Le défi technologique: un impératif catégorique pour le développement économique et politique de l’Afrique, (Par Grégoire Biyogo)

Grégoire Biyogo, samedi 8 octobre 2011, 01:21
 A LIRE ABSOLUMENT: Mutations technologiques en Afrique subsaharienne de Marcel Didier GBAGUIDI

Marcel Didier GBAGUIDIPREFACE : Le défi technologique : un impératif catégorique pour le développement économique et politique de l’Afrique.
Par Grégoire Biyogo,
Directeur de l’Institut Cheikh Anta Diop (ICAD), philosophe, égyptologue, politologue. Lauréat de la Sorbonne, Chevalier de la Pléiade (Université Omar Bongo, Université Paris Est).

1. Objets et enjeux

La question abordée ici constitue un grand sujet, qui comporte un intérêt pressant en termes de stratégie, d’économie politique et de politique de développement. Les recherches sur la science, les nouvelles technologies et leur transfert en vue du développement de l’Afrique constituent de façon générale un enjeu majeur. Appeler à s’y investir devient dès lors un impératif catégorique. C’est en cela que toute publication sur ce domaine de recherche est en soi précieux, d’autant qu’il y a encore un immense déficit en la matière aujourd’hui dans le continent. Aussi la parution de l’ouvrage de M. Marcel Didier GBAGUIDI dans la collection «Recherche et Pédagogie» que je dirige aux éditions L’Harmattan, invite-t-elle à une attention particulière, à la fois par son intitulé: Mutations technologiques et scientifiques en Afrique sub-saharienne. Et par son contenu, son combat.

C’est que force problèmes cruciaux se posent dans ce champ heuristique encore peu exploré, dont:

– l’intégration régionale et la coopération interétatique en vue d’une politique scientifique coordonnée au sein même du continent africain, par l’entremise de l’UA;

– l’autonomie industrielle de l’Afrique, avec la possibilité de la transformation locale de ses matières premières. Mais ceci implique la production énergétique locale (énergie solaire);

– l’Afrique et le droit au nucléaire;

– la conquête patrimoniale de l’environnement et de l’espace; le défi technologique, ainsi que le développement des secteurs forestiers et agricolesla mise sur pied des centres de recherche et des instituts universitaires performants à envergure sous-régionale, et capables d’accueillir et de former avec rigueur des étudiants et des chercheurs africains dans le domaine des sciences et des biotechnologies, et dans des discours aussi stratégiques que l’économétrie, l’électronique, la biochimie, l’égyptologie, l’histoire ancienne et l’archéologie, la science et la géographie politiques, la monnaie, les mathématiques et l’informatique, les sciences de la pétrologie, l’histoire des sciences et des techniques et l’histoire de la philosophie, à partir du foyer égypto-nubien…

L’Afrique qui ne produit que fort peu de savoir scientifique mondial (1,5%°) ne compterait encore qu’un effectif de 1,1% de chercheurs. Elle ne peut donc s’autoriser durablement d’une telle posture marginale, minoritaire et d’exclusion, tant elle est tenue d’opérer sa révolution technologique par-delà la conjoncture sévère, la décroissance actuelle et la décélération de l’économie internationale.

C’est que, l’Afrique subsaharienne ne représenterait que 2,3 % du produit intérieur Brut (PIB) au niveau mondial, et n’investirait qu’à hauteur de 0,4 % pour la recherche et le développement (RD).

Certes, cet énorme retard ne relève-t-il pas du hasard, mais s’explique d’abord historiquement, pour l’essentiel du fait conjugué des incidences de l’Esclavage, de la Traite négrière, et de la Colonisation, qui ont mis entre parenthèses les institutions scientifiques, et effectué des choix arbitraires dans la politique de développement, en marginalisant l’épanouissement des institutions scientifiques locales. Ce lourd passif a laissé à l’Afrique une situation de déséquilibre sans précédent dans plusieurs domaines, occasionnant la détérioration des termes de l’échange hérités de sa division du travail. Cela s’est aggravé avec les carences et les détournements de fonds produits par les matières premières ( pétrole, uranium, manganèse, fer, ) au sein même de l’Etat néocolonial qui, pendant maintenant cinquante ans (1960-2010), ne s’est pas vraiment préoccupé de créer les facteurs de développement économique et technologique endogènes qu’espérait tant ce continent ancien, surtout après les Conférences Nationales qui, objectivement, devaient déboucher sur la relance des économies et l’aboutissement transition démocratique interne, avec le passage de l’Etat-parti (le parti unique) à l’Etat de droit.

Le cercle vicieux de la dette, les contraintes imputées à la convertibilité de la zone franc, les transactions financières extravagantes et informelles d’une françafrique de plus en plus cynique et décomplexée – dont le soutien des systèmes antidémocratiques, le financement des milices privées et la marginalisation sommaire des véritables démocrates et des intellectuels nationalistes, souvent dotés d’une formation solide, sont autant de facteurs qui justifient la déstructuration et le contre-héritage d’un système de développement à la fois anti-technologique et anti-démocratique, dans un continent qui est pourtant crédité d’avoir inventé la première Charte démocratique de Mandé, dès le Moyen-âge, et les premiers textes de droit, ayant une connotation démocratique indéniable…

Comment surmonter ce paradoxe qui veut que le continent africain qui déborde de richesses écologiques, naturelles, forestières, minières, de réserves archéologiques et d’une histoire fort ancienne soit dans le même temps celui qui se trouve être le moins attaché au développement scientifique, démocratique, économique et technologique ?

D’où la nécessité pour l’Afrique de rompre avec son régime fébrile et passablement confidentiel de la science – pour un continent qui a lui-même inventé les premières sciences (mathématiques, astronomie, chimie, architecture, droit, philosophie – afin de se redéfinir un destin technologique, notamment en cette période de postcolonie (Mbemba)qui exige d’elle de travailler plus durement encore qu’autrefois de former de nouvelles élites universitaires et de les placer aux affaires en vue d’espérer recueillir les fruits de cet effort d’ici 2030, en prenant le parti de la recherche scientifique endogène pour accomplir le fameux saut technologique qui lui permettra de s’affranchir de sa situation de dépendance technologique et politique, qui la maintient aujourd’hui encore dans une posture de soumission quasi-vagabonde, tant elle est paupérisée à l’extrême, confinée à l’immigration – même si, là aussi, il ne s’agirait que d’un juste retour des choses, dans une logique de réciprocité de la surexploitation économique des Etats africains et de la paupérisation des Etats africains, à travers une logique de tension phagocytée de l’extérieur. Il est question pour l’Afrique de se réinventer une ambition mondiale afin d’infléchir le cours absurde et contingent de son Histoire. Une Histoire qui lui échappe, qu’elle ne fait pas, qu’elle ne peut faire dans le cadre actuel des Accords de coopération obsolètes et inégaux de 1960. Il est fondamentalement question de repenser les échanges sud-sud, sud-nord, nord-sud en ouvrant des grands chantiers dans le processus de développement durable du continent africain, en explorant de nouvelles formes d’énergie, en veillant à corriger les distractions d’antan dans la signature des Contrats et des Accords internationaux, en vue de préserver les intérêts minimaux et complémentaires des différents partenaires…

2. Perspectives

Ainsi les politiques de recherche, d’éducation, et de formation dans l’enseignement supérieur et la recherche scientifique en Afrique gagnent-elles à être radicalement recentrées, réajustées, contextualisées, arrimées au marché mondial de la production d’une recherche performante, efficiente, compétitive, invitée à jouer sur le plan de la transformation de la nature un rôle plutôt offensif que symbolique – talon d’Achille de l’Afrique, notamment de ses Traditions et des doctrines vitalistes, anti-transformistes, anti-mécanistes…

Or, la déconstruction de la relation de l’Afrique à la nature est le prix du développement technologique. Le rêve de sa préservation in extenso est une erreur grotesque dans le contexte de compétition sévère actuel. Il s’agit d’impulser la recherche fondamentale et appliquée (la création des infrastructures locales permettant l’auto-extraction et la transformation des matières premières, l’implantation des centres de recherches dans les domaines récents de l’économie de la planète et de la biodiversité, en réduisant l’exploitation exacerbée des matières premières du continent et en ralentissant la consommation non planifiée des produits venus de l’extérieur, pour se consacrer comme le voulait déjà Cheikh Anta Diop à l’exploitation de nouvelles formes d’énergie pour alimenter l’ensemble de nos pays – dont les paysans vivent aujourd’hui encore privés des besoins élémentaires en matière d’énergie. En quoi il recommandait de doter le continent entier de cette ressource.

La conférence mondiale sur la science qui s’est tenue à Budapest en Hongrie a montré la nécessité pour l’Afrique de s’engager dans cette bataille, en vue d’une meilleure organisation, d’une exploitation plus rationnelle, et j’ajoute, plus assurée de la planification et de la rentabilisation de ses nombreuses ressources naturelles et minières.

L’intervention du professeur Shem O Wandiga, président de l’Académie des sciences du Kenya, s’est orientée à juste titre sur ce point.

La même contradiction dont je fais état ici a été pointée: l’Afrique est une espèce de pépinière mondiale vivant cependant en dessous de ce que l’on pourrait attendre même à la plus basse échelle de la rentabilité de ses propres richesses. Elle vit dans la relégation du rôle de consommatrice des produits du développement industriel venus d’ailleurs comme si ce n’était pas la priorité de tout continent souverain de produire sa propre industrie, de battre sa monnaie, bâtir sa force de frappe selon le prisme de la dissuasion, de se ressaisir en ressaisissant ce destin d’exception que la nature lui a donné et qu’elle ne sait pas encore dominer, qu’elle ne peut point encore accaparer. Simplement parce qu’elle ne contrôle pas les sciences et la technologie.

Les USA doivent les 2/3 de la croissance économique à leur technologie, il y a un rapport évident de causalité entre la recherche scientifique en tant que telle et le développement économique et politique.

Il convient ainsi d’insister sur le rapport entre développent technologique et relance économique dans un contexte de préservation de l’équilibre de la biosphère, dont la lutte contre le réchauffement climatique – suite entre autres à l’exploitation sauvage des forêts africaines et sud-américaines – et au phénomène inqualifiable de stockage des déchets nucléaires dans un continent fragilisé par la pauvreté, les Guerres, l’usure de la dépendance, et qui de surcroît est le berceau même de la vie et de l’humanité, en comportant des sites archéologiques, géologiques très anciens et d’essence rare. On en connaît les conséquences; pollution de l’air et des sols, dégradation des océans, réduction de l’espérance de vie, aggravation de la situation de paupérisation…

Ce que l’on appelle non sans paradoxe la «bonne gouvernance» n’a de sens que dans un contexte où les pays concernés protègent leurs intérêts économiques et les réserves futures du continent et de la planète. Car il existe un lien inextricable entre l’indépendance politique concrète – celle-là même que nous avons ratée en 1960 et après laquelle nous courrons depuis sans pouvoir la rattraper – l’indépendance économique conséquente, et le souci démocratique interne, impulsé par le besoin de développer nos pays et d’émanciper nos Citoyens.

3. Intérêt de l’ouvrage

En somme, le bénéfice de l’ouvrage de M. GBAGUIDI réside d’abord dans la pertinence du sujet, la liberté du propos, et l’usage prépondérant d’une critique interne au continent, si souvent absente, ou du moins formulée sans intention de récupération ou de manipulation.

L’auteur, qui est chercheur, doublé d’un politique africain, porte un regard autocritique, qui n’impute ni eurocentrisme, ni afro-centrisme, mais une analyse courageuse et riche en perspectives, aux accents visionnaires. Formé aux métiers performants de la gestion et de l’économie, dont la vigilance s’exerce aussi bien à l’égard des vices de procédure et des obstructions politiques et économiques de toutes sortes de l’Occident à l’encontre du développement de l’Afrique, qu’au sujet de l’Afrique elle-même, ici rudement éprouvée, sommée de se relever de son apathie et de son injonction mimétique au profit de la conquête interne de la bataille du développement par la reprise de l’initiative de la science et des technologies actuelles.

Mais il y a plus: l’ouvrage fournit une traduction et une version nouvelles de la libération économique et technologique de l’Afrique en préconisant la maîtrise des outils scientifiques et des nouvelles technologies de gestion, notamment la technique épineuse et stratégique du transfert des technologies. En critiquant l’Occident avec la même virulence, lorsque cela s’impose.

Ce livre, viatique des pèlerins d’une autre Afrique, désamarrée de toute nonchalance, de tout réflexe attentiste, de toute apathie, s’est affranchi des croyances, des mythologies et des images d’Epinal qui sclérosent le destin de certains peuples et de certains pays. Il largue ainsi les mensonges inavouables de la coopération économique et commerciale internationale, exonère les lecteurs des illusions et des pseudo-représentations fumeuses et grotesques d’autrefois, au sujet d’une Afrique immobile, hostile à la science comme au développement, et l’invite à creuser de nouveaux chemins pour reconquérir la dignité perdue du continent qui est peut-être, paradoxalement, l’avenir même du monde, tant il porte des milliers d’espèces bio-naturelles, des richesses innombrables, des milliards de stocks et de signes témoignant de la mémoire antérieure de l’humanité, avec un regard philosophique toujours plus critique à l’égard des systèmes dominants qui de surcroît, travaillent à heurter ou à dissiper toute altérité, la réduisant à l’injonction mimétique sous l’équation suivante : ressemblance de l’Autre ou la liquidation des pays dits «sous-développés».

C’est en cela qu’il convient – mais tous ensemble – de s’opposer aux poncifs, aux idées reçues et incertaines sur l’Afrique, aux imageries médiévales qui ont largement contribué à dénaturer ses origines, son importance historique, archéologique, géostratégique et diplomatique, ainsi que son immense richesse botanique. En récusant toute Histoire imaginaire à son endroit, comme au demeurant toute espèce d’enchantement surnuméraire, on s’exonère à raison tout maximalisme, toute lecture mythologique, tout volontarisme absurde et disproportionné.

Le fait est que, l’un des événements majeurs du XXème siècle est la redécouverte et la reconnaissance par la science moderne de l’Afrique comme berceau de la vie et de l’humanité, d’où la confirmation tardive mais non moins significative de la fameuse théorie diopienne de l’antériorité du continent africain et de ses civilisations, ses institutions et ses sciences.

L’autre découverte scientifique déterminante, mais demeurée encore confidentielle du fait de la résistance des institutions universitaires occidentales et orientales à l’assumer, c’est la découverte savante de la naissance des mathématiques – dont témoignait déjà Aristote – et de la philosophie en Afrique, notamment en Egypte, laquelle serait elle-même tributaire de la vieille Ethiopie.

4. La mission insurpassable de notre génération: s’inventer un nouveau destin économique et politique par la science

Cette Afrique autre que notre génération espère et doit inventer coûte que coûte devra d’abord surmonter notre situation de faiblesse technologique, et s’émanciper de toute logique de domination, d’exclusivité ou d’exclusion, dans ses échanges et sa nouvelle conception de la coopération avec ses partenaires d’hier, d’aujourd’hui ou de demain. L’un des exemples frappants à cet effet est sa position par rapport au Nucléaire. Elle est signataire du Traité de non prolifération (TNP) et du Traité d’Interdiction des Essais Nucléaires (TICE) qui, en principe confère à l’Afrique le droit au nucléaire, en l’occurrence à des fins pacifiques (le principe du libre accès à l’énergie nucléaire, la nécessité de l’approvisionnement énergétique à des prix accessibles, de la lutte contre la pauvreté, l’urgence du soutien consécutif au développement durable, comme au demeurant ce même texte le stipule, sans qu’aucun pays africain – au moins jusqu’à ce jour – ne l’ait jamais exercé. Immense paradoxe, immense contradiction…

Des velléités de progrès sont cependant à signaler. Le Nigéria a lancé dans l’espace un microsatellite en 2003, en vue d’observer son environnement. Ce pays dispose entre autres de 75 instituts de recherche, de 55 Universités et de 44 IUT. Il a requis en 2006 une dotation s’élevant à 5 milliards de dollars pour le seul développement de la science et de la technologie.

On peut en dire autant de l’Afrique du Sud qui elle, a dépensé 3,1 milliards de dollars pour promouvoir des secteurs scientifiques de pointe: aéronautique, génie nucléaire, métallurgie, médecine.

Ce sont là des réformes encourageantes, quoique embryonnaires, qui exigent de l’Afrique une radicalisation de cet effort pour sortir de l’isolement scientifique qui l’a tant retardée du point de vue de son développement industriel face à son homologue occidental, qui comme on le sait, n’a pris les devants de la science et ne s’est imposé sur le monde qu’assez récemment, autour du Moyen-âge, précisément dès la Renaissance.

L’Afrique, pour sa part, a dominé les sciences et le monde de la lointaine Antiquité égypto-nubienne jusqu’aux 7 (sept) Conquêtes de l’Egypte et à la Traite des Noirs transatlantique de la première moitié du XVème siècle.

Le salut de l’Afrique, osons le dire, n’est pas dans sa ressemblance avec l’Occident ni l’Orient, pas plus que dans son occidentalisation forcenée. Tout progrès véritable et durable procède de la synthèse que l’on se fait au contact des Autres. Ainsi du Japon hier (science nippone/science américaine), de la Chine aujourd’hui (science chinoise, science occidentale) ou du Brésil et de l’Inde… La rencontre des Autres ne doit ni m’aliéner, ni me défigurer, mais créer en moi d’autres identités possibles, d’autres inventions de soi, d’autres formes de puissances (la techno-science et les biotechnologies). C’est cela qu’ont dit et redit les penseurs et philosophes africains comme Léopold Sédar Senghor, le théoricien de la greffe et du métissage universels, Aimé Césaire, l’altérité constructive, Paulin Hountondji, Marcien Towa, des visionnaires politiques comme Toussaint Louverture, le second Nelson Mandela, qui rompt avec la lutte armée et concrétise son utopie en brisant avec De Clerk l’Apartheid, Barak Obama, le génie de la transversalité et l’héritier de la vision unitaire des pères fondateurs… commettant de ce fait une avancée historique considérable, en installant le continent, à son corps défendant, dans une posture d’autodépassement obligé de soi, de rejet de tout accommodement avec le repli passéiste et l’isolationnisme…

L’Occident est apparu à l’Afrique comme son partenaire prométhéen, mathématicien espiègle, cartésien impénitent attaché à la maîtrise de la nature, explorateur et conquérant de ses territoires et déstabilisateur de ses institutions. Cette représentation autoritaire et conquérante que l’Afrique a de l’Occident explique pour une large part les rapports contradictoires et ambivalents qu’elle entretient à son égard:

défiance et admiration, désamour et attraction, conjuration et fascination, haine et dépendance… D’où les deux grandes écoles sur la question, y compris chez les philosophes africains eux-mêmes.

D’un côté, ceux qui soutiennent la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave, invitant l’Afrique à tuer en soi tout ce qui peut expliquer ses défaites passées et à vaincre la puissance du maître en lui retournant ses propres arguments, ses propres armes : puissance de la science, puissance technologique, puissance politique, créativité philosophique, puissance de l’esprit faustien occidental (Cheikh Hamidou Kane, Marcien Towa…).

Et de l’autre, ceux des philosophes qui pensent que, sans faire l’économie de la rencontre avec les Autres, c’est d’abord en elle-même – dans son passé égypto-nubien et prédynastique, ses cultures économiques et juridiques, ses institutions politiques et ses sciences, ses arts anciens et sa philosophie – que l’Afrique gagne à chercher les bases historiques objectives d’une Renaissance culturelle, d’une ouverture économique et politique et du renouveau scientifique. Il s’agit de l’école égyptologique et épistémologique représentée par Cheikh Anta Diop, Grégoire Biyogo, Mubabingue Bilolo, Aboubacry Moussa Lam, Babacar Sall, Alain Anselin, Oscar Mpfouma, et par l’école de l’afrocentricité avec des penseurs comme Théophile Obenga, Asante Kete Molefi, L. Jeffries… C’est que l’Afrique est tenue de renier en elle-même comme hors d’elle tout réflexe dominateur ou d’auto-servitude, tout élaniséfetien, et de le soumettre à un échange fait de différends et de désaccords patiemment élucidés, en s’inventant une responsabilité partagée de son continent comme du sort de la planète à partir des enjeux de la démocratie et de la régulation des économies-monde…

En cela, l’ouvrage de M. GBAGUIDI, qui entend réveiller les élites africaines de leur sommeil dogmatique, invite à une profonde réflexion sur les outils scientifiques et économiques de construction de son avenir, c’est-à-dire son propre destin.

Paris, le 21 octobre 2009.

Mutations technologiques en Afrique subsaharienne de Marcel Didier GBAGUIDI, éd. l’Harmattan, Juin 2010, 22 €

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L’auteur
Marcel Didier Gbaguidi
est né le 31 mars 1962 à Cotonou, Bénin (ancien Dahomey). Ancien candidat aux élections présidentielles de 2006 dans son pays natal, il est économiste et comptable, expert en fusions-acquisitions d’entreprises et de transferts techniques. Marcel Didier Gbaguidi vit et travaille entre la France et le Bénin.

Source:Grégoire Biyogo

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