Les réserves américaines de pétrole ne sont plus si stratégiques

Les circuits d’urgence sont orientés du sud au nord, alors que le paysage pétrolier US change aujourd’hui de sens. Les réserves stratégiques de pétrole aux États-Unis ne sont plus vraiment aussi stratégiques qu’avant.
Alors que le président Barack Obama mise sur une nouvelle libération des stocks d’urgence du pays pour contrer l’envolée des prix du carburant, les experts notent que les bouleversements logistiques frappant le paysage pétrolier américain pourraient compliquer ses projets.

Certes, le fait de puiser dans les quatre gigantesques cavernes de sel de la côte du golfe du Mexique – qui renferment 700 millions de barils de brut appartenant à l’État fédéral américain – ferait quasi certainement baisser les cours mondiaux du pétrole, soulageant les usagers à la pompe et apportant un coup de pouce à Barack Obama avant l’élection de novembre.


Jeudi, le prix du baril de brut a perdu jusqu’à trois dollars après une information de Reuters selon laquelle la Grande-Bretagne envisageait avec les États-Unis une libération de réserves pétrolières stratégiques dans le courant de l’année.
Des responsables britanniques ont précisé que le calendrier et les volumes envisagés seraient détaillés avant l’été, quand les prix du pétrole atteignent souvent un pic.
Mais l’organisation logistique d’une telle libération de brut vers les raffineurs volontaires est plus compliquée que jamais : s’il ne fait guère de doute que le pétrole des réserves d’urgence trouvera au bout du compte des acheteurs, il risque de leur parvenir plus lentement que ne l’espère le gouvernement.
L’inversion d’un pipeline-clé reliant le Texas à L’Oklahoma va réduire la capacité de libération de la principale caverne de réserves pétrolières, relève ainsi John Shages, chargé des stocks d’urgence sous les administrations Bush et Clinton.

Un système d’un autre temps
L’essor des huiles de schiste et des importations de brut issu des sables pétrolifères du Canada a transformé le paysage américain de l’énergie. Le secteur s’efforce à présent de déplacer un trop-plein de pétrole du centre du pays vers le golfe du Mexique, inversant la logique qui sous-tendait l’organisation des réserves stratégiques nationales.
Les réserves d’urgence des États-Unis, créées par le Congrès américain après le choc pétrolier au milieu des années 1970, étaient en effet conçues de façon à transporter principalement du pétrole par pipelines reliant le golfe aux raffineries de la région et aux autres acheteurs situés plus au Nord.
« Le fait que les pipelines aillent (désormais) vers le sud et non vers le nord est un changement majeur », souligne Edward Morse, chargé de la recherche sur les matières premières pour Citigroup et anciennement expert énergétique au sein du département d’État américain.
D’après le département de l’Énergie, les réserves stratégiques américaines peuvent distribuer du pétrole vers 49 raffineries avec une capacité de plus de cinq millions de barils par jour (bpj) – environ un tiers de la capacité totale du pays.
Elles sont conçues pour libérer du pétrole dans un délai de deux semaines après commande et pour soutenir un rythme d’un million de bpj pendant un an et demi, permettant ainsi de répondre à 5 % de la demande américaine.
Elles peuvent aujourd’hui libérer du pétrole à un rythme maximum de 4,25 millions de bpj, en raison de dégâts sur l’une des citernes de stockage, précise un responsable du département de l’Énergie.
Mais les analystes du secteur pétrolier sont sceptiques.
Edward Morse juge ce rythme irréaliste et souligne que des problèmes logistiques ont limité l’été dernier la marge de manœuvre du gouvernement dans sa libération de 30 millions de bpj – la plus large de l’histoire des États-Unis – en réponse aux troubles frappant l’approvisionnement en pétrole libyen.
Le pétrole issu des réserves stratégiques se trouvant en concurrence avec le brut déjà transporté par pipelines ou pétroliers, sur des voies navigables souvent surchargées, les capacités logistiques du pays pourraient se révéler insuffisantes pour absorber rapidement des millions de barils supplémentaires.
Le département de l’Énergie avait libéré en moyenne 743 000 bpj en août dernier.

(Source : Reuters)

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