Les temps modernes: pour une éthique du futur

Il est indéniable que l’homme est un animal pas comme les autres. Doué de raison, il possède en même temps une singularité d’être rationnel, c’est-à-dire qu’il est en état de rendre compte de ses motivations, de ses actions. On reconnait, par ailleurs, à certains égards, qu’il sait garder une mainmise sur la nature en entreprenant de grands exploits. Pourtant, avec le temps, de par toutes ces vraisemblances auxquelles nous avons fait face, il a de surcroit réussi à nous prouver qu’il avait des limites, quant à sa faculté de parfaire le monde sans embûche, à changer le paysage de la vie en le parant des plus extraordinaires et performants outils modernes. Lesquels outils de modélisation de la vie humaine, tant leurs bienfaits sont plus en vue, alors qu’ils concentrent des méfaits conséquents, font quelquefois oublier à l’homme qu’une action qui implique une forme d’égoïsme peut nous conduire à la décadence.

Il ne s’agit pas de dire les choses de manière simpliste, puisque les faits qui se présentent sous nos yeux, entre autres les dégâts naturels, les problèmes environnementaux dus à la pollution de l’air ou à la déforestation, le réchauffement de la planète, une surexploitation faramineuse des ressources naturelles, sont symptomatiques d’un problème de taille qui interpelle toutes les nations et tous les hommes. Tous ces faits sont le résultat de processus décisionnels, de systèmes ou centres de pouvoir par les idées. Des idées rationnelles qui se dissimulent dans des calculs en terme d’intérêt ou de profits et qui ont pourtant des conséquences néfastes sur le cours de la vie humaine.

Cela dit, force est d’admettre que l’homme a eu l’amabilité de se fourrer lui-même dans un sacré pétrin, alors qu’il était certain de ses potentiels intellectuels, pour avoir eu foi en le progrès par les sciences. Il a donné naissance à un monde constellé de nouveaux outils technologiques efficaces pour faire face à tous les problèmes de notre ère. Dans son dessein d’apporter à son semblable un nouveau mode de vie adapté à ses exigences qui puissent répondre aux enjeux de la modernité, l’homme a généré une part non négligeable d’attitudes, d’émotions qui font que cet être fini intelligent est devenu victime de son propre succès, de ses entreprises innovantes et innovatrices, toujours à la quête d’un objet de décors. Nous sommes devenus esclaves de tous les objets que nous avons engendrés. Nous n’avons plus, ni le courage, encore moins la capacité de sortir de cette modernité poussée à l’extrême.

Quand bien même nous tentons de réfléchir à l’avenir de l’humanité, comme le montre l’idée d’une philosophie de vie qui veut s’allier à ce qu’on a appelé écologie qui n’est rien d’autre qu’une volonté de changement des mœurs, un retour vers la tradition, les anciennes pratiques qui prennent en compte les modes d’habitation, de consommation, d’utilisation modérées des ressources naturelles. En un mot, une forme d’éthique universelle. Aujourd’hui, nous vivons dans l’espoir de trouver des solutions à nos problèmes, de nous réconcilier avec nos vieilles habitudes. Malheureusement, quand nous parlons d’une incapacité de l’homme à renier de façon radicale tout ce qu’il reconnait être à l’origine de tous ses maux, il s’agit assurément de se refuser un « éternel retour », une réincarnation, une possibilité de revivre une autre vie, un autre contexte ou réalité. Cet esclavagisme, cette absence de courage quant à mettre de rebut une espèce de morale utilitariste, c’est-à-dire ne penser qu’à ce qui fait son bien au détriment de l’humanité, de l’environnement terrestre, une absence d’une « éthique du futur », est un problème majeur qu’il importe de combattre avant tout. Dès lors, en admettant cette position, il faut réfléchir à comment la mettre en oeuvre. Pour ce faire, il incombe à chacun de nous appliquer profondément cette éthique du futur qui n’est rien d’autre qu’agir dans le présent en gardant un œil sur l’avenir, prévenir les dangers auxquels nous pouvons exposer la postérité. Pourrions-nous, au surplus, appeler cela, un « impératif catégorique » qui s’imposerait entre moi, le présent, et les autres, le futur.

