Le Président Lula, une autre manière de faire de la politique !

J’ai assisté il y a quelques jours à un important Forum international autour de la crise et de la gouvernance globale sous l’intitulé « Choisir la croissance pour sortir de la crise ». Ce Forum était organisé par deux fondations : la Fondation Lula au Brésil et la Fondation Jean Jaurès en France. C’était une importante rencontre dont les travaux ont été ouverts par les présidents François Hollande et Dilma Roussef en présence d’un grand nombre de responsables politiques de premier plan dont les anciens premier ministre Lionel Jospin et Pierre Mauroy, les ministres des finances Pierre Moscovici et Guido Mantega, et des universitaires de haut niveau dont Nicolas Stern, Kamel Dervis, Anthony Atkinson, Stephany Griffith-Jones, Jean-Pisany Ferry et Gilles Finchelstein. Ce colloque a été l’occasion pour mettre l’accent sur l’importance des politiques de croissances pour sortir de la crise actuelle. Ce thème a été au cœur des débats internationaux depuis quelques mois et beaucoup cherchait à convaincre l’Europe à ne pas sacrifier la croissance sur l’autel de la rigueur et de la consolidation budgétaire.

Parallèlement, à cette problématique de la croissance et des politiques anti-cycliques à mettre en place pour appuyer les dynamiques économiques, la forte présence brésilienne dans ce colloque a mis l’accent sur un élément essentiel autour de l’importance de la question sociale. Fiers des succès réalisés sous la présidence de Lula en matière de réduction de la pauvreté et de réduction des inégalités, les participants brésiliens ont mis l’accent sur la nécessité de donner une dimension sociale à la croissance et à un partage plus équilibrée de ses résultats. Ce message a été martelé avec brio par Dilma Roussef et dans un style flamboyant qui rappelle les grands dirigeants charismatiques d’antan dans son discours d’ouverture de cet important colloque. Elle a de nouveau rappelé l’importance de l’inclusion sociale dans la formulation des politiques économiques et elle a souligné que les politiques orthodoxes de consolidation budgétaire n’ont pas seulement un effet négatif sur l’emploi, la pauvreté et les inégalités mais ne règlent pas la question de la dette. Elle a plaidé pour ce qui est maintenant l’agenda du Brésil en matière de politique économique et qui est de concilier des objectifs qui peuvent paraître contradictoires en matière de politiques économiques à savoir l’ajustement, la croissance et la lutte contre les inégalités.

Mais au-delà des discussions de haut niveau, des débats de grande facture et des idées nouvelles partagés lors de cette rencontre, l’intérêt de ce Forum était d’avoir pendant deux jours l’ancien Président Lula. Il était là disponible, souriant et plein d’humour comme à son habitude. Il n’a pas parlé de toute la réunion mais il a suivi avec intérêt évident toutes les sessions. Il a finalement eu droit au discours de clôture du Forum. Et, là c’était probablement l’un des moments forts du Forum. Un discours enflammé dans les grandes traditions des joutes oratoires des grands dirigeants d’Amérique Latine. Un discours qui a retenu toute l’assistance avec son humour décapant, sa subtilité, son sens des responsabilités et une analyse politique d’une grande finesse. Ce discours sonnait comme une leçon de courage, politique, d’engagement fort en faveur des pauvres et des couches défavorisés. Mais, un engagement aussi sans populisme avec un grand sens de l’Etat et des responsabilités. Ce sens de la responsabilité est apparu lorsqu’il a parlé de la question de la dette du Brésil et lorsque tout le monde s’attendait à ce qu’il la répudie après son accès au pouvoir. Mais, il a décidé autrement et s’est engagé à honorer les engagements de son pays mais sans faire subir le poids de l’ajustement aux  pauvres et les plus défavorisés.

Son discours était aussi celui du militant empreint d’une grande capacité d’indignation comme lorsqu’il parlait du fait que personne n’ait été mis en prison après la faillite de la Banque Lehman Brothers alors qu’on mettait plus facilement les pauvres en prison s’ils ne parvenaient pas à honorer leurs dettes. Il s’est aussi indigné qu’on ne puisse pas mobiliser 350 milliards de $ pour aider l’Afrique à répondre à ses besoins d’infrastructures alors qu’on dépense des milliers de milliards pour sauver les banques de la faillite.

Mais, le moment fort de ce discours a été son regard sur les économistes qui lui conseillent toujours de ne pas changer les choses et de garder les veilles recettes de politique économique qui ont montré leurs limites depuis des années. Certes, un regard dur et une critique forte mais teinté aussi de tendresse et de complicité. Car ce dialogue avec les économistes lui a permis de développer des idées nouvelles et des politiques alternatives pour faire face à la crise. Cet échange entre le militant et l’homme politique engagé et les économistes ont été à l’origine d’une nouvelle problématique de développement qui conçoit la croissance en cohérence avec les besoins sociaux et la lutte contre les inégalités.

Et, surtout dans ce discours le Président Lula a invité les gens à ne pas perdre espoir et il a rappelé que les moments de crise sont d’importantes périodes de rénovation politique. Il a invité à faire des revendications d’égalité, de fraternité et de liberté de la révolution française les principes qui doivent guider l’action future des acteurs politiques et des gouvernements à travers le monde.

Ce discours et ce Forum ont été d’importants moments d’échange, de dialogue et d’inspiration de l’expérience brésilienne. Une expérience qui a mis fin au dogme de l’économie standard que la croissance ne peut s’accompagner avec la réduction des inégalités. Cette expérience a montré que la croissance doit s’accompagner d’une résolution de la question sociale à travers une lutte contre l’exclusion et les inégalités. A ce titre cette expérience doit être méditée y compris sous nos cieux.

Hakim Ben Hammouda
Source:hakimbenhammouda.typepad

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