition qui n’obtiendrait pas l’aval du peuple.  Le dossier syrien est ainsi devenu un casse tête pour l’Occident, qui faute de pouvoir le résoudre à son avantage, préfère encore laisser couler le sang syrien dans l’espoir de parvenir à enregistrer ne serait-ce qu’une victoire symbolique…L’Occident revoit ses ambitions au rabais mais laisse brûler la Syrie parce qu’il n’a pas de solution de rechange et ne peut pas accepter la défaite. Pour des défenseurs de la démocratie, on peut faire mieux…

Soraya Hélou

Source: french.moqawama.org

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