Néanmoins, bien vrai que nous puissions chacun à notre niveau, adopter cette vision, il n’est pas certain que nous puissions y parvenir, réinventer un monde où les hommes n’auront peut-être pas vraiment besoin d’internet pour promouvoir leur vie économique, d’électricité pour survivre la nuit sans peine. Ce n’est encore là qu’une utopie mais on gagnerait quelque chose à partir du moment que l’on pense de cette manière. Et s’il y a à perdre, on se retrouvera dans une vie avec le web sans que les hommes soient en mesure de s’en détacher. C’est une question problématique. Je crois avoir la certitude qu’à ce stade où l’information est à un pas de nous, tous les hommes préféreraient un monde sans web et où toutes les relations humaines seront comblées sans aucun mouvement extérieur qui puisse venir le dérégler.
Une éthique du futur, vivre pour le futur, est un principe qui n’est pas facile à entreprendre. Ce qui est étrange, c’est que nous l’adoptons chaque jour parce que nous nous soucions du lendemain. L’ambiguïté réside dans le fait que nous préparons notre futur à court terme, tel le souci d’avoir un peu d’argent demain pour pouvoir se nourrir, s’abriter, etc. C’est distinct de cette éthique qui envisage les choses à long terme, par exemple veiller à protéger la terre, adopter une philosophie de vie qui s’inspire de l’écologie, qui dans une longue échéance, mettra la postériorité à l’abri d’ennuis d’ordre environnemental ou autres. Nous savons, en effet, que nous sommes ensevelis dans un système ou chaque individu, sujet, ou encore esclave, a le sentiment profond que le métier qu’il exerce ne l’appartient guère. Il ressent une contrainte des systèmes et il se soumet. Il craint étant donné qu’il ne voit pas clairement le fondement de cette contrainte. C’est pour cette raison que l’on doit comprendre que la difficulté, dès qu’il est question de mise en oeuvre de cette éthique, réside dans le simple fait que les individus se retrouvent pris au piège à l’intérieur d’un système qui les transcende et les opprime. Cette oppression par les systèmes que sont les institutions, les structures économiques, l’Etat, la pensée commune, les mœurs, l’angoisse collective, fait rejaillir chez chaque individu une angoisse ou la crainte de voir sa carrière dans la vie économique s’ébranler. Ce qui nous emmène à avancer l’idée selon laquelle que tous nos soucis, nos problèmes d’ordre social ou politique sont à la base des problèmes d’ordre économique. Du moins on en afflige et on n’arrive pas à se désincarner, ce qui explique l’avènement d’une société de consommation. L’économique effraie le politique et tout retombe sur le social. Mais, bien entendu, si nous voulons résoudre ces difficultés, il faut aussi partir de la base de la pyramide qui a produit l’économique ou le politique, c’est-à-dire le social. Il s’agit d’aller puiser à la source des idées notoires à même de répondre à nos attentes et besoins pour créer un monde meilleur.

Une bonne éthique envisageable repose sur une force collective qui entend défendre des idées positives. Nous parlons là d’une association d’individus, ou d’acteurs sociaux, économiques et politiques dont la seule vocation sera de faire preuve de pragmatisme par le recours à des formes d’action collective qui puissent ébranler toutes les nouvelles ou anciennes formes d’exploitation, tout utilitarisme désinvolte, tout « égoïsme rationnel ». Il faudra se préparer au pire si jamais nous ne nous efforçons pas de nous lancer dans des mécanismes d’actions soutenues par l’ensemble des individus qui veulent œuvrer au service de leurs nations, et à celui de la terre, parce que cette problématique interpelle tout le monde.
Nous sommes témoins aujourd’hui de tous ces mouvements de masse. Car les hommes ont pris conscience de leur potentiel et ont la certitude que s’ils ne font rien, il y a plus de chance pour qu’ils frôlent le danger. Danger qu’il faut éviter. Il est certain que nous sommes perpétuellement en butte au danger, seulement nous devons éviter le pire. Et c’est pour cette raison que ceux qui nous gouvernent ne doivent oublier qu’ils sont peut-être les plus musclés dans leur psychisme pour nous dégager d’un risque. A quoi servirait la science? En tout cas, la réponse qu’on en donne c’est qu’elle utile au progrès. La prudence est une espèce de science. Et si le progrès est ce qu’on souhaite, dans ce cas importe-t-il de faire usage de nos sciences de façon bienveillante. On aura quand même remarqué que toutes les bonnes actions qui aspirent à sauver une société, encore mieux, sauver la terre de ce qui l’offense, ont leurs origines des milieux publics, aux antipodes de l’entité étatique s’identifiant aux attentes de ses sujets qui la servent alors qu’elle ne sert pas forcément l’intérêt général.

Cire Ciré
ericthilogne@hotmail.com

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