Les nord-coréens font mentir Jean-Paul Sartre

Le 25 juin 1950, la Corée du Nord se jetait sur sa sœur du Sud dans l’intention nette d’écraser le gouvernement démocratique soutenue par les Américains, sous fond de Guerre froide.

Lorsque la Corée du Sud se réveille en ce 25 juin 1950, ce fut pour se retrouver assaillie et bombardée par une armée nord-coréenne préparée de longue date à cet assaut et décidée à en finir dans les plus brefs délais. La Corée avait été préalablement le fait de tractations entre les alliés d’autrefois, les Etats-Unis et l’Union soviétique au moment de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les alliés avaient obtenu des Soviétiques leur entrée en guerre contre le Japon pour accélérer l’effondrement du dernier pays de l’Axe encore en lice et décidé à se battre jusqu’au bout de ses ressources.

L’intervention voit l’arrivée des troupes Soviétiques dans la région, et celles des Etats-Unis qui très vite s’attachent à soutenir, pour les uns le chef communiste et résistant contre les Japonais, Kim II-sung, et les autres Syngman Rhee, autre résistant et dirigeant historique nationaliste et anticommuniste. En 1948, une République coréenne est proclamée à Séoul et des élections se déroulent dans le pays sous la surveillance de l’ONU. Ces élections déclenchent la réaction immédiate des communistes coréens qui organisent à leur tour des élections et installent leur assemblée dans le Nord du pays à Pyongyang. Les deux partis réclament bien sûr la souveraineté sur l’ensemble du pays et sont rapidement face à face.

C’est bientôt une guerre larvée qui se déroule à la frontière établie le long du 38ème parallèle par les arbitrages de l’ONU. Les incidents déclenchés par un camp ou un autre sont quotidiens et provoquent la mort de nombreuses victimes avant même que la guerre ne soit réellement déclenchée. La Corée se trouve bientôt sous les projecteurs de l’opinion mondiale et l’un des enjeux de la Guerre froide qui ne fait que commencer. En 1949, Mao ZeDong écrase définitivement les nationalistes chinois qui sont réduits à défendre l’île de Taïwan, et en Indochine, les Français sont confrontés au Vietminh, insurgés communistes dirigés par Hô Chi Minh. Ailleurs aux Philippines, mais aussi en Indonésie, d’autres guérillas communistes se sont levées et ont été plus ou moins écrasées. Toute la région est une véritable poudrière.

Malgré le net soutien américain, cela n’empêche pas le chef historique communiste Kim II-sung de penser à abattre militairement le régime démocratique de Séoul par la force. Dès 1949, il approche ses alliées, l’Union soviétique et la Chine qui restent au départ sceptique et prudent quant à l’opportunité d’une intervention. Mais au début de 1950, il obtient l’aval de Staline en présentant son projet d’invasion et l’importance des forces qu’il a préparé. C’est une armée plus de 3 fois plus nombreuses que celle de la Corée du Sud que le chef communiste nord-coréen a organisé, doté de chars, d’artillerie et d’avions fournis par l’Union soviétique.

Le 25 juin 1950, les Nord-coréens envahissent leur sœur du Sud écrasant toutes les résistances, d’ailleurs très faible, alors qu’en France le journal du parti communiste, l’Humanité, titrait sur une attaque des forces sud-coréennes avec l’aval des Etats-Unis. Jean-Paul Sartre, communiste de cœur et compagnon du parti faisant même une déclaration en ce sens en condamnant « l’agression » des Sud-coréens… En seulement quelques jours, les communistes du Nord s’emparent de Séoul et taille en pièce les résistances, mais contre toute attente, le gouvernement sud-coréen ne va pas désarmer, car non loin de là se trouve le Japon. Sur son territoire se trouve les forces d’occupations américaines sous le commandement de Mac Arthur, célèbre général américain qui s’était illustré dans la guerre du Pacifique contre les Japonais et connu pour être un « général va-en-guerre ».

Investi du haut-commandement, les américains ne vont pas tarder à débarquer en Corée suite à la résolution numéro 83, puis 84, du Conseil de Sécurité de l’ONU et en l’absence des Soviétiques boycottant le siège pour la non reconnaissance de la Chine communiste. Les Américains fort de troupes déjà prêtes dans la région, débarquent en Corée et prennent à revers les troupes communistes nord-coréennes qui à l’inverse de l’offensive du 25 juin, se retrouvent en situation critique et sont à leur tour sévèrement battues et contraintes de se replier. Dès le 30 septembre, les alliés, Américains et Sud-coréens reprennent Séoul, et quelques jours plus tard sont sur le point d’anéantir les Nord-coréens en atteignant la frontière chinoise. Cette rapide victoire aura par contre de fâcheuses répercutions.

