L’embargo sur le pétrole iranien serait un suicide

Les États membres de l’Union Européenne semblent s’orienter vers un embargo du pétrole iranien. Quelles seraient les conséquences d’une telle décision ?

Suivant les traces du gouvernement américain, les États membres de l’Union Européenne se rapprochent désormais d’un embargo pétrolier sur l’Iran, en réponse claire au refus de l’État islamique d’abandonner son programme d’armes nucléaires.

Cependant, derrière cette décision, la réalité est plus compliquée qu’elle n’y paraît. Bien que les États de l’UE aient tenté le mois dernier d’obtenir un embargo, ces tentatives ont été bloquées par la Grèce, qui est le principal client européen de l’Iran, et qui lui achète à la source jusqu’à 35% de son pétrole brut.
Précédemment, ses fournisseurs de pétrole brut qu’étaient la Russie, l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan ont cessé de commercer avec la Grèce par mesure de précaution envers la crise de sa dette. Mais à défaut des 450.000 barils de pétrole par jour que l’Iran fournit maintenant aux Grecs – ainsi qu’aux Italiens et Espagnols – on pourrait considérer tous ces pays en situation grave.

Mais ce n’est pas seulement le pétrole qui pose problème. On a affirmé aussi que la Grèce, à court d’argent, a également compté sur les Iraniens pour obtenir des crédits, et faire en sorte qu’ils soient les seuls fournisseurs de pétrole brut pouvant leur offrir cette opportunité à ce moment précis. Même si cela a été démenti par Téhéran, l’embargo aurait évidemment un effet particulièrement néfaste pour l’économie grecque.

Si l’on s’aperçoit maintenant que la Grèce est plus détachée envers son opposition à l’embargo, c’est que cette détente doit avoir un prix – tout au moins aux yeux de la politique européenne. Jusqu’à présent personne n’a encore laissé entendre que ce soit le cas, tout le monde est resté dans le vague sur ce qu’il en est, mais il est inconcevable que la Grèce se fasse si complaisante par pure bonté de cœur.
Mais la Grèce n’est pas la seule à anticiper les dégâts économiques. Avec le pétrole Iranien en dehors du marché, et son gouvernement qui menace de fermer le détroit d’Ormuz, les prix du pétrole n’ont cessé d’augmenter, même s’ils sont maintenant stables. Environ 20% de la production mondiale passe par ce détroit et la perte de dix millions de barils par jour de production au Moyen-Orient pourraient faire augmenter les prix du pétrole à court terme jusqu’à 413 dollars le baril, étant donné l’incapacité des consommateurs à passer rapidement à d’autres carburants. Et si ce genre de choc est suffisant pour conduire l’économie américaine à la récession, l’effet sur les économies européennes les plus fragiles pourrait être encore plus sévère, mettant la Grèce en pleine ligne de mire.

Ainsi, quelles que soient les contraintes économiques que la Grèce a eu à essuyer, elles sont sur le point de s’aggraver, au moment où la capacité des États de l’Union Européenne à lancer de coûteux renflouements est considérablement réduite. Par conséquent, aucun des États européens ne peuvent se permettre ces démonstrations de pouvoir politique, d’autant plus que l’Iran tend à être relativement à l’abri des sanctions.

Pour que les Iraniens soient sous la menace de prendre un coup sérieux, il faudrait que les États membres de l’UE soient d’abord muni d’un objectif clair, dont on sait qu’il n’est pas encore prêt d’être entièrement divulgué. On pourrait spéculer que leur action commune est dictée par le coût du soutien économique américain, sauf qu’en ce moment les États-Unis ne sont pas en position de force pour affronter cette tempête.
On va pouvoir en savoir plus sur leur objectif global d’ici le 30 Janvier, quand les ministres des Affaires étrangères des États membres de l’UE se réuniront pour confirmer (ou non) un embargo. Mais c’est dans plus de trois semaines, et il n’y a jamais eu de semaine si longue en politique depuis longtemps.

D’ici là, l’économie mondiale pourrait se rapprocher encore du précipice, ce qui nous force à nous demander si nous ne sommes pas les témoins d’un pacte suicidaire commun. Nous avons déjà si peu de problèmes que je me demande s’il ne nous serait pas plus facile d’en créer davantage ?

Richard North

Source: contrepoints.org

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