L’Histoire est têtue… – Voici les vrais « amis » d’Al Qaida en Afrique de l’Ouest !

Ainsi donc, le Front populaire ivoirien (FPI), parti d’obédience sociale-démocrate, pionnier du mouvement pour les libertés sur le continent, dont le retour au sein de l’Internationale socialiste est réclamé par la majorité des partis africains, dont certaines figures de proue ont été caricaturées en boutefeux évangéliques ultras et pro-israéliens par-dessus tout, serait le nouvel allié d’Al-Qaida sur le continent. Les meneurs de la campagne qui tente d’accréditer cette thèse confuse se fondant sur un rapport ( ?) dont ils disent qu’il a été déposé sur la table du Conseil de sécurité – ce que dément la porte-parole de l’ONUCI – seraient en tout cas bien inspirés de s’informer sur l’histoire du réseau Al-Qaida en Afrique.

Après les attentats du 11 septembre 2001, tout ce que l’Occident compte d’experts dans les domaines du renseignement est sur les dents. Comment la nébuleuse Ben Laden a-t-elle réussi à se financer ? La piste des diamants africains est privilégiée. Et à propos de ces trafics discrets, se retrouvent cités deux alliés inconditionnels de la Françafrique : Charles Taylor et Blaise Compaoré. C’est en tout cas ce qui ressort d’une longue enquête des services secrets européens, citée par le Washington Post du 29 décembre 2002, dont les révélations sont reprises par Le Monde du 7 janvier 2003, sous la plume de Marc Roche, spécialiste du monde de la finance.  «La filière Al-Qaida opérait également depuis Anvers via la société ASA Diam fondée en 1998 par deux cousins libanais, Aziz Nassur et Sammy Ossailly.

Selon une longue enquête des services secrets européens, citée par le Washington Post le 29 décembre, cette compagnie aurait écoulé pour au moins 20 millions de dollars de diamants exportés illégalement par Al-Qaida de la Sierra Leone. Les deux intermédiaires agissaient pour le compte d’Ibrahim Bah, ancien rebelle sénégalais entraîné en Libye et principal revendeur de diamants fournis par le Front révolutionnaire uni (RUF), le mouvement rebelle de Sierra Leone. Ces diamants auraient été transportés à Monrovia avec la complicité du président du Liberia, Charles Taylor. D’après les enquêteurs, en échange de cette aide, ce dernier aurait reçu 1 million de dollars de Nassur. Le président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, aurait également été partie prenante de ce système de blanchiment», écrit Marc Roche.

Ibrahim Bah, un homme bien en cour à Ouagadougou et auprès des djihadistes

Le nom d’Ibrahim Bah avait déjà été évoqué par le Washington Post le 2 novembre 2011, moins de deux mois après les attentats du 11 septembre. Ce qui avait poussé ‘’Le Monde’’ à lancer ses propres investigations sur le personnage – investigations menées par Marc Roche, Stephen Smith… et l’auteur de ces lignes. Le Monde confirme que le sulfureux M. Bah, accusé d’avoir servi d’intermédiaire à Abdullah Ahmed Abdullah, un proche d’Oussama Ben Laden, fait bel et bien partie de la «Compaoré Connection». « (….) Selon notre enquête, il faisait déjà partie, au côté de Charles Taylor, du petit groupe initial qui a déclenché, fin 1989, l’insurrection au Liberia. En réalité de nationalité gambienne, ayant l’anglais pour langue maternelle, il a par la suite prêté main-forte à Foday Sankoh lorsque celui-ci a importé la guerre dans son pays, la Sierra Leone. Marié à une Nigérienne, il a servi d’homme de liaison entre les mercenaires anglophones et francophones de la déstabilisation de l’Afrique de l’Ouest commanditée par la Libye. Il s’est discrètement installé à Ouagadougou, où il se fait appeler «Commandant Maurice». Selon un ancien compagnon, il aurait disposé d’un passeport diplomatique burkinabé. Mais le ministère des Affaires étrangères à Ouagadougou dément cette allégation», révèle le quotidien fondé par Hubert Beuve-Méry.

Dix mois plus tard, le duo Charles Taylor-Blaise Compaoré, diabolisé pour ses ingérences meurtrières en Sierra Leone, attaque la Côte d’Ivoire sous le faux nez d’une rébellion conduite par Guillaume Soro – qui s’assume désormais comme le «bon petit» de l’homme fort de Ouagadougou, auprès de qui il continue de multiplier les actes d’allégeance. A la grande surprise des Ivoiriens, ce qui est considéré comme inacceptable à Freetown est, pour l’Occident, compréhensible à Abidjan. Taylor et Compaoré sont invités à la conférence internationale de Kléber, où Jacques Chirac, président français, et Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies, «déshabillent» Gbagbo pour «habiller» Soro – la créature de Compaoré. Cela est juste et bon, nous assure-t-on.

Il n’empêche que «les diamants du sang» ouest-africains demeurent sous haute surveillance. Le journaliste américain Douglas Farah publie «Blood from stones», un long livre d’enquête dans lequel il défend la thèse des liens financiers entre Charles Taylor et sa galaxie, dont fait partie Blaise Compaoré, et Ben Laden. Les embargos contre les «diamants du sang» ouest-africains commencent à pleuvoir, et c’est dans cette mouvance que les gemmes ivoiriens, surtout extraits dans le Nord tenu par les rebelles, sont interdits à l’exportation.

Des proches des émirs d’AQMI à Séguéla

Le 11 avril 2011, «le grand méchant Gbagbo» chute. Tout va pour le mieux dans la meilleure des Côte d’Ivoire possible, veut-on nous faire croire. Mais les services de renseignement américains s’inquiètent, nous apprennent les périodiques Africa Mining Intelligence et La Lettre du Continent. Sans, bien entendu, susciter le buzz que l’on observe aujourd’hui sur le rapport non confirmé des experts onusiens à propos des pro-Gbagbo. «Alors que les Nations unies maintiennent toujours leur embargo sur l’exportation des pierres précieuses ivoiriennes, le ministère des Mines, du Pétrole et de l’Energie, dirigé par Adama Toungara, n’a toujours que peu de contrôle sur certains gisements situés au Nord du pays, comme ceux de Séguéla et Tortiya. Ces sites restent aux mains de clandestins et de trafiquants bénéficiant localement de la protection d’éléments de la rébellion des ex-Forces nouvelles (FN)», écrit La Lettre du Continent. Africa Mining Intelligence rapporte que deux agents de la CIA (Central Intelligence Agency) auraient été dépêchés en Côte d’Ivoire parce que les autorités américaines soupçonneraient la filière, notamment contrôlée par le chef de guerre pro-Ouattara Hervé Touré dit «Vetcho», de financer le terrorisme salafiste. Raison invoquée : la présence permanente sur les sites de personnes liées à des émirs d’AQMI.

C’est donc une décennie de soupçons et de regards tournés vers l’alliance Taylor-Compaoré-Soro-Ouattara, qui n’ont  au demeurant jamais intéressé plus que cela les «africanistes» de la presse internationale, qui viennent d’être passés à la trappe. Au profit d’une «vérité» nouvelle et visiblement plus «vendeuse» qui se fonde sur un document qui circule sous le manteau, et qui n’est que très vaguement rapporté – même de simples extraits cités tels quels ne sont pas pour l’instant disponibles.

Théophile Kouamouo

 

Source: nouveaucourrier

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *