Les israéliens bientôt traités comme des serbes ? Ce qui fait vraiment peur à Israël

Pour Israël, cela ne changera rien. Pour Washington cela ne fait que compliquer les choses. La joie des palestiniens après le vote de l’assemblée générale de l’Onu est certes excessive. Le rapport de force n’est pas inversé et les divisions sont toujours là.

Mais si leur pays n’est pas encore un état à part entière, si la paix reste en panne, c’est déjà un état d’observateur qui est massivement reconnu avec les prérogatives que cela implique.

Fustigeant le discours prononcé par le président palestinien Mahmoud Abbas, très incisif, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a souligné que la décision de l’ONU ne changerait «rien sur le terrain». «Il n’y aura pas d’Etat palestinien sans arrangements garantissant la sécurité des citoyens d’Israël».  Il a raison

Pour les Usa cela ne fait que compliquer les choses. Hillary Clinton, chef de la diplomatie américaine, a qualifié le vote de «fâcheux et contre-productif». Selon elle, cette résolution «pose davantage d’obstacles sur le chemin de la paix». «Cette résolution ne fait pas de la Palestine un Etat», a souligné l’ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU Susan Rice, ajoutant : «Ce vote d’aujourd’hui ne constitue en aucun cas un droit à devenir un membre des Nations unies». Elle n’a pas tort.

C’est vrai mais la Palestine a maintenant accès en tant qu’état de droit à la protection  judiciaire internationale sur ses patrimoines culturels, ses territoires et ses populations.

Les Palestiniens estiment désormais que ce statut d’État observateur leur ouvre de larges possibilités légales de présence et d’action au plan international. En tant qu’État, il leur permet de participer de plein droit aux débats de l’ONU et de siéger dans ses diverses agences.

Mais l’essentiel est ailleurs.

Le nouveau statut  devrait leur permettre de saisir la Cour pénale internationale (CPI) qui, d’après ses statuts, n’accepte d’ouvrir des procédures que sur des demandes en provenance de l’ONU ou des États que reconnaît l’organisation. La CPI avait ainsi refusé, en janvier 2009, de reconnaître cette qualité pour une saisine de l’Autorité palestinienne… Or, que ce soit sur la question de la légalité des colonisations israéliennes en Cisjordanie ou sur des crimes de guerre commis dans les opérations à Gaza, les Palestiniens comptent bien pouvoir s’appuyer sur des arbitrages de la juridiction internationale.

C’est là d’ailleurs l’une des grandes craintes d’Israël et de ses alliés.

Car l’hypothèse de voire juger des dirigeants et  miliaires israéliens par la CPI comme de vulgaires serbes est une perspective qui affole Israël. L’état fondé sur la réparation aux victimes, condamné pour crimes de guerre sinon plus ce serait un chambardement moral et politique systémique pour l’idéologie de la «  communauté internationale » issue de la seconde guerre mondiale.

Netanyahu et Sharon (toujours vivant) traités comme  des Radovan Karadžić et Ratko Mladić. L’hypothèse est certes peu crédible mais pas impossible et la menace même de la procédure est insupportable pour les Usa et Tel Aviv.

D’où les oppositions farouches à un vote de l’Onu dont les conséquences par ailleurs seront bien sur très faibles.

Par Jean Bonnevey

Source: metamag

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