L’américanisation de la Chine

La Chine dépassera peut-être un jour les États-Unis en termes de puissance et de PIB ; mais ce succès aura un prix élevé. On le voit dès à présent à travers la jeunesse, dont nous traçons ici le portrait : la société chinoise est en voie rapide d’américanisation. Bien sûr, c’est le fruit de tous les slogans lancés par le pouvoir à l’appui des réformes économiques depuis 1978. Cet “enrichissez-vous” général a été reçu cinq sur cinq par une grande partie des cadres et du peuple. Le matérialisme s’est fait consumériste.


Et puis, depuis une dizaine d’années, Internet a aussi changé la situation, avec ses millions de microblogs où l’on parle de tout (sauf de politique). Les Chinois surfent donc un peu partout et s’abreuvent de culture occidentale – ou plus exactement américaine. Car l’Europe apparaît à beaucoup de jeunes Chinois (et de moins jeunes) comme un continent intellectuel, conservateur, engoncé dans le passé. Seul le domaine de la mode, les Hermès et autres Gucci, trouve grâce à leurs yeux de citadins désireux de paraître.

La nouvelle génération, celle qui est née juste avant 1989 ou juste après, n’a qu’une idée en tête : consommer, se faire une place au soleil, devenir propriétaire. Même si, face aux difficultés, la colère gronde, il y a peu de chances que cette jeunesse se révolte et fasse éclater le système. C’est d’ailleurs l’un des grands succès du régime ces vingt dernières années d’être ainsi parvenu à occulter la question politique.

Dans les collèges comme à l’université, on continue d’enseigner le marxisme-léninisme, des cursus entiers qui n’ont rien à voir avec la réalité sociale et qui “rasent” tous les élèves. Résultat : cette nouvelle génération est très peu politisée. Elle ne sait pas grand-chose sur la Révolution culturelle ni même sur les événements de Tian’anmen. Pour s’informer, il lui faut, comme on dit en Chine, “grimper le mur”, c’est-à-dire déjouer la censure et aller sur des sites de l’extérieur. Bien peu le font.
Fini donc la rigueur politique des parents, fini aussi la morale confucéenne traditionnelle.

Bienvenue dans cette Chine américanisée aux mœurs assez libérales. Jusqu’où le régime pourra-t-il tenir en main cette société débridée ? C’est la question qui se posera à Xi Jinping, qui sera sans doute le successeur de Hu Jintao à la tête du pays fin 2012.

Philippe Thureau-Dangin

Source: courrierinternational.com

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