Libre opinion – Mali: conchions sur le serval français semi colonial en menant la guerre aux djihadistes et à la recolonisation

« Quant à ceux des pays, hier encore sous tutelle, qui ont acquis l’indépendance, ils retombent bientôt sous contrôle discret, touchant au vif des intérêts, et qui ne leur laisse que les apparences de la souveraineté, celle qui enchantent de jeunes cœurs : drapeaux sur les édi-fices publics, jouets coûteux d’une marine ou d’une armée. Et si chez nous, en Afrique ou en Asie, des évolués à courte vue, escomptant le départ de la France imaginent un avenir selon leurs rêves, faut-il leur répéter
que les ressources de leur pays, sa position stratégique les inscrivent fatalement dans l’orbe d’une grande puissance qui n’accepterait pas un jour que le désordre, maladie de croissance, s’installât au mépris des
intérêts généraux du monde »
Georges R. Manue, 1948.

Lapsus révélateur, culot outrecuidant et provocateur ou chef de guerre qui se sait en territoire conquis d’avance avec des préfets-présidents ouest-africains acquis à sa cause impérialiste ? La France ne s’en cache pas. C’est vrai qu’il n’y a rien à cacher : la France n’est pas seulement une « garce », comme le disait le groupe de rap Sniper, elle et sa dernière intervention au Mali sont aussi néo coloniales. Elle qui n’a rien trouvé de mieux comme nom de code que « Serval » cet animal qui urine une trentaine de fois par jour pour marquer « son » territoire sahélien.
L’histoire a souvent été cruelle avec l’Afrique et les peuples africains. Devoir choisir entre la peste et le choléra ! Participer à l’intervention semi coloniale ou jeter les hordes djihadistes contre le peuple frère malien ? Tel semble être le dilemme dans lequel nous place le semi colonialisme.

Il est heureux de constater que l’impérialisme des haut-parleurs et porte-plume du grand capital, tous les jours pris en flagrant délit de mensonge, s’effrite d’ingérence en ingérence grâce à toutes les autres voix qui inlassablement à travers plusieurs canaux contribuent à décoloniser l’information.
Il est évoqué fort justement les matières premières que sont l’uranium, le pétrole, le gaz…pour expliquer l’intervention de la France.
L’actuelle guerre injuste au Mali est le résultat d’un processus cinquantenaire – n’en déplaisent à ceux qui, sous prétexte du refus de remonter aussi loin dans l’histoire, révèlent leur nature de suppôts du semi colonialisme – ayant eu comme déclic une autre guerre toute aussi injuste en Lybie.
Cinquantenaire ? Déjà en 1958, Michel Debré faisait remarquer : « on parle beaucoup de l’Eurafrique. C’est un mot qui cache des pensées grandioses et d’autres malsaines. Derrière la vision d’une entente entre le monde blanc et le monde noir, certains dissimulent leur calcul : associer, dans un échange inégal, les matières premières de l’Afrique et la capacité industrielle de l’Europe ».
Près de 12 mois qu’a duré la « drôle de guerre ». « Drôle » en ce sens que ATT envoie aux fronts des militaires sous-équipés qui servent de chairs à canon. « Drôle » car le matériel qui manque à l’armée malienne est bloqué dans des ports de l’Afrique de l’Ouest (Dakar, Abidjan…). La tactique française a consisté à nous ressortir un vieil épisode de la triste période vichyste pendant laquelle – tel que établi par le procès de Riom – l’armée française est livrée à l’ennemi nazi pour démoraliser les troupes maliennes, livrer les 3/4 du Mali aux fondamentalistes religieux… Cette guerre « drôle » pour tous sauf pour les familles des soldats et le peuple malien est la cause du coup d’Etat du 22 mars date éponyme du mouvement populaire du 22 mars le MP22.
Toutes les conditions sont alors réunies pour que le « sauveur » français intervienne suscitant entre autres réactions escomptées l’ « admiration » (sic) béate du ministre des affaires étrangères du Sénégal Mankeur Ndiaye.
Entre temps, la CEDEAO, dirigée par le préfet aux ordres de la France Alassane Ouattara, impose une période de transition anti constitutionnelle contre le peuple malien.
L’intervention française n’est pas dirigée contre l’intégrisme avec lequel France-USA-Grande Bretagne s’acoquinent en Libye, en Syrie…Pas plus que l’intervention française ne vise à défendre les maliens. En réalité, l’ennemi est le peuple malien dont on a peur. On redoute qu’il se redresse, tienne tête aux intégristes et, par voix de conséquence, prenne en main ses propres affaires en transformant la guerre en guerre nationale pour la liberté et l’indépendance. C’est la raison pour laquelle le peuple malien est exclu de la lutte contre les djihadistes. Cela ne suffit pas psychologiquement de développer un complexe d’infériorité chez les maliens et les autres africains. Il faut surtout tout diriger pour tout contrôler dans le sens des intérêts français quand la « paix » sera revenue.
L’esprit de l’intervention française c’est l’esprit de la guerre au service de l’industrie française. Mais il fallait faire apparaître son intervention comme nécessaire. Alors quand Fabius ose un « sans l’action de la France il n’y aurait plus de Mali » il faut lui rétorquer que sans l’action de la France Modibo Keïta n’aurait pas été assassiné, la boite de pandore n’aurait pas été ouverte avec l’assassinat de Khadafi…et le Mali et l’Afrique s’en porteraient beaucoup mieux. En réalité, sans ses possessions la France ne peut continuer à exister sur le plan international.
Ni sécurité alimentaire, ni sécurité financière et monétaire, la preuve par le Mali est faite, s’il en était besoin, que nous n’avons pas de sécurité militaire. Tel est le résultat de cinquante ans de pacte néo colonial. Une faillite totale !
Dans le cadre de la guerre au Mali, deux problèmes, impliquant des objectifs pour les progressistes maliens et africains, se posent. Nous imaginons, sans savoir de manière précise, le drame vécu par le peuple malien et sa légitime aspiration à la paix qui passe par la libération du Mali des hordes de barbares enturbannés. Mais il est de notre devoir de dire qu’il ne doit être fait ni le choix de la peste djihadiste ni le choix du choléra semi colonial avec ses barbares « encostumés ».
Le problème d’avenir. Il s’agit de chasser le semi colonialisme et ses suppôts à la tête de l’Etat malien. Edifier un Etat souverain dans tous les domaines y compris militaire dans une perspective panafricaine pour ne pas être à la merci de toute tentative de restauration de la réaction impérialiste ou médiévale.
Problème immédiat. La tâche urgente est de chasser les djihadistes et de maintenir l’intégrité du territoire malien. Cependant force est de dire que la manière de réaliser cette tâche est aussi importante que l’objectif. C’est au peuple malien et à ses forces vives qu’il revient de libérer le Mali. Toutes les autres aides ne viennent qu’en appoint et sur leur demande.
En attendant, permettez qu’avez les deux Saïd nous disions : nique la France impérialiste !
Permettez qu’avez Aragon, nous conchions la France impérialiste.

Tambacounda, le 23 janvier 2013

Guy Marius Sagna
Coordonateur du M23 de Tambacounda, Sénégal

Sources :
[1] Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa, Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la françafrique 1948-1971
[2] Sniper, La France
[3] Guy Marius Sagna, Mali, afghanisation et sahelistan : des responsabilités des pompiers de la communauté internationale et de la CEDEAO
[4]Section centrale d’éducation du parti communiste français, Les communistes et la Guerre, Novembre 1944
[5] Radio Télévision du Sénégal, Journal télévisé

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