Le mariage gay au service de l’oligarchie

Le mariage homosexuel n’est pas un processus révolutionnaire en lui-même ; il n’a d’ailleurs pas engendré de bouleversement des mœurs dans les pays qui l’ont adopté. Mais il participe d’un long travail de la classe révolutionnaire – la haute bourgeoisie oligarchique, comme l’a revendiqué le milliardaire Warren Buffett – contre les classes inférieures de la société.

Il n’y a pas processus de rupture politique dans la légalisation du mariage dit pour tous, ce n’est au contraire qu’un pas en avant symbolique pour désintégrer un peu plus la famille, seule structure solide face au monde individualiste du consommateur promu par la société mondialo-capitaliste. La cible des dominants, c’est la famille.
La famille a été ce lieu contre lequel le pouvoir totalitaire a toujours buté. Cellule de base de la société, l’État jacobin y trouvait un frein à son expansionnisme universel. La famille paysanne traditionnelle de nos pays était un État dans l’État, régi par ses propres lois, dans un territoire resserré d’où l’on ne s’éloignait guère que jusqu’au village voisin. Les liens du sol et du sang marquaient de leur pouvoir, rival du pouvoir central, la vie rurale.

Le courant aristocratique puis bourgeois, du XVIIe jusqu’aux Lumières, a marqué une liminaire attaque contre la rigidité inflexible de la cellule familiale. La promotion du libéralisme des mœurs y était conjointement défendue avec celle du libéralisme économique. Il ‘agissait, pour la bourgeoisie montante, de prendre la place d’une aristocratie décadente qui n’avait plus guère de considération pour l’ordre social ancien. Brandissant l’étendard de la liberté, la bourgeoisie obtiendrait les moyens de faire régner sa toute puissance fiduciaire sur le peuple.

La révolution industrielle parviendrait, elle, à commencer de dissoudre la localisation des familles sur des territoires recentrés. Les travailleurs pauvres furent lancés par les routes pour vagabonder, à hue et à dia, à la recherche d’un emploi, perdant le lien avec leurs familles. Parallèlement, la société paysanne, largement majoritaire, se voyait petit à petit rétrogradée à une composante marginale de la société. Les classes populaires avaient été déracinées et se trouvaient désormais propulsées hors-sol. La civilisation de villes d’immigrés nationaux puis extranationaux remplaçait la cohésion des hommes autour de leur clocher.

Aujourd’hui, ce cosmopolitisme est promu en dogme. Dès l’université, les futures classes supérieures sont invitées à s’expatrier pour parfaire leurs études. De même que l’administration centrale a toujours apprécié de déplacer ses fonctionnaires dans des contrées éloignées de leur lieu d’origine, les jeunes du XXIe siècle s’attendent comme quelque chose de naturel à ne pas faire leur vie là d’où ils sont. Ils vivront loin de leurs parents, ne verront leurs oncles et tantes qu’à de rares occasions, perdront vite tout contact avec leurs cousins.

Le XXe siècle a été le moment de la magistrale dissolution de la famille. Plus que les luttes féministes, la première guerre mondiale aura été le prétexte pour faire quitter aux femmes leur travail domestique pour les envoyer à l’usine, rompant le lien avec leurs enfants. Le divorce, d’exceptionnel événement nécessaire, est devenu la norme qui suit le mariage. S’ensuivent des familles décomposées où les enfants naviguent d’un parent à l’autre… tant que l’un des deux n’a pas migré à des centaines de kilomètres. Le divorce, s’il multiplie par deux les frais d’habitation (outre les frais de transports), n’est pas un problème pour ceux qui « ont les moyens ». Pour les plus démunis, c’est un poids insupportable sur le budget.

La dite « révolution sexuelle » des années 68 a, elle, encouragé la perversion de toute transcendance dans les relations sexuelles. Désormais, tout est permis. Le couple se forme au hasard, dans un seul projet de plaisir hédoniste immédiat. Les éventuels enfants, que n’auraient pas empêchés la contraception, sont des objets inattendus devenus rois face à des parents paumés entre la réalisation de leur égoïste libido, la fugacité de leurs sentiments, leur parcours professionnel, leurs convoitise marchande.
Dans ce paysage, dans lequel de la famille il ne reste que des vestiges branlants, marier les homosexuels n’est qu’une perpétuation du même projet auquel tient l’oligarchie mondiale. Les prétentions à fonder ce contrat sur des matières aussi fugitives que l’amour ou le désir ont vu leurs prémisses il y a trois siècles. Quoi qu’on fasse, les familles sont disloquées et ne représentent plus grand chose face à la domination, mais c’est encore trop pour cette classe sociale et ses projets. Ôter tout sens à l’union civile d’un homme et d’une femme dans l’unique dessein de faire famille, voilà le but absolu qui motive le soutien au mariage gay.

Est-il nécessaire de faire un tour vers les stupidités autour de la légalisation de l’adoption par les homosexuels ? Il nous faut plaindre les malheureux d’entre eux qui croiraient qu’on leur donnera un enfant à élever si la loi passait : même les couples hétérosexuels ne peuvent pas adopter faute qu’il y ait d’enfants à adopter. Les parents qui adoptent des enfants aujourd’hui, et quelles que soient les pratiques sexuelles de ces parents, le font généralement en prenant l’avion pour acheter un enfant en Asie ou en Afrique. La différence, en adoption comme ailleurs, elle n’est pas entre homo et hétérosexuels, elle est entre ceux qui ont de l’argent et ceux qui n’en ont pas !

Face à ses familles en lambeaux individualistes qu’a façonnée délibérément la société néolibérale, les classes supérieures, elles, ont conservé des structurations extrêmement traditionnelles (se conférer à l’excellent travail sociologique effectué par le couple Pinçon-Charlot dans cette classe révolutionnaire qu’est la très haute bourgeoisie). Désormais, le peuple est nu, l’homme est seul avec son phallus masculin ou féminin en berne, et, contrairement au conte, c’est cette fois-ci le roi – l’oligarchie financière – qui rit aux éclats du nouveau coup qu’il a concocté contre les pauvres.

Quoi de plus normal que le président du même nom ne vienne avec son mariage gay en mains ? Quand la droite est au pouvoir, elle fait faire quelques pas au libéralisme économique ; quand c’est au tour de sa gauche, c’est le libéralisme sociétal qui avance. Et ainsi, cahin-caha, la société va toujours dans le même sens, celui de la domination bourgeoise sur la cariatide.
Face à cette réalité politique, les pro-mariage-gay s’échinent à grimer leurs adversaires en de vilains homophobes obsédés par leurs archaïques fois chrétiennes ou autres. Or, il n’y a pas besoin d’être croyant ni même d’avoir choisi une vie hétérosexuelle pour être opposé à cette mesure néolibérale supplémentaire ; la raison, une pure raison laïque – qui peut être partagée tant par des athées que par des homosexuels -, cette raison suffit. Tous ceux qui ont compris que le seul but des instigateurs de ce mariage, ce seul but est la construction d’une société totalitaire à l’image exacte de celle du d’Aldous Huxley dans le Meilleur des Mondes, ceux-là sont résolument contre cette mesure de régression sociale.

Source: adelannoy.wordpress

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