Le retour de la « guerre froide »

Ce qui s’est passé à Téhéran en fin de semaine dernière ne laisse guère de doute sur le fait que le monde s’achemine à grands pas vers une nouvelle « guerre froide » dont l’épicentre se trouvera au Proche-Orient.

Convoquée officiellement par les autorités iraniennes pour manifester l’opposition de la trentaine de pays présents à toute intervention armée de la communauté internationale en Syrie, cette conférence visait moins à aider le régime de Bachar Al Assad qu’à dissuader les pays occidentaux d’assister plus ou moins directement Israël si l’État hébreu lance une attaque surprise contre les installations nucléaires de l’Iran. À ceux qui douteraient de la justesse de cette analyse, la présence affichée de la Chine et de la Russie lors de cette conférence devrait ouvrir les yeux.

Pour comprendre ce qui se passe et décrypter des gestes qui n’ont apparemment pas de relations entre eux, il faut avoir présent à l’esprit le fait que ni Pékin ni Moscou n’ont digéré la façon dont les pays occidentaux agirent en Libye pour abattre le colonel Kadhafi. S’abritant derrière une décision ambiguë du Conseil de sécurité des Nations unies, les Etats-Unis et les pays de l’Union européenne se sont lancés sans la moindre hésitation dans une aventure militaire qui rappelait de fâcheux souvenirs à la Chine comme à la Russie. Et fort logiquement, les deux capitales en ont déduit que les pays occidentaux s’efforceront d’abattre tous les régimes qui, dans cette partie du monde stratégique entre toutes, présentent une menace directe ou indirecte contre leurs intérêts.

En s’opposant à toute intervention internationale armée en Syrie et en le faisant savoir de façon solennelle parle biais d’une conférence internationale réunie à Téhéran, les deux superpuissances ont entendu marquer de façon claire que les Nations unies ne pourront plus être utilisées par les Occidentaux pour justifier ce genre d’action. Elles ont aussi lancé cet avertissement sans frais que toute attaque menée par Israël contre l’Iran avec l’appui plus ou moins affiché des États-Unis déclenchera aussitôt un conflit majeur: un avertissement sans frais adressé aux dirigeants des pays européens bien plus qu’à la Maison-Blanche puisque celle-ci affiche, et depuis fort longtemps, son appui inconditionnel à l’État hébreu dans la partie de bras de fer qui l’oppose à l’Iran sur les armes nucléaires.

Tout paraît donc se mettre en place, au fil des jours, pour qu’à travers la crise syrienne se noue un drame dont les conséquences dépasseront de très loin le Proche et le Moyen-Orient, un drame qui creusera entre la Chine, les États-Unis, la Russie et l’Union européenne un fossé analogue à celui qui existait à l’époque de la « guerre froide ». Avec, toutefois, cette différence majeure qu’en ce temps là, les excès du communisme sapaient la puissance russe et interdisaient à la puissance chinoise de s’affirmer alors qu’aujourd’hui ce sont les États-Unis et les pays de l’Union européenne qui perdent pied du fait de la crise économique née des excès de l’ultra capitalisme.

Rien de très bon, convenons-en, ne peut sortir d’un pareil contexte.

Jean-Paul Pigasse

Source: oeildafrique.com

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