Le Venezuela: L’heure de l’après Chavez

Par Michel Lhomme

Le Venezuela a fait, dans le deuil et le recueillement, ses adieux au président Hugo Chavez avant de s’engager dans un processus électoral inédit et plein d’incertitudes en l’absence de cette figure de la gauche radicale qui a dominé la vie politique de son pays pendant 14 ans. 

Le corps du président vénézuélien a été transféré vers l’Académie militaire de Caracas lors d’une procession qui a attiré des centaines de milliers de personnes. Son corps a été exposé avant les funérailles nationales qui se sont déroulées ce vendredi. Deux millions de partisans anonymes sont venus s’incliner devant la dépouille du chef d’Etat. Les autorités ont décrété sept jours de deuil. Le défunt président sera embaumé comme Lénine, Hô Chi Minh ou Mao Tse Toung. Il sera ensuite, plus tard, visible dans le futur Musée de la révolution bolivarienne. Nicolas Maduro a remis la réplique de l’épée en or du libérateur sud-américain Simon Bolivar à la famille d’Hugo Chavez, dont la dépouille restera exposée au public pendant encore au moins sept jours après avoir été embaumée.

Le ministre des Affaires étrangères vénézuélien, Elias Jaua a annoncé que M. Maduro assurerait l’intérim à la tête de l’Etat et qu’une élection présidentielle aurait lieu dans les 30 jours, conformément aux instructions laissées par Hugo Chavez. Réduit au silence au cours des trois mois qu’a duré son agonie, Hugo Chavez au pouvoir depuis 1999 n’a pas pu prendre congé de ses compatriotes mais il avait préparé sa succession en chargeant le vice-président d’assurer la transition, mais aussi et surtout de se présenter en tant que candidat du parti socialiste au pouvoir en cas d’élection. « Nous allons être les dignes héritiers d’un géant », a assuré Nicolas Maduro.

Mardi soir, Nicolas Maduro a lancé plusieurs appels au calme et souligné que l’armée et la police avaient été déployées pour accompagner, protéger notre peuple et garantir la paix. Le ministre de la Défense Diego Molero a, quant à lui, déclaré que les forces armées restaient unies pour  faire respecter la Constitution.

La nouvelle de la mort de Chavez a été rapidement commentée à l’extérieur du Venezuela. Brasilia a évoqué la perte d’un ami alors que Barack Obama a espéré des relations constructives à l’avenir avec Caracas. Trois Présidents latino-américains  proches de Chavez, le Bolivien Evo Morales, l’Uruguayen José Mujica et l’Argentine Christina Kirchner, sont arrivés mercredi matin à Caracas pour se recueillir auprès de sa dépouille.

Le président par intérim, qui dispose de 30 jours pour organiser un scrutin anticipé, sera probablement opposé au gouverneur Henrique Capriles, 40 ans, battu par Hugo Chavez en octobre. Ce dernier a appelé, mardi soir devant la presse, le gouvernement à respecter ses devoirs constitutionnels, disant en outre que le défunt chef de l’Etat avait été pour lui un adversaire et non un ennemi, même s’il avait eu des mots très durs contre le jeune opposant. Si le gouvernement a la capacité d’organiser l’élection avant un mois, il le fera, a estimé l’observateur politique Luis Vicente Leon. Il est évident que pour le parti au pouvoir, le plus tôt sera le mieux, afin de pouvoir profiter électoralement à plein de l’émotion provoquée par la mort du président. L’opposition quant à elle conteste l’interprétation de la Constitution par le gouvernement au sujet de la transition, estimant que l’intérim doit être assuré par le président de l’Assemblée nationale, Diosdado Cabello et non par le vice-président.

Cuba, pays sous perfusion des pétrodollars vénézuéliens, a décrété trois jours de deuil national pour honorer l’héritier politique et fils spirituel de Fidel Castro. En Asie, les prix du pétrole ont augmenté mercredi, la mort d’Hugo Chavez ouvrant une période d’incertitude au Venezuela, principal producteur de brut sud-américain.

Une polémique franco-française

La France a envoyé officiellement, à l’enterrement de Chavez, le Ministre de l’Outre-mer Victorin Lurel. Déclanchant une polémique, il a, à cette occasion déclaré : »C’était émouvant », et a ajouté, « on peut ne pas être d’accord avec telle ou telle action de Hugo Chavez mais les gens sont fiers de ce qui a été fait en 14 ans » de présidence. Et d’enchaîner: « Toute chose égale par ailleurs, Chavez c’est de Gaulle plus Léon Blum. De Gaulle parce qu’il a changé fondamentalement les institutions et puis Léon Blum, c’est-à-dire le Front populaire, parce qu’il lutte contre les injustices« . « Moi je dis, et ça pourra m’être reproché, (…) que le monde gagnerait à avoir beaucoup de dictateurs comme Hugo Chavez puisqu’on prétend que c’est un dictateur. Il a pendant ces 14 ans respecté les droits de l’Homme« , a encore déclaré le ministre.

Mais, que reste-t-il de socialiste à la gauche française ? Comme l’indique le titre du récent livre de Jean-Claude Michéa, « De l’idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu » (Editions Climats), la gauche française, c’est aujourd’hui la défense du capitalisme absolu.

Pour vous inciter à lire cet ouvrage, voici un extrait de la 4ème de couverture : « Que peut bien signifier aujourd’hui le vieux clivage droite-gauche tel qu’il fonctionne depuis l’affaire Dreyfus ? Il me semble que c’est avant tout le refus de remettre cette question en chantier – et de tirer ainsi les leçons de l’histoire de notre temps – qui explique en grande partie l’impasse dramatique dans laquelle se trouvent à présent tous ceux qui se reconnaissent encore dans le projet d’une société à la fois libre, égalitaire et conviviale.  Dans la mesure, en effet, où la possibilité de rassembler le peuple autour d’un programme de sortie progressive du capitalisme dépend, par définition, de l’existence préalable d’un nouveau langage commun – susceptible, à ce titre, d’être compris et accepté par tous les « gens ordinaires » -, cette question revêt forcément une importance décisive. Je vais donc essayer d’expliquer pour quelles raisons j’en suis venu à estimer que le nom de gauche – autrefois si glorieux – ne me paraît plus vraiment en mesure, aujourd’hui, de jouer ce rôle fédérateur ni, par conséquent, de traduire efficacement l’indignation et la colère grandissantes des classes populaires devant le nouveau monde crépusculaire que les élites libérales ont décidé de mettre en place. »

On vous le promet « Le Monde » ne manquera pas de lui tomber dessus !

Michel Lhomme

Source:metamag

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