LE HIDEUX VISAGE DU FMI, DE LA BANQUE MONDIALE ET DES AUTRES,(suite et fin)

DANS LE FILET DE L’OISELEUR

Evidemment, comme nous le savons tous par expérience, les pays qui empruntent n’arrivent pas à payer parce que le plan de développement au départ est biaisé. Ces institutions financières savent bien que le plan de développement échouera. Peu importe en réalité que vous payiez ou pas. En fait ils souhaitent que vous ne payiez pas car le but ultime de toute cette activité est de vous mettre dans la dette.

La dette met l’entité qui la doit en position de vulnérabilité et d’infériorité. Cette entité devient redevable, donc psychologiquement diminuée, trainant toujours avec elle la menace des taux d’intérêts élevés. A ce niveau on envoie donc ces assassins économiques pour la récolte. Ils vous disent en substance que puisque vous n’êtes pas arrivés à payer vos dettes en argent liquide, vous devez payer en:

  1. Privatisant les compagnies nationales: Dans le cas des pays africains, la privatisation fait même souvent partie du plan de départ et dans ce cas elle est présentée comme une condition au financement et la solution à la relance de l’économie par la revitalisation et l’agrandissement du secteur privé. Dans certains cas, elle est la conséquence de l’incapacité du pays à payer ses dettes. On force donc ces Etats à céder leur patrimoine national à des compagnies étrangères. C’est ainsi qu’au Cameroun sous le fallacieux nom de Plan d’Ajustement Structurel les salaires des fonctionnaires ont été diminués, la compagnie d’électricité, de l’eau, la gestion du port autonome, toutes lucratives ont été privatisées.

Cette privatisation entraine une augmentation des prix de ces services essentiels qui perdent leur caractère social parce que désormais gérés par des compagnies privées intéressées uniquement par le profit. En Bolivie le cout de l’eau privatisée avait augmenté jusqu’ à 50% entrainant des émeutes qui ont permis au peuple de reprendre possession de ce bien naturel(1) Et cette nouvelle donne plonge naturellement une bonne partie de la population dans la pauvreté.  Les institutions financières internationales forcent aussi les gouvernements à réduire les investissements dans les services sociaux tels que l’éducation et la santé pour payer la dette, les rendant inaccessibles aux populations. C’est en partie pourquoi nos hôpitaux sont devenus des mouroirs et que les soins qui étaient donnés gratuitement sont payants. Une partie de nos budgets va au payement de ces dettes.

Ces compagnies privées viennent en Afrique avec les mauvaises habitudes déjà pratiquées en occident à savoir la surfacturation et le tripatouillage des factures suivies de l’intimidation des consommateurs sous forme de menace d’interruption intempestive de service. Ils savent qu’après un temps de résistance et de protestation, les consommateurs finissent par se résigner à cette façon de procéder comme ils l’ont fait en occident. Je suggère vivement aux consommateurs africains de protester contre cette forme de vol jusqu’à ce que leurs gouvernements interviennent.

 La privatisation entraine aussi le drainage des richesses nationales à l’extérieur. L’argent que les camerounais ou ivoiriens payent maintenant pour l’électricité ne rentre plus dans les caisses de l’Etat camerounais et ivoirien, mais va dans les comptes bancaires de la compagnie américaine aux Etats-Unis ou en France. C’est comme si un individu vous forçait à vendre votre compagnie de beignets pour que vous commenciez à en acheter chez lui.

Certaines de ces compagnies sont achetées à des prix dérisoires par l’élite locale alors que les plus grandes sont vendues aux multinationales.

  1. Vendant les ressources naturelles à des prix dérisoires: Il est assez souvent demandé aux pays endettés et incapables de s’acquitter de leurs dettes de les payer en vendant leurs ressources naturelles à des prix dérisoires. Le pardon de la dette qu’on proclame comme un acte de bienveillance rend les choses encore plus pernicieuses car en échange de ce pardon de la dette, on demande aux pays concernés de donner leurs ressources naturelles pour presque rien et de signer des accords commerciaux qui à terme détruisent leur tissu économique.
  1. Procédant à l’ouverture du marché: Sous des accords tels que l’ACP-EU, on oblige les pays africains à ouvrir leurs marchés aux excédents de produits manufacturés venus d’occident. Normalement, les pays ont tendance à protéger leurs marchés pour favoriser l’émergence des industries nationales. Lorsqu’on force les pays endettés à ouvrir votre marché à la consommation extérieure, ces institutions étouffent toute initiative d’industrialisation locale de ces pays. En effet, pourquoi les hommes d’affaires locaux investiraient-ils à créer des entreprises pour fabriquer les produits qui existent déjà sur le marché? Comment d’ailleurs une industrie prendrait-elle naissance ou survivrait-elle dans un espace économique déjà conquis et saturé par un flot de produits étrangers ? C’est ainsi que le poulet congelé, pleins d’antibiotiques, d’hormones et nourri aux maïs génétiquement modifiés a rempli les marchés africains amenant avec eux leur lot de maladie et de décès par infarctus du myocarde (Lire Ces Poulets Congelés Et Autres Aliments Importes Qui Nous Rendent Malades), détruisant l’élevage local. Cette libéralisation du marché réduit de 50% les revenus des locaux (1), détruit l’économie locale, met au chômage des centaines et même des millions de personnes qui quittent leurs villages, abandonnent leurs champs et élevage pour chercher un travail en ville ignorant que l’employé de bureau ne crée pas de richesses. Ces gens passent donc de l’état de chefs d’entreprise potentiels à celui de salariés, de propriétaires à celui d’employés.
  1. Procédant à la dévaluation de votre monnaie: Lorsqu’on dévalue votre monnaie de 50%, vos ressources naturelles perdent 50% de leur valeur permettant aux compagnies étrangères de prendre pour moitié prix votre richesse tout en vous vendant pour le double du prix le produit fini.
  1. La libre circulation des capitaux : Celle-ci permet aux compagnies étrangères de transférer leurs capitaux vers les paradis fiscaux évitant ainsi par des manœuvres frauduleuses de payer à leur juste valeur les impôts dans les pays du tiers-monde où leur richesse est créée.
  1. Donnant votre vote aux Nations Unies: Entre autres choses on demande la garantie de votre support aux Nations Unies. Lorsque ces pays décident d’aller en guerre ou de commettre un autre acte d’accaparement de ressources naturelles sous l’égide des Nations Unies, le pays endetté devra supporter cette initiative et éventuellement envoyer des troupes pour donner un caractère international à une entreprise illégale.
  1. Permettant sur votre territoire l’installation d’une base militaire: On vous demande aussi de permettre qu’on installe une base militaire dans votre pays. Le but des bases militaires est de contrôler et d’influencer les événements dans ce pays et dans la sous-région en faveur de la puissance qui a cette présence militaire et aussi de mener aisément des guerres locales contre les puissances régionales considérées comme adversaires.

C’est cette prise par la force, la corruption et la ruse des ressources naturelles des pays économiquement et militairement  faibles que l’on appelle la mondialisation.

Il faut dire que beaucoup de personnes travaillant pour ces organisations surtout au niveau intermédiaire ne connaissent pas ce jeu. Ils se laissent tromper par le financement de petits projets sur le paludisme, la lutte contre le Sida ou les adductions d’eau qui sont conduits ça et là à grande pompe de publicité pour entretenir l’illusion. Certains grands responsables sont même honnêtes dans leur désir de soulager la souffrance humaine mais sans connaitre les objectifs réels de leur organisation. Ceux qui connaissent la vérité ne peuvent pas faire grand-chose.

LE MYTHE DE L’AIDE AU DEVELOPPEMENT

En même temps que les pays occidentaux nous soumettent à cette dictature économique et financière, ils ont créé un instrument d’un pouvoir de destruction et de tromperie formidable : l’aide au développement. Etablissons tout de suite ici une vérité sur l’aide au développement : C’est un concept de tromperie. Les pays occidentaux n’ont, nous le savons maintenant,  vraiment aucune intention de nous laisser nous développer, encore moins nous aider. Nous devons nous développer par nos propres moyens et contre leur volonté. Et ceci ne sera pas accompli quelque soit la masse d’argent mise à notre disposition s’il n’y a pas au préalable dans nos pays une dynamique interne de développement. Alors pourquoi ont-ils créé toutes ces institutions d’aide au développement ? C’est pour:

  1. Entretenir une illusion de bienveillance aux yeux des populations africaines qui ont malheureusement mis leur espoir sur les pays dits développés. Si ces populations connaissaient dans leur ensemble le vol organisé qui était effectué à leurs dépens, nous aurions de forts sentiments antioccidentaux qui rendraient risque la simple conduite de business sur nos territoires avec des risques d’instabilité sociale. Le concept de l’aide au développement neutralise cette animosité.
  2. Dissiper le sentiment de culpabilité des populations occidentales qui ne comprendraient pas que leurs gouvernements ne fassent rien pour soulager les souffrances des pays africains si souvent évoqués dans leurs medias. Beaucoup d’occidentaux ne connaissent pas les activités de leurs gouvernements et croient vraiment que leurs gouvernements veulent nous aider et que nous ne nous développons pas simplement parce que nous sommes fainéants.
  3. Créer un ascendant psychologique sur les gouvernements africains : Cette aide apparente donne aussi aux populations occidentales un sentiment de supériorité vis-à-vis des Africains qui « reçoivent » cette aide. Dans le même état d’esprit elle entretient un complexe d’infériorité et un sentiment de dette morale chez les Africains. Tout ce poids psychologique rend difficile toute compétition à égalité avec des bienfaiteurs qui semblent être supérieurs
  4. Endormir notre potentiel : Lorsqu’on vous habitue à recevoir des autres et à compter sur eux, lorsque l’on vous fait croire que la solution à vos problèmes est ailleurs, vous vous mettez inconsciemment au repos et fixez votre espoir sur celui qui semble avoir une solution facile à votre problème. Alors vous attendez, espérez et attendez une solution qui ne se matérialise pas. Pourtant, si tous les Africains avaient bien compris que leur développement devra sortir d’eux, s’ils croyaient seulement en leurs capacités, ils iraient chercher dans leur fond intérieur ce talent, ce courage, ce génie qui dort en eux et qui est plus que suffisant pour conquérir le défi de leur quotidien. La première victoire du colon a été gagnée dans notre esprit.
  5.  Créer un état de dépendance et des moyens de pression.  C’est parce qu’ils vous la donnent qu’ils peuvent dire qu’ils vous suppriment l’aide. L’aide au développement habitue celui qui la reçoit à un revenu. Il ya même peut-être des pays qui font leurs budgets en comptant sur cet apport. Lorsqu’on veut vous faire mal, on supprime simplement cet apport, retire les conseillers militaires, les coopérants etc.… Et cela ne se sentirait pas si cette relation de dépendance n’avait pas été créée comme en Erythrée.

Je ne nie pas que l’aide apportée par quelques entités privées et bienveillantes n’ait pas soulagé les souffrances et même sauvé des vies. Je ne mets même pas en question le fait qu’il y ait des gens dans les institutions de l’aide au développement qui soient sincères. Ce que je dénonce c’est l’esprit qui se cache derrière et le but ultime de ce concept. Savez-vous qu’une partie de l’aide de la France rentre dans ce pays pour le financement des partis politiques (2) ? Une autre partie est détournée par les responsables locaux au su de l’hexagone qui octroie cette aide. L’aide au développement est en fait une opération de détournements de fonds français par les hommes politiques de ce pays et de nos pays.

Dans cette même logique, ces gouvernements qui organisent le pillage de nos ressources osent prêcher la bonne gouvernance. En utilisant la bonne gouvernance comme outil de chantage sur des gouvernements coupables de nombreuses exactions avec leur complicité, les pays occidentaux jouent deux cartes. Ils exercent une pression sur les gouvernements comme pour dire, « si vous nous embêtez nous brandissons votre corruption et demanderons votre départ » en même temps qu’ils font croire aux populations africaines qu’ils veillent à ce que leurs gouvernements les traitent bien.

Les gouvernements africains ont-ils ont une responsabilité à tout ceci ? Absolument ! Le but de cet article n’est d’ailleurs pas de les disculper de leurs responsabilités dans la gestion calamiteuse de leurs pays. Ils sont en effet responsables par la pratique du tribalisme, de la corruption, des détournements des deniers publics, du clientélisme du marasme économique, culturel, social, moral et spirituel dans lesquels se trouvent les pays africains, surtout ceux de la zone francophone. Ils peuvent mieux gérer ce qu’ils ont en main. J’essaye ici de montrer la face cachée du jeu sordide des acteurs internationaux.

COMMENT SORTIR DE CE PIEGE.

  1. Arrêter de traiter avec le FMI, la Banque Mondiale et leurs semblables : Je ne suis pas en train de suggérer de ne pas payer les dettes. Il faudrait simplement arrêter d’emprunter auprès de ces institutions et au besoin faire refinancer notre dette par des pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil ou même le Venezuela à des taux d’intérêts raisonnables.
  1. Chercher les financements auprès d’entités moins dangereuses : Des pays comme le Venezuela, la Russie, l’Angola, l’Algérie (qui a récemment annulé la dette de dix pays africains) et même certaines monarchies arabes pourraient être considérés comme des sources de financement moins dangereuses. Les pays africains devraient aussi considérer l’important capital financier que constitue leur diaspora. Mis ensemble, ces Africains qui sont disposés à investir dans leurs pays ont des centaines de millions de dollars qui dorment dans les banques étrangères. Cependant, pour avoir accès à ce capital, les gouvernements africains devront donner des garanties de stabilité politique et bancaire, de transparence du système financier et d’assainissement du milieu des affaires. La communauté noire occidentale, en particulier américaine qui veut retrouver ses racines africaines serait très enthousiaste à investir si on l’approchait et l’éduquait sur les opportunités en Afrique.
  1. Considérer le troc comme mode d’échange : Apres avoir arrêté de traiter avec les institutions du genre FMI et Banque Mondiale, le président Hugo Chavez du Venezuela a proposé aux pays de la sous-région de faire du troc pour diminuer leur dépendance vis-à-vis du dollar américain et des financements étrangers. C’est ainsi qu’il donnait son pétrole au Cuba et à l’Argentine en échange respectivement de médecins et de bétail. Nous pourrions aussi faire la même chose dans la région africaine et amener l’Afrique subsaharienne à établir un partenariat stratégique avec les pays d’Amérique du Sud avec lesquels nous avons des affinités culturelles et partageons la même douloureuse histoire.
  1. 4.      Utiliser la sagesse en traitant avec la Chine : Ne nous faisons pas d’illusions : Bien que la Chine ait vis-à-vis des pays africains une politique plus souple de part sa culture et qu’elle lui offre des conditions meilleures que les occidentaux, elle est en Afrique pour faire des affaires et gagner de l’argent. Si nous n’approchons pas nos relations avec la Chine avec une profonde réflexion, nous nous retrouverons dans un autre genre de problèmes. Par exemple. celle-ci ne nous aide pas beaucoup en construisant nos infrastructures et en nous submergeant de ses produits manufacturés bons marché. Dans le premier cas, s’il n’y a pas de transfert de technologie, nous serons nous serons à la même enseigne dans dix ans et serons continuellement dépendants d’elle pour les réparations ou la construction d’autres infrastructures. Les gouvernements africains doivent insister pour que les compagnies locales soient associées à ces projets, au besoin à travers la sous-traitance. Dans le deuxième cas, nos pays doivent limiter les importations chinoises à une liste  de matériel qui devrait simplement nous servir de support de base pour relancer notre économie. Notre bien-être doit être généré par nos ingénieurs et notre économie. On ne prospère vraiment pas, tant qu’on achète chez les autres.
  1. Redéfinir le développement : Nous ne devons pas voir en le développement la seule construction d’infrastructures, une simple acquisition de bien de consommation, un simple accès à une aisance matérielle. Nous devons aussi intégrer dans notre notion du développement, le bien-être émotionnel et spirituel de l’individu. Nous devons sortir des valeurs prescrites par les institutions et cultures étrangères et redéfinir notre développement comme le dit le Dr. Jean-Paul Pougala. Et cela ne se fera qu’en retrouvant nos valeurs d’hospitalité, d’auto-assistance, de gestion communautaire des richesses. Nous devons dans nos systèmes de valeurs redonner au bien-être de l’individu et à la vie humaine la place la plus élevée.

Avant d’arriver à cela, nous devons d’abord procéder à un délavage collectif de cerveau. L’un des moyens pour le faire c’est de lire et faire lire Géostratégie africaine, le livre du Dr. Jean-Paul Pougala.

Contacter le Dr Pougala en écrivant à pougala@gmail.com ou en visitant son blog. www.pougala.fr. Pour connaitre le point de vente du livre le plus proche de vous, écrire à boyom@laposte.net

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(1)    La Fin De la Pauvreté ? Documentaire de Philippe Dias

(2)    La Francafrique de François-Xavier Vershave

Atangana Mebah Dorien

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