L’effondrement des trois puissances du Proche-Orient

proche-orientPar Gokhan Bacik

Les trois puissances traditionnelles majeures du Proche-Orient, l’Irak, la Syrie et l’Egypte, sont en pleine crise. Pour le chroniqueur, Gökhan Bacik, il est probable que la région soit bientôt dominée par des groupes ethniques et religieux.

Depuis leur création, les pays du Proche-Orient sont des versions troubles des Etats modernes. Même s’ils sont organisés comme des Etats modernes et qu’ils sont reconnus à l’échelle internationale en tant que tels, ils n’ont jamais eu d’institutions propres comme la nationalité. Il faut voir que même certaines nations relativement avancées comme la Turquie ont fait face à des problèmes de souveraineté dans des villes à majorité kurde. Les régimes des pays du Proche-Orient perpétuent certains schémas traditionnels, comme le tribalisme ou le sectarisme, en vue de leur propre survie.

Faiblesse de l’Etat moderne

Cette attitude explique parfaitement la faiblesse de l’Etat moderne au Proche-Orient et celle de régimes qui ont choisi de déployer une stratégie de tribalisme pour édifier leurs Etats modernes. Nous sommes aujourd’hui face à une situation complètement nouvelle concernant cet Etat dans cette région du monde : les trois puissances traditionnelles majeures, l’Irak, la Syrie et l’Egypte, sont en pleine crise. L’Irak est presque divisée, la Syrie est sur le point de s’effondrer et de facto, de se diviser. L’Egypte, elle, connaît une importante crise économique qui, inévitablement, finira par devenir un problème d’Etat.

Perte d’influence des trois grands Etats arabes

Ironiquement, les trois gros Etats arabes du Proche-Orient sont dans une telle crise que la région est en train de perdre son influence et laisse peu à peu sa place à d’autres petites puissances comme le Qatar. L’Egypte, la Syrie et l’Irak ont été les sources de toutes les tendances arabes majeures, dont le nationalisme arabe, le leadership politique et même le conflit avec Israël. Leur retrait de la scène politique peut expliquer la croissance «exceptionnelle» de petits pays comme le Qatar. En moins de 20 ans, les trois acteurs influents traditionnels du système d’Etat du Proche-Orient se sont effondrés. Quelles pourraient en être les conséquences ? Premièrement, l’effondrement de ces Etats entraînera la montée d’acteurs infra-étatiques. Il est probable que le Proche-Orient soit bientôt dominé par des groupes ethniques et religieux. En effet, le rôle de ces groupes a toujours été important, mais aujourd’hui, leurs voix vont se faire davantage entendre. Deuxièmement, une vague de fédéralisme prédominera au Proche-Orient. Les modèles unitaires n’ont plus la capacité de réunir des sociétés divisées. Comme en Irak, d’autres modèles similaires ou différents du style administratif fédéral verront le jour dans certains Etats régionaux. Mais, pour des raisons économiques et géopolitiques, il s’agira d’une forme injuste de fédéralisme. Les unités politiques possédant des ressources énergétiques ou les Etats entretenant un lien fort avec l’Occident auront plus de succès que les autres Etats moins chanceux.

Des systèmes de défense aérienne cruciaux

Troisièmement, les systèmes de défense aérienne, surtout pour l’Occident, deviendront de plus en plus cruciaux. Aucun Etat ne voudra plus envoyer ses troupes dans un Proche-Orient aussi divisé. La notion de territoire devient presque post-moderne : qui dirige Alep ? Etant donné toute cette ambiguïté, envoyer des troupes est dénué de sens. Par conséquent, la sécurité se fera par voie aérienne. En effet, l’utilisation actuelle de frappes aériennes par Bachar-el-Assad devrait être analysée avec attention. Dans une région aussi divisée ayant autant de problèmes, la Turquie, 17e économie mondiale, aura beaucoup plus de poids pour influencer les acteurs régionaux. En attendant, l’effondrement des gouvernements centraux pourrait entraîner des risques pour Israël. Toutefois, l’Etat hébreu ne fera pas face à des ennemis aussi durs que l’étaient l’Egypte et la Syrie.

Emergence d’un réseau d’intérêt transnational dans la région

Paradoxalement, le prestige de l’Iran diminuera mais trouvera de meilleures conditions pour agir par le biais d’intermédiaires. A l’heure des sociétés divisées, il ne sera pas difficile pour l’Iran de trouver des groupes loyaux un peu partout, même en Turquie. On assiste là à l’émergence d’un réseau d’intérêt transnational dans la région. Enfin, l’idée d’«opinion publique» changera. Etant donné qu’il n’y a plus d’Irak ou de Syrie unis, il existera des opinions divergentes sur ces territoires, et non pas seulement irakiennes ou syriennes. Cette nouveauté est très importante pour la Turquie, qui, traditionnellement, prête une attention particulière à sa politique étrangère dans le domaine de l’opinion publique.

Gokhan Bacik (revue de presse : zamanfrance.fr –  22/4/13).

http://www.zamanfrance.fr/article/l-effondrement-trois-puissances-procheorient

Source:cherif.dailybarid.com

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