Le système financier est-il devenu une structure criminelle ?

Lors de sa séance du 19 juin, la toute nouvelle commission du Parlement européen sur la Criminalité organisée, la corruption et le blanchiment de capitaux, a reçu des témoignages d’experts de haut niveau confirmant que le sauvetage de la finance européenne se fait par l’intermédiaire du crime organisé, révélant ainsi la nature criminelle de cette finance, et la nécessité urgente de la démanteler définitivement.

Une « question existentielle » pour l’Europe

Présent au Parlement, le site d’information EUobserver.com, basé à Bruxelles et spécialiste des institutions européennes, rapporte que « les banques en difficulté dans l’UE et au delà deviennent plus disposées à blanchir de l’argent sale pour le crime organisé ».

Pietro Grasso, le procureur de la direction italienne anti-mafia, a déclaré aux parlementaires : « La crise économique rend les groupes criminels encore plus puissants car ils ont de l’argent liquide, de l’argent frais et dispo, et pas seulement en Europe, mais dans d’autres pays où les économies sont fragiles et où ils peuvent influencer les politiques. »

Sur la même ligne, signale EUobserver , Jean-François Gayraud, commissaire divisionnaire français spécialiste en géopolitique du crime organisé, qui a déclaré : « Nous voyons en Europe une criminalisation généralisée des structures financières au sein du marché intérieur. » Ce phénomène pose une « question existentielle » pour certains pays où cela a « transformé » la politique nationale et les marchés financiers, ajoute-t-il.

EUobserver note que cet état de fait n’est pas nouveau, citant les propos de l’ancien directeur de l’office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) Antonio Maria Costa qui, en fonction lors de la crise bancaire de 2008, avait déclaré que « l’argent des trafiquants de drogue injecté dans le système financier avait sauvé les banques de la crise financière » .

EUobserver mentionne aussi que le criminologue français Michel Koutouzis, qui a mené des investigations pour le compte de l’UE et de l’ONU, a écrit dans son nouveau livre Crime, trafics et réseaux que le crime organisé investit de plus en plus dans les obligations souveraines.

Toutefois Koutouzis a déclaré à EUobserver que la création de cette nouvelle commission est représentative de l’étendue du problème : « La méthode préférée des autorités est d’observer, d’étudier, de créer des commissions et de nouvelles institutions. Ils savent déjà ce qui se passe mais personne ne veut passer à l’action. »

Démanteler l’empire offshore de la City

Pourquoi ? Pas par peur des criminels, mais par peur des intérêts financiers ; car si l’argent du crime peut si facilement abonder vers le système financier, c’est que le système financier est lui-même une structure criminelle. Sans les places financières off-shore (dont la majeure partie se situe dans le giron néo-colonial de la City de Londres), directement connectées aux marchés internationaux dérégulés et opaques ainsi qu’aux grandes banques (les banques françaises y détiennent 467 succursales), les centaines de milliards de dollars annuels issus de l’argent du crime n’auraient pas de débouchés. Comme l’ont récemment montré Antonio Maria Costa ou le journaliste d’investigation britannique Nicholas Shaxson, ce sont les mafias et les intérêts de la City et Wall Street qui ont conjointement créé le système financier actuel.

Il n’y a qu’un Glass-Steagall global, coupant les banques en deux (entre économie réelle et économie casino) et liquidant toutes leurs dettes de jeu, qui puisse permettre de reprendre le contrôle du crédit, pour l’orienter vers tout ce qui est nécessaire au fonctionnement de la société.

Source: solidariteetprogres.org

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