LE TRAVAIL DE LA TERRE, UNIQUE PORTE DE SORTIE DU SOUS-DEVELOPPEMENT

terre-afriqueLe développement donné gratuitement et non initié par les bénéficiaires est comme un gain soudain et sans effort à travers la loterie: IL NE SE MAINTIENT PAS!

En effet, si vous prenez cent mille camerounais et les mettez dans une région du Japon et prenez le même nombre de japonais et les mettez dans une région du Cameroun a niveau de développement égal, lorsque vous reviendrez dix ans plus tard, vous constaterez que la région du Cameroun occupée par la colonie de japonais se sera plus développée que la région du Japon où vivent les camerounais. En fait, si la région du Japon occupée par les camerounais était urbanisée et industrialisée,  celle-ci aura régressé après ce temps. Ce n’est pas pour dire que les camerounais soient paresseux ou peu intelligents. Au contraire, le Cameroun comme chaque nation a, investis dans la matière grise de ses populations le talent et les aptitudes suffisants pour se développer.  Le point que j’essaye de faire ici est que nous ne nous sommes pas encore en tant que nation appropriés l’esprfrgvl.ll.it de développement.

Le développement est un état d’esprit, une façon d’être, de voir les choses, de réfléchir et de faire. Ceci est d’autant vrai que certaines nations développées n’ont presque pas de ressources naturelles alors que d’autres pays riches en ressources naturelles sont restés dans une relative pauvreté matérielle. Le japon par exemple n’a presque pas de ressources naturelles et est plus matériellement développé que le Congo-Kinshasa qui est un pays au sous-sol fabuleusement riche.

C’est cet état d’esprit qui a permis aux Israéliens de transformer le désert du Néguev en un exemple brillant de miracle agricole.  C’est le même état d’esprit qui a permis aux dragons asiatiques à savoir la Corée du Sud, Taiwan, la Malaisie et l’Indonésie (il est vrai, avec de grands investissements occidentaux) à décoller. Les pays occidentaux n’ont d’autres secrets à leur réussite matérielle que le travail, l’endurance, l’esprit d’excellence qui sont tous stimulés par une dynamique de compétitivité. Sans cet état d’esprit il n’est pas possible de se développer.

Il y a bien sûr de nombreux facteurs endogènes et exogènes tels que la mauvaise gestion de notre patrimoine, les guerres civiles manufacturées, l‘asservissement de notre monnaie, les accords économiques qui pèsent sur nous comme des boules de fer et qui expliquent en partie la situation actuelle de nombreux pays africains. Le fait en est que même si ces facteurs étaient conquis, tant que les populations africaines n’auront pas initié elles-mêmes la dynamique de développement et de création de richesses, les choses ne changeront pas de façon significative.

Le travail de la terre lui-même n’est pas suffisant pour changer l’état d’esprit de toute une nation. Il faut, pour le faire, que le peuple se réapproprie toutes ses libertés fondamentales, sa culture, ses valeurs ancestrales et se sente maitre de son destin. Et ceci bénéficierait même aux pouvoirs en place car mettre le peuple à l’écart de la gestion du pays rend les régimes africains vulnérables à toutes formes de prédations.

LE PROBLEME AVEC LA COOPERATION CHINOISE

Dans un article distribué le 27 Juillet 2013 et intitulé Les Plus Gros Mensonges Sur La Coopération Entre la Chine Et l’Afrique, le Dr Pougala  pour qui j’ai autrement de l’admiration pour son engagement auprès des populations africaines, vantait les mérites de la coopération avec la chine qu’il résumait en ces termes, concernant dans ce cas-ci la cession par le Cameroun d’une mine de cobalt à la Chine : A la place de 30 ans d’exploitation du cobalt, la Chine s’engage à transformer le Cameroun sur le plan industriel et des infrastructures : autoroutes, hôpitaux, internats, lycées, écoles dispensaires, industries lourde (mécanique, aciérie) etc..

Bien que ce projet soit louable et paraisse préférable aux relations commerciales avec les pays occidentaux qui en 50 ans d’échanges ne nous ont pratiquement rien rapporté, il ne règle pas notre problème fondamental de développement : Initier et prendre contrôle de la dynamique de notre propre développement.

Ce n’est pas forcément la faute des chinois si la seule chose que nous gagnons dans les transactions  avec eux est la construction d’infrastructures. C’est à nous de trouver des moyens d’acquérir leur savoir. Et nous pouvons faire cela en posant, entres autres, comme  conditions, l’intégration des ingénieurs camerounais à la conception et l’exécution des projets ou alors en exigeant des contrats de sous-traitance pour les compagnies locales.

En effet, les infrastructures construites auront besoin d’être entretenues par un personnel compétent, mais aussi d’être améliorées. D’autres devront être construites d’ici une dizaine ou une quinzaine d’années pour lesquelles il faudra encore faire appel à des sociétés chinoises si les choses continuent d’être faites comme elles le sont. La coopération chinoise ne peut nous servir que s’il ya un transfert de technologie, ce qui ne semble pas être le cas en ce moment. Même le transfert de technologie ne sera pas suffisant si l’état d’esprit ne change pas. C’est d’abord à cela que nous devons travailler.

L’une des composantes du développement à laquelle nous avons fait allusion précédemment est notre développement économique et nous n’avons pas meilleur outil pour le faire que l’agriculture dans son sens étymologique plus large de production végétale, d’élevage, de pisciculture, de génie rural et même de forêt.   Pour des besoins de simplicité, nous nous concentrerons sur la production des denrées alimentaires dans cet article

POURQUOI L’AGRICULTURE?

Bien que nous ayons du pétrole, du gaz naturel, de l’or et autres, ces ressources naturelles ont des réserves limitées dans le temps et l’espace. Elles ne sont pas accessibles et ne peuvent procurer de l’emploi à tous. De part leur nature extractive  elles ne peuvent impulser une dynamique de développement. Or, un développement véritable ne peut être initié et exécuté par une classe d’élite de laquelle dépendrait le reste de la population. Cette approche a simplement contribué à favoriser l’extrême pauvreté pour la grande  majorité de la population dont 40% vit dans la pauvreté selon Cahiers Economiques du Cameroun, une publication du bureau local de la Banque Mondiale. Le développement doit impliquer la majorité de la population dont 52.8% vit dans les zones rurales (selon les chiffres du dernier RGPH publiés par l’Institut National de la Statistique du Cameroun) et dont une bonne proportion de ceux qui vivent dans les villes est sans emploi stable. Un programme de développement qui cible les plus vulnérables, les plus démunis et les plus faibles profitera forcément aux plus dynamiques. Dans un pays africain, il doit surtout aller des zones rurales vers les villes.

L’agriculture est la seule activité qui soit accessible à tous car la très grande majorité d’africains ont un accès relatif ou dispose  d’un lopin de terre. Ou alors, pour être précis, les Etats africains ont la capacité de mettre cette ressource à la disposition des populations. Et elle est suffisante car c’est tout ce qu’avaient les premiers occupants de l’Amérique, les anglais et les français du dix septième siècle. La terre est la vraie richesse de laquelle émanent toutes les autres ressources qui contribuent à l’industrialisation. Seul le travail de la terre a la capacité de résorber notre chômage.

L’agriculture de base ne demande pas de grands investissements. Le paysan moyen a besoin de semences, d’engrais, de houe, machette, charrue seulement et d’une assistance technique pour un départ. Ce matériel de base et l’assistance technique doivent être fournis sous forme de microcrédits par l’Etat qui le fait déjà à travers des programmes de soutien à l’agriculture. Ce qui manque c’est un plan intégré de développement. L’agriculteur a aussi besoin de motivation qui va être enfantée par la présentation de la vision globale.

En effet, l’objectif  ultime ici est la mise en place d’un vaste programme de développement dont le travail de la terre est le premier maillon. Ce programme aura pour but de transformer les villages en des centres de vie agréables offrant les facilités et les agréments qui attirent les populations vers la ville, à savoir l’eau, la lumière, des routes, téléphone, télévision, foyers culturels, bibliothèques et bien sûr, un statut social.

Cependant, le plus important des avantages de la mise en place d’un programme national d’agriculture est psychologique. Ce genre de programme remet le destin des populations entre leurs mains. Il les éveille au potentiel qu’ils ont en eux et les sort de la mentalité d’attentisme et d’attente d’une solution qui viendrait d’ailleurs. Il les ramène à la réalité de la vie qui veut que chaque peuple soit responsable de son développement et que la solution à leurs problèmes se trouve dans leur environnement. Aucun pays n’a en réalité l’intention de le faire pour les autres. Cela, elles doivent le comprendre.

Le travail de la terre est difficile, mais  cette difficulté est même salutaire car c’est dans l’adversité que le caractère est forgé. C’est elle qui crée l’esprit de développement si elle est bien exploitée. Donnez des millions à des gens qui ne savent pas comment gagner autant d’argent et revenez dans dix ans et vous vous rendrez compte qu’après un petit moment d’apparente prospérité les gens sont retournes à leur niveau de vie d’avant.

En d’autres termes, l’adversité est la semence du développement. Notre adversité du moment fait partie de notre capital si on la tourne à notre avantage. C’est ce capital que les diverses « aides » au développement détruisent. C’est pour cela que les populations ayant un environnement favorable ont tendance à être moins travailleuses que celles qui vivant dans un milieu naturel difficile et hostile. C’est aussi pour cela que les divers projets de construction d’infrastructures, les dons de matériel bien qu’admirables ne changent pas vraiment les conditions de vie lorsqu’ils ne sont pas semés dans un milieu ayant initié sa propre dynamique de développement. Les récipiendaires doivent être entrainés à les percevoir comme un investissement de base pour leur propre développement. La même logique s’applique aux investissements extérieurs.

L’exécution d’un programme national d’agriculture ouvert sur des débouchés tangibles donnera l’occasion aux populations de développer des valeurs telles que l’endurance, la confiance en soi, le désir de se prendre en charge, la notion de fierté et l’optimisme sur l’avenir. Elle va rendre les jeunes africains travailleurs, compétitifs, et endurants.

Le succès de ce genre de programme passe par des séances de déprogrammation psychologique des jeunes diplômés pour détruire leur perception négative du travail de la terre et pour qui « retourner au village après un long séjour en ville est une question de courage, de bravoure en raison de la perception des uns et des autres qui assimilent ce retour à l’échec »  pour citer Achille Pinghane Yonta, auteur d’une étude intitulée Genre, Migration et Vieillissement De La Population Rurale Au Cameroun. Il dépend aussi de sa capacité à générer des revenus suffisants pour une vie décente.

Cela ne peut être fait que si nous maitrisons tout le cycle de production alimentaire allant de la production à la transformation et conservation pour créer la valeur ajoutée à nos produits.

TOUJOURS EN FAVEUR DU TRAVAIL DE LA TERRE

Un pays comme le Cameroun qui a des conditions climatiques et un sol favorables à la culture d’une  très grande variété de produits alimentaires de consommation locale et d’exportation peut se positionner comme un véritable grenier pour les pays de la sous-région, mais aussi ceux du sahel et de l’Afrique du Nord. Il pourrait devenir un fournisseur pour des pays tels que l’Egypte qui avec 84 millions d’habitants n’a que 4% de terre cultivables et importe 10 millions de tonnes de blé par an, et à une moindre mesure par ceux de l’Occident, par une organisation ciblée de son agriculture.

En effet,  les produits agricoles manufacturés dans le monde occidental sont infestés d’hormones, de pesticides, d’antibiotiques et d’autres substances chimiques, tous facteurs générateurs de maladies. Les produits organiques qui en sont exempts sont par conséquents l’alternative saine mais coûteuse et accessible qu’à une minorité. Les pays africains pourraient se positionner sur le marché mondial et se donner le label de grands producteurs de produits alimentaires organiques.

L’agriculture enfin, et les autres travaux de la terre sont capables de créer des emplois dans les secteurs secondaires et tertiaires, et  générer des capitaux que l’on pourrait investir dans les autres secteurs de l’économie.

L’AGRICULTURE, COMME ARME STRATEGIQUE DE SURVIE

L’investissement dans l’agriculture est  bien plus qu’un élément du développement économique. Il est un positionnement stratégique. L’envahissement de notre marché par des produits agricoles subventionnés moins chers, tout en poussant nos agriculteurs à la démission nous a rendu en grande partie dépendant des autres. Or notre capacité à importer dépend du coût fluctuant de ces produits, de nos moyens financiers et des relations que nous entretenons avec ces nations, tous facteurs remarquables par leur instabilité. L’approvisionnement en nourriture est devenu une arme de politique étrangère entre les mains des nations qui peuvent punir ou bénir, affamer ou nourrir.

Cette menace est confirmée par le programme de propagation des Organismes Génétiques Modifiés (OGM) en Afrique financée par la fondation Bill Gates et révélé par la Fondation Voltaire, un groupe d’information. Nous savons que la récolte des OGM est stérile, ce qui rend les agriculteurs dépendants des semences fabriquées par ces compagnies de biotechnologie. Une appropriation du  vivant par ces « mécaniciens » de la génétique.

En effet on ne peut utiliser la récolte des OGM comme semence  pour des cultures ultérieures. La seule semence qui marche après l’utilisation des OGM est celle vendue par ces compagnies. En plus, après avoir commencé à planter des OGM dans un champ, il faut attendre 5 ans pour que ce champ soit capable de faire pousser des semences naturelles. Ainsi la propagation des OGM sur le sol africain est une menace même pour la survie du continent qui deviendrait très vulnérable car totalement dépendant des autres pour sa nourriture. Négliger l’agriculture ou permettre la propagation des OGM équivaut à nous condamner à la destruction.

Pour finir avec cet aspect, il faudrait noter que les prix des produits alimentaires ne sont plus régis par la loi de l’offre et de la demande telle que nous la connaissions. Ils dépendent étroitement maintenant des transactions financières des bourses de Paris, Londres ou New York. Ainsi en une seule nuit un aliment comme le riz peut passer à des prix qui le rendent inaccessibles aux populations. Ceci n’est pas seulement une simple théorie financière. C’est ce qui s’est passé pendant les crises alimentaires de 2008 qui ont provoqué des émeutes en Egypte et d’autres pays africains lorsque le prix du blé a triplé de façon soudaine.

CONCLUSION

L’agriculture est le fondement de tout développement. Tous les pays matériellement développés ont d’abord été des pays agricoles. Aucune nation ne peut prétendre au développement tant qu’elle n’assure pas  son autosuffisance sur le plan alimentaire.

En attendant que les gouvernements africains fassent quelque chose, les membres de la diaspora peuvent déjà, individuellement ou en groupes, investir dans les cultures vivrières. S’il y a  un investissement qui ne se perd pas, c’est bien celui fait dans l’agriculture. Il est plus rentable que les intérêts que les banques versent sur les épargnes. Et c’est une affaire de survie pour nos nations.

Dr Kleber Mbenoun

Contributeur pour le journal le Sphinx

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