Elle déclenche en effet l’intervention militaire chinoise, et l’arrivée de troupes mongoles avec le soutien des forces aériennes soviétiques. La guerre prend désormais un véritable tournant international, d’autant que les Américains reçoivent vite l’apport de troupes des pays membres de l’ONU. Il y aura ainsi de nombreux Anglais, des Australiens et des Néozélandais, un contingent turc, indien, néerlandais, belge et même français dont nous connaissons un peu l’histoire, le bataillon de Corée. La France avait tenu à fournir un contingent, même minime, étant alors elle-même enlisée dans la terrible guerre d’Indochine. En cette année 1950, les Français sont mêmes battus de manière magistrale par les combattants vietminh du Général Giap, durant la bataille de la RC4.

La France, considère en effet le problème indochinois de manière différente après l’échec de l’écrasement précoce des rebelles vietnamiens. Elle cherche en 1950 et dans les années qui suivent à démontrer que la guerre d’Indochine n’est pas une guerre coloniale mais bien une autre composante du combat global de la Guerre froide et contre le communisme. C’est dans cette optique et pour maintenir son rang de grande puissance mondiale, qu’elle envoie ce contingent, peut-être modique mais qui marquera les esprits. Dans l’atrocité des combats qui vont reprendre avec les forces chinoises et nord-coréennes, les Français réapprennent en effet aux Américains à se servir de la baïonnette, lorsque, les munitions sont épuisées et l’ennemi nombreux sur le point de submerger une position.

Car la suite de la guerre, fut un nouveau va-et-vient des belligérants, traversant encore le 38ème parallèle dans un sens ou dans l’autre en fonction du sort et du succès des armes. Les témoignages des combattants qui eurent à affronter les forces communistes, et qui pour certains avaient une longue expérience de la guerre, notamment de la Seconde Guerre mondiale récente, évoquent des situations hallucinantes. Notamment de véritables marées humaines chinoises, organisées en trois ou quatre vagues… une première vague de conscrits pour tâter les défenses et épuiser les munitions. Une seconde vague parfois presque sans arme, et ayant pour but de s’emparer des armes des morts et d’achever d’épuiser les munitions et le cas échéant d’enfoncer le front, et enfin une troisième ou quatrième vague, composée de soldats bien armés et aguerris dans le but d’emporter la victoire et de nettoyer définitivement la position.

A bien des égards, cette guerre ressemblera par ailleurs beaucoup plus à la Première Guerre mondiale qu’à la Seconde, du point de vue de l’utilisation des retranchements et des tranchées. Toutefois l’aviation y joua un rôle primordial et fut une sorte de laboratoire des Soviétiques et des Américains pour développer de nouveaux avions et de nouvelles techniques et armes de guerres (notamment le napalm par les Américains). Les destructions dans le pays furent colossales puisque que quasiment tout le pays se trouva à un moment ou un autre « labouré » par la guerre. Guerre internationale, la Guerre de Corée fut avant tout une atroce guerre civile, où les populations furent victimes de bombardements massifs, d’exécutions massives ordonnées par les communistes au gré des aller et retour, et des représailles et des exécutions qui en découlèrent dans le camp sud-coréen par effet de dominos.

Les pertes humaines furent effroyables et au vu des méthodes utilisées beaucoup plus sensibles dans les rangs communistes. Les chiffres approximatifs font état d’un total de plus de 3 millions de tués pour les deux camps, le nombre de Chinois et de Nord-coréens étant sujet à caution à cause de l’effet des propagandes et du soin à dissimuler. Cette guerre n’eut aucun résultat probant, les premières rencontres en vue d’une sortie du conflit se déroulèrent en 1951, mais il fallut attendre la mort de Staline pour arriver à la signature officielle d’un armistice le 27 juillet 1953. De très nombreux prisonniers communistes demandèrent et obtinrent de n’être pas renvoyés en Chine et en Corée du Nord, tandis que des milliers de prisonniers sud-coréens et occidentaux ne furent jamais renvoyés dans leurs foyers et dont le destin n’est à ce jour toujours pas connu.

La guerre de Corée, guerre lointaine, passa pour ainsi dire inaperçu dans l’opinion publique française même si Jean-Paul Sartre, une fois n’est pas coutume, aurait mieux fait après ce 25 juin 1950, de ne pas faire une déclaration aussi tonitruante. Cette guerre se place au niveau international à un moment critique de la Guerre froide, le général MarcArthur demandant même l’utilisation de l’arme nucléaire pour résoudre le problème nord-coréen… Si elle ne dégénéra pas en guerre atomique, cette guerre eut un fort impact sur la poursuite de la Guerre froide, les deux camps en tirant des leçons différentes, avant de s’affronter de nouveau en Asie quelques années plus tard, dans une guerre aussi cruelle dont les Etats-Unis devaient longtemps se souvenir. La paix ne fut jamais signée entre les deux pays, la Corée restant divisée et en quasi état de guerre jusqu’à nos jours. Il y eut malheureusement beaucoup d’autres victimes dans ce conflit qui n’a pas encore trouvé de solutions.

Source: french.ruvr.ru

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