Le monde impérialiste change et redéfinit ses alliances

26.11.2015
Par Robert Bibeau
carte-monde-pays-drapeau-300x187La gauche bourgeoise est pleine d’admiration pour les institutions internationales «citoyennes» dont sont dotées la grande bourgeoisie mondiale tels l’ONU, l’OCDE, l’OTAN, L’Union européenne, la Banque mondiale et le FMI. Chaque jour, la go-gauche voit évoluer ses camarades des temps passés dans les arcanes du pouvoir délétère de ces organisations impérialistes. Bien entendu, du bout des lèvres les bobos de la go-gauche critiquent ces organisations du grand capital pour avoir manqué à leur devoir de compassion afin d’ainsi détourner l’attention vers ces exécutants insignifiants.

Il ne faut pas que l’ouvrier découvre que le monde impérialiste change pendant qu’eux déchantent et s’attristent de ne pouvoir réformer le capitalisme. Le pouvoir véritable n’est pas dans ces organisations d’exécutions marquant l’équilibre machiavélique entre puissances impérialistes hégémoniques.

Il y a plusieurs années nous annoncions dans les pages du webmagazine Les 7 du Québec et sur divers webmagazines politiques que le vaste monde impérialiste mondialisé et globalisé, qui regroupe tous les pays capitalistes de la planète, changeait rapidement et se réorganisait selon de nouvelles tangentes entre pays dominants et leurs alliances hégémoniques.

Les États-Unis d’Amérique fortement désindustrialisés nous apparaissaient déjà en difficulté malgré leur surenchère financière mystifiante. Les États-Unis dirigent l’Alliance Atlantique que ses alliés commençaient déjà à déserter ou à trahir. Nous avions alors donné de nombreux exemples de la débandade de l’Alliance Atlantique, et de l’OTAN son organe militaire, au Proche-Orient, en Afrique et en Europe (Serbie-Kosovo).

Reprenons certains constats que nous avions alors soulignés. Il apparaît évident que les États-Unis n’ont pas réussi à imposer leur hégémonie sur l’Afghanistan (pays pauvre et démuni) ni sur la région du Caucase convoitée à la Russie. Le Pakistan, leur proche alliée, a protégé et dissimuler Ben Laden et les États-Unis d’Obama n’ont rien trouvé de mieux que d’assassiner l’invité secret de leur allié dans cette contrée, transformant leur ami en ennemi qui n’attend que le moment de sa revanche. L’Irak est une poudrière que douze ans de massacre américain n’ont pas vaincue ni apaisée. Aujourd’hui, des bandes de mercenaires rebelles, ex-agents de l’impérialisme au Levant, font fi des ordres de leurs anciens adjudants et développent leur propre politique autonome avec les armes qui leur ont été donné par l’oncle Sam et ses alliés apeurés. L’Arabie et la Turquie y pêchent en eau trouble défiant leur ennemi, leur ami et leur allié étatsunien !

Au Liban, le Hezbollah mène la danse malgré les atermoiements de la gouvernance américaine et en Syrie Bachar el Assad, soutenu par l’impérialisme russe, tient tête à la coalition américano-turco-saoudienne. L’impérialisme israélien, longtemps une base militaire américaine avancée au Levant, prend aujourd’hui de plus en plus d’ascendant, refusant le diktat des États-Unis. Ce pays développe ses propres alliances en prévision des bouleversements qu’il pressent. Les autres ensembles impérialistes de la région dont l’Arabie Saoudite, le Qatar, le Yémen développent leur propre politique extérieure avec impertinence et souvent dans le dos de la puissance américaine devenu soudainement incapable d’imposer son hégémonie. Rien n’indique que la politique de l’Alliance Atlantique triomphera dans cette région du monde.

L’Iran, impose ses règles et cet impérialisme est sur le point de signer un accord sur le nucléaire qui fera rager Israël, mais contentera les Étatsuniens qui ont décidé de jouer la carte iranienne en échange de la carte israélienne. Dans cet accord l’Iran ne cèdera pas un pouce de ce qu’il avait déjà convenu de céder (très peu) en échange de sa capacité de contrôler une partie de cette contrée «poudrière pétrolière» et d’assurer l’acheminement du pétrole à travers le golfe Persique pour approvisionner l’Europe l’allié enchaîné de l’Amérique.
La Turquie, soudain sans parrain, se cherche des amis et ne parvient qu’à mécontenter tous ceux qu’elle voudrait rallier. Il lui est difficile de faire son lit entre l’Arabie, la Russie, l’Iran et Israël. Un point est clair cependant, la Turquie comprend que son ancien mentor étasunien est de moins en moins son suzerain. Et nous pourrions ainsi poursuivre le tour d’horizon des pays qui sont appelés à se réaligner au cours des prochaines années.
Mais quel est le facteur décisif qui entraine cette nouvelle division du monde impérialiste à l’économie globalisée, mondialisée et interreliée ?
Nous avions répondu à cette question il y a plusieurs années. Marx nous a enseigné que c’est l’économie qui dirige le monde et nous ne l’avons jamais oublié. Il y a des années, les États-Unis étaient déjà en grande difficulté économique. Il était donc facile de prévoir leur déclin sur tous les plans et sur tous les terrains, militaire, politique et diplomatique. Ce qui advint.
Face à l’ogre décadent, voici la hyène rugissante. Le FMI le dévoile enfin après des années de mensonge statistique que nous avions alors dénoncé. Voici les données du FMI pour le PIB par pays en 1995 et voilà ses prévisions pour les 10 plus puissantes économies du monde en 2015. Ce que nous avions prédit dès 2012 se confirme.

1995 (en milliards d’US$) 2015 (Prévisions du FMI)
1. USA 7.664 1. Chine 19.230
2. Japon 2.880 2. USA 18.287
3. Chine 1.838 3. Inde 7.883
4. Allemagne 1.804 4. Japon 4.917
5. France 1.236 5. Allemagne 3.742
6. Italie 1.178 6. Russie 3.643
7. Royaume-Uni 1.161 7. Brésil 3.173
8. Inde 1.105 8. Indonésie 2.744
9. Brésil 1.031 9. France 2.659
10. Russie 955 10. Royaume-Uni 2.547

Observez la force économique (le PIB) d’une puissance impérialiste et vous saurez ce que cette puissance manigance de grand ou de petits complots pour s’emparer de nouveaux marchés ou pour maintenir son hégémonie sur des régions de ressources ou pour exploiter de nouveaux essaims de travailleurs salariés, unique source de plus-value.
Prenez note que quatre pays de l’alliance BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine) se retrouvent au 1er, 3e ,6e et 7e rang alors que les pays de L’Alliance Atlantique se retrouvent aux 2e, 4e, 5e, 9e et 10e rangs.
Prenez garde cependant, au sein de l’Alliance Atlantique en décadence les tensions sont fortes et un thuriféraire comme l’Allemagne peut faire faux bond à tout instant et se rapprocher de l’alliance chinoise montante. Cependant, ce n’est pas la Chine que convoite l’Allemagne, mais bien la Russe riche des matières premières nécessaires à l’impérialisme germanique et au marché avide de machines-outils performantes que produit l’Allemagne en surabondance. L’Allemagne est ainsi écartelée entre ses intérêts économiques et ses alliances politiques, diplomatiques et militaires. La théorie marxiste nous enseigne qu’en dernière instance les intérêts économiques auront toujours préséance.
La situation est semblable pour l’Empire nippon dans la zone Asie-Pacifique que Barak Obama a déjà identifiée comme la zone du prochain conflit mondial. Le Japon a besoin des ressources naturelles de la sphère d’influence chinoise et il possède des technologies et des machines-outils dont la Chine est friande. Les intérêts économiques poussent le Japon dans les bras de la Chine, alors que son assujettissement politique, militaire et diplomatique avec l’Amérique le contraint à s’éloigner de son potentiel allié. À long terme les intérêts économiques nippons devraient le pousser vers la puissance hégémonique chinoise, la première puissance économique mondiale dès 2015.
Le monde impérialiste change ses alliances et cette tendance se perçoit à travers les multiples conflits régionaux particulièrement concentrés dans les zones de ressources énergétiques (les mystiques religieuses ne servant que de prétextes à ces affrontements titanesques par petits peuples interposés) et la classe ouvrière du monde entier n’a rien à gagner dans ces conflits pour la division du monde entre grands requins prédateurs. La classe ouvrière doit poursuivre sa résistance à toutes les politiques d’austérité qui visent à lui reporter sur le dos le fardeau des crises successives et se préparer idéologiquement et politiquement à changer le mode de production mondiale.

Source:les7duquebec